Les danseuses-vedettes du Moulin Rouge s'appelaient : Grille d'Égout, Camélia dite Trompe-la-Mort, la Glu, Cri-Cri, Vol-au-Vent, Lili-Jambes-en-l'air,
Nini-Pattes-en-l'air, la Môme Fromage, la Vénus de Bastringue, Rayon d'or,
Demi-Siphon, Muguet la Limonière, Églantine, Jane Avril, Sauterelle,
Cléôpatre, Cascadienne, Cha-U-Kao, Pâquerette, Torpille, Galipette,
Gavrochinette et la Goulue...
La Goulue, d'abord, qu'on
a aussi appelé Vide-Bouteille, est née Louise Weber, à Clichy, vers 1865. Elle
débute en blanchisseuse, vend des fleurs puis devient modèle. Elle se
prostitue très vite, fréquente le Grand Véfour, l'Élysée Montmartre où Oller la
remarque et l'engage tout de suite pour son Moulin Rouge (en 1889). - Elle y
restera six ans, devenant la plus célèbre des danseuses de l'endroit mais
très vite elle se prend pour la reine de Paris, affiche un caractère
insupportable, se fait photographier dans des nues scandaleux et insulte, dans
un vocabulaire à faire frémir des soldats, la clientèle. - On raconte qu'elle
aurait même dit au Prince de Galles, en visite incognito : «Hoé, Galles, tu
paies le champagne ce soir ?»
En 1895, se croyant non seulement reine de Paris mais reine du
Monde, elle décide d'abandonner le Moulin-Rouge pour se lancer dans les
baraques foraines où elle croît que son seul nom attirera le public. - Elle
a tort : le public ne viendra pas. - Elle se lance alors dans le cirque
(domptage d'animaux) puis dépense ce qui lui reste d'argent dans la noce et
les fêtes. En 1903, on l'aperçoit dans un hôtel en compagnie d'un homme qui
boit tout autant qu'elle. - En 1910, Francis Carco la rencontre, par hasard,
dans une foire où elle est devenue méconnaissable. - Elle y restera jusqu'au
début des années vingt.
C'est de cette période que date le petit film qui suit
:
On ne sait ce qu'il lui advient par la suite mais vers
la fin des années vingt, elle est de retour à Montmartre, vieille, tête
blanche, édentée ; elle vend des allumettes aux terrasses des cafés. Un soir,
mourante, elle se présente à l'ancien Mirliton d'Aristide Bruant, devenu maison
hospitalière, et demande l'asile. On fait venir un prêtre à qui elle dit : «Mon
père, est-ce que le Bon Dieu me pardonnera ? Y aura-t-il une place pour moi au
ciel. C'est que je suis la Goulue...»
Valentin le Désossé, ensuite. - Un
personnage cauchemardesque aux bras et aux jambes de caoutchouc, mince comme un
fil. - Il s'appelait en réalité Jacques Renaudin (souvent écrit Renaudot). Fils
d'un notaire de Sceaux, il était en dehors de ses heures de travail (au
Moulin-Rouge), tout ce qu'il y a de plus conventionnel. En 1895, il disparut de
la même façon qu'il y était venu. Des années plus tard, on parlait d'un homme
qui avait éventuellement ouvert un bistro ou qui était devenu ouvrier mais
personne ne sut vraiment ce qu'il lui était arrivé.
Jacques Renaudin vers 1895
Et puis il y avait la Jane,
Jane Avril dite Jane la Folle (parce qu'elle était
folle de danse), Jane Avril également dite la Mélinite, qui ne vécut que pour
danser. Contrairement à La Goulue et à la plupart de ses consœurs, elle danse
avec pudeur. Ses improvisations étonnent. Née Jeanne Beaudon à Belleville, en
1868, elle mourut sagement, mais pauvre, sous l'occupation en 1943 non sans
avoir avoir dansé en public pour la dernière fois en 1935 (elle a alors 67 ans)
avec Max Dearly.
Jane Beaudon vers 1894
Sur cette Jeanne, François Caradec,
qui a déjà publié plusieurs volumes sur : Lautréamont, Alfred Jarry, Le Café
Concert, Alphonse Allais, etc., a consacré un livre intitulé
Jane Avril au Moulin Rouge avec Toulouse-Lautrec.
Voici le communiqué de presse qui
accompagnait le lancement de ce livre en octobre 2001 :
François CARADEC : Jane Avril au
Moulin Rouge avec Toulouse-Lautrec
La danseuse Jane Avril serait certainement oubliée si elle n'avait pas été le
modèle préféré de Toulouse-Lautrec, et si elle n'avait pas failli épouser
Alphonse Allais (après avoir vécu plusieurs années avec lui). Contrairement à
la Goulue et aux autres filles du Quadrille du Moulin-Rouge de la belle
époque, c'était une femme sensible et intelligente : c'est d'ailleurs elle qui
commanda ses propres affiches à Toulouse-Lautrec dont elle admirait le génie.
Grâce à de nombreux documents difficilement accessibles et réunis pour la
première fois, François Caradec fait revivre cette femme libre, dont
l'existence fut entièrement vouée depuis son enfance à la danse. Ce livre
illustré rassemble des photographies de Jane Avril, de ses amis, des lieux
qu'elle a fréquentés, les toiles et affiches de Toulouse-Lautrec
naturellement, mais aussi des portraits de Jacques-Emile Blanche, Grass-Mick,
Henri Somm et de Maurice Biais.
Références : Jane Avril au Moulin
Rouge avec Toulouse-Lautrec - Auteur : Caradec, François - Collection
Document-témoignage - Éditeur FAYARD - Parution 10/12/01 - 186 pages.
Et puis les autres :
Grille d'égout, ainsi nommée à cause de ses
dents espacées.
Elle mourut... concierge.
Nini Pattes-en-l'Air
Elle ouvrit vers 1896 une école de
cancan qu'elle dû fermer car la police soupçonnait que c'était une école d'un
genre fort différent ; elle disparut vers la fin du siècle ayant épousé un
bon bourgeois avec qui elle se serait retirée dans le Midi...
Et puis d'autres, encore, disparues et
desquelles il ne nous reste que quelques photos :
Môme Fromage
Lili Jambes-en-l'Air
Sauterelle
(Sauterelle finit ses jours
propriétaire d'un bistro à Reims)