En France, la première mention du mot cancan
se trouve dans les descriptions qu'on fait d'une danse inventée (sans doute
plus justement : répandue) par un personnage nommé Chicard qu'on ne
reconnaît plus aujourd'hui que sous les traits d'un dessin ou d'une caricature
de Sulpice Guillaume Chevalier dit Paul Gavarni (1804-1866) à qui l'on
doit sans doute les plus beaux titis, débardeurs, étudiants
et les plus belles lorettes et autres personnages parisiens de la
première moitié du XIXe siècle.

Chicard par Gavarni
(Cliquez pour agrandir)
Ce Chicard était une sorte de
clown, de danseur, de meneur de spectacle et c'est vers 1830 qu'il aurait mis à
la mode une danse en forme de quadrille où les danseurs, à tour de rôle,
auraient exécuté des figures plus ou moins excentriques. - Cette danse fut
populaire jusqu'au début des années quarante (1840), puis ne fut utilisée, par la
suite, que dans des spectacles. - Vers 1845, une certaine
Céleste de
Mogador introduisit une variante de cette danse, sous le nom de
Cancan Excentrique d'abord au Bal Mabille, puis au Bal Montesquieu, au Bal de
la Cité d'Antin et au Bal Valentino. - Ce n'aurait été, à l'époque qu'une danse bien modeste : une sorte
de quadrille exécuté par des couples à partir de figures basées sur des polkas,
des valses ou des marches.
Guère apprécié par la censure, le
cancan, au cours du Deuxième Empire, n'aurait été dansé que dans les
établissements de quatrième ordre où il serait vite devenu synonyme de danse
suggestive et encanaillée (Leblond), outil de travail des prostituées et
de leurs souteneurs qui s'en seraient servi pour attirer une certaine
clientèle. - Hé quoi : danser (tout d'abord), se tenir les doigts (scandale) et
puis risquer de voir un mollet, un bout de jambe ou même des cuisses (de quoi
fermer tous les établissements du genre) !
En 1880, on retrouve le cancan un peu partout. - Ses
caractéristiques, déjà fort répandues dans les pays dits civilisés (aux USA,
notamment), sont fixées :
C'est une danse réservée uniquement aux femmes
C'est une danse au cours de laquelle elles doivent
nécessairement lever la jambe (et montrer leurs dessous)
Et puis c'est une danse où, à la fin, elles doivent
faire le grand écart (non sans avoir, en levant la jambe précitée, au moins
jeté par terre un des chapeaux haut de forme d'un des spectateurs présents dans la
salle).
Et c'est là que le cancan d'un certain
cabaret-music-hall-café-débit-de-boissons entre en scène. Ce cabaret s'appelle
l'Élysée-Montmartre et, en 1889, il est connu pour ses danseuses
exceptionnelles de... cancan. - Il est aussi connu pour les individus louches
qui le fréquentent, la saleté de son plancher (qui fait qu'après quelques
grands écarts, les dessous de ces demoiselles, n'avaient plus la blancheur
espérée), les innombrables bagarres qui surviennent à presque tous les soirs. -
On y va parce que tout le monde y va et puis qui sait, peut-être en
ressortira-t-on une danseuse au bras.
Un seul problème mais il est de taille : les lieux
sont quelque peu dangereux pour la bonne société et c'est ce moment-là
qu'entrèrent en scène Charles Zidler et les frères Oller...
Suite au
Moulin Rouge.

Lunel, le Quadrille à l'Élysée-Montmartre
Dessin paru dans le Courrier français en 1889.

