Paroles
Allô, allô, James, quelles nouvelles
Absente depuis quinze jours,
Au bout du fil je vous appelle
Que trouverai-je à mon retour ?
Tout va très bien, madame la Marquise
Tout va très bien, tout va très bien
Pourtant il faut, il faut que l'on vous dise
On déplore un tout petit rien
Un incident, une bêtise,
La mort de votre jument grise
Mais à part ça, Madame la Marquise
Tout va très bien, tout va très bien !
Allô, allô, Martin, quelles nouvelles
Ma jument grise, morte aujourd'hui ?
Expliquez moi, cocher fidèle,
Comment cela s'est-il produit ?
Cela n'est rien, madame la Marquise
Cela n'est rien, tout va très,
Pourtant il faut, il faut que l'on vous dise
On déplore un tout petit rien
Elle a périt dans l'incendie
Qui détruisit vos écuries
Mais à part ça, madame la Marquise
Tout va très bien, tout va très bien !
Allô, allô, Pascal, quelles nouvelles
Mes écuries ont donc brûlé ?
Expliquez moi, mon chef modèle
Comment cela s'est-il passé
Cela n'est rien, madame la Marquise,
Cela n'est rien, tout va très bien !
Pourtant il faut, il faut que l'on vous dise
On déplore un tout petit rien
Si l'écurie brûla madame,
C'est qu'le château était en flamme,
Mais à part ça, madame la Marquise
Tout va très bien, tout va très bien !
Allô, allô, Lucas, quelles nouvelles
Notre château est donc détruit ?
Expliquez moi car je chancelle !
Comment cela s'est-il produit ?
Eh! bien voilà, madame la Marquise
Apprenant qu'il était ruiné
A peine fut-il rev'nu de sa surprise
Qu' Monsieur l'Marquis s'est suicidé
Et c'est en ramassant la pelle
Qu'il renversa toutes les chandelles
Mettant le feu à tout l'château
Qui s'consuma de bas en haut
Le vent souflant sur l'incendie,
Le propageant sur l'écurie
Et c'est ainsi qu'en un moment
On vit périr votre jument
Mais à part ça, madame la Marquise
Tout va très bien,tout va très bien !
Ajout (9 décembre
2007)
Monsieur Jean Vircoulon (Sainte-Foy-La-Grande, Gironde) nous informe avoir publié, en 1987,
un article sur ce thème dans la Revue Historique et Archéologique
du Libournais (Tome LV, n° 203).
En voici l'essentiel :
"1935, Tout va très bien,
Madame la marquise... "
Un demi-siècle auparavant, ce
même type de récit connaissait une certaine popularité dans le
Gers ou... en Autriche.
Pour le Gers, extrait de l’œuvre de Jean-François-Zéphirin
Bladé, voici l’un des récits les plus charmants de ce Gascon
qui, au dire d’Édouard Dulac, dérida jusqu’aux Parisiens "du
Nord" :
"Un jour de marché,
un bordier arrive chez son maître.
- Bonjour,
Monsieur.
- Adieu Joanille. Qu’y a-t-il de nouveau
à la Métairie ?
- Rien ; certes, Monsieur, sinon
que votre chien est mort.
- Pauvre bête ! et de
quoi est-il mort ?
- Monsieur, il est mort d’avoir
trop mangé de viande, de la viande de vache.
- De
la viande de vache ? On a donc a tué une vache dans le
voisinage ?
- Non, Monsieur, ce sont les vôtres
qui sont mortes.
- Mortes, mes vaches ! et de quoi
donc, mon Dieu ?
- Parce qu’elles avaient charrié
trop d’eau, Monsieur.
- Tu me fais mourir ; et
pourquoi charrier tant d’eau ?
- Monsieur, pour
éteindre le feu.
- Quel feu ?
- Celui
qui avait pris à la métairie, Monsieur.
- Le feu a
pris à la métairie ?
- Oui, Monsieur, tout est
brûlé.
- Tout est brûlé ?
- Tout est
brûlé. Les vaches et le chien sont morts...
A part cela, Monsieur, rien de
nouveau".
L’Autrichien Grün, qui était
comte d’Auersperg et qui connut la célébrité sous le pseudonyme
d’Anastasius, écrivait, quant à lui (avant 1883) :
Le Messager
"Le comte revient du tournoi, son valet se précipite à
sa rencontre.
- Ah ? ça, d’où viens-tu ? Où
cours-tu d’un pas si précipité, mon garçon ?
- Je vais aussi vite que je peux me chercher dans les
environs un logis.
- Un logis ? Qu’est-il
arrivé chez moi ? Réponds sans tarder.
-
Rien d’extraordinaire. Seulement votre petit chien blanc a
reçu une blessure mortelle.
- Mon petit
chien, fidèle, blessé à mort ? Comment cela lui est-il
arrivé ? Dis-le moi.
- Votre cheval favori
s’est élancé sur lui tout épouvanté, et puis il a couru du
côté du torrent et il s’y est jeté.
- Mon
beau cheval, l’honneur de mon écurie ! qu’est-ce qui lui a
fait peur à cette pauvre bête ?
- Si je m’en
rends bien compte, ce qui l’effraya, ce dut être de voir
votre fils tomber par la fenêtre.
- Mon fils
! ai-je cette consolation qu’il vive encore ? Ma bien aimée
femme le soigne de son mieux, n’est-ce pas ?
- Ce fut un terrible coup pour la comtesse quand elle vit le
cadavre de notre jeune maître étendu devant elle !
- E quoi, lorsque tant de malheurs fondent sur une maison,
imbécile, tu t’en éloignes !
- Votre maison
! Ah ! n’en parlez plus ! A la place, vous ne trouverez que
cendre et charbon.
- La femme qui le
veillait s’endormit près du cadavre, le feu prit à ses
vêtements et à ses cheveux. L’incendie activé par le vent a
tout brûlé, château, écurie, jusqu’au mobilier. Cette
catastrophe n’a épargné que moi : il fallait qu’il restât
quelqu'un pour vous l’annoncer avec précaution".
Bibliographie
Adrien Lavergne, Jean-François Bladé, Auch, 1904
Édouard Dulac, Traditions gasconnes, dans Revue Hebdomadaire, 28 décembre 1912, p. 511.
Gaston Guillaume, Jean-François Bladé et les
contes populaires de la Gascogne, Delmas, Bordeaux, 1941 à 1943.
Collectif, Les poètes du foyer, poésies
allemandes, Ed. Soc. Bibliographique, 1883, p. 38 et 39.
Ajout (25 mars 2008)
Misraki plagiant Bach et Laverne
plagiant Gabriel de Lautrec plagiant Dumas plagiant
Jean-François-Zéphirin Bladé plagiant Anastasius... ?
Voici que Madame Marjorie Burghat nous écrivait récemment :
"Je voulais simplement
vous signaler, en complément aux renseignements que vous donnez
sur l'origine du texte "Tout va très bien, Madame la
Marquise", que ce motif narratif est encore plus ancien que
vous ne le pensiez: il remonte au Moyen Âge, au XIIe siècle pour
être précise. Il était alors utilisé non comme un "sketch" mais
comme un "exemplum", - Vous trouverez des précisions et
références précises dans cet article disponible en ligne (et qui
cite d'ailleurs votre site en note) :
http://www.hottopos.com/rih10/lauand_a.pdf"
Lecture faite, il s'avère en
effet qu'un certain Pedro Alfonso, né Moshe Sefardi, un traducteur-savant-médecin-etc., converti au catholicisme en 1106, a écrit un récit semblable sauf qu'à l'inverse d'une marquise
demandant des nouvelles, c'est à un serviteur que revient le rôle de raconter à son maître, plus ou moins malicieusement, ce qui s'est passé durant son absence...
Ajout (01 septembre 2009)
Avec l'amabilité et la permission du Professeur Jean Laua, auteur de l'article cité ci-dessus, c'est avec grand plaisir que nous pouvons ajouter, aujourd'hui, le texte de cette "Marquise" du Moyen-Âge, en portugais et dans la traduction qu'en a faite Monsieur Vincent Massard de Carreço (Portugal) :
Contam que o senhor voltava do mercado, todo contente pelo bom lucro que tinha auferido. E veio Maimundo a seu encontro.
O senhor, vendoo, temeu que viesse dar más notícias, como era de costume, e advertiuo:
Olha lá, Maimundo, não me venhas com más notícias!
E o servo respondeu:
Não tenho más notícias, senhor, só que nossa cadelinha Bispella morreu.
Como foi que ela morreu? perguntou o senhor.
Nossa mula, assustada, quebrou o cabresto e, ao fugir, esmagoua sob suas patas.
E o que aconteceu com a mula?
Caiu no poço e morreu.
E como foi que ela se assustou?
É que teu filho caiu do terraço e morreu. Com a queda, a mula assustouse.
E a mãe do menino, como está?
Morreu de dor pela perda do filho.
E quem está tomando conta da casa?
Ninguém, porque virou cinzas: a casa e tudo o que nela havia.
Como começou o incêndio?
Na mesma noite em que a senhora morreu, a criada, no velório pela senhora defunta, esqueceu uma vela acesa na câmara e começou o incêndio, que se espalhou pela casa toda.
E onde está a criada?.
Ela quis apagar o fogo, mas caiulhe uma viga na cabeça e ela morreu.
E tu, como conseguiste escapar, sendo tão preguiçoso?
Quando vi a moça morta, fugi.
O senhor procurou abrigo num vizinho que o acolheu e exortouo a enfrentar cristãmente as adversidades.
On raconte que le maître revenait du marché, tout content du bénéfice qu'il y avait obtenu. Il vit Maimundo venir à sa rencontre. Craignant qu'à son habitude, ce dernier vienne lui apporter de mauvaises nouvelles, il l'avertit :
-Attention, Maimundo, ne viens pas avec de mauvaises nouvelles !
Le serviteur répondit :
-Je n'ai pas de mauvaises nouvelles, maître, à part la mort de notre chienne Bispella.
-Comment est-elle morte ?
-Notre mule, effrayée, a rompu son licol et, en fuyant, a écrasé la pauvre bête sous ses sabots.
-Et qu'est-il arrivé à la mule ?
-Elle est tombée dans le puits et elle est morte.
-Et pourquoi était-elle paniquée ?
-C'est quand ton fils est tombé de la terrasse et est mort. La chute a effrayé la mule.
-Et la mère de mon fils ? Comment va-t-elle ?
-Elle est morte de douleur à cause de la perte de son fils.
-Et qui s'occupe de la maison ?
-Personne, parce que ce n'est plus qu'un tas de cendres : la maison et tout ce qu'il y avait dedans.
-Comment s'est produit l'incendie ?
-La nuit même où votre femme est morte, la servante, lors de la veillée funèbre, a oublié un cierge allumé dans la chambre et l'incendie a débuté et s'est répandu dans toute la maison.
-Et où est la servante ?
-Elle a essayé d'éteindre l'incendie, mais une poutre lui est tombée sur la tête et elle en est morte.
-Et toi, si paresseux, comment as-tu réussi à t'en échapper ?
-Quand j'ai vu la servante morte, j'ai fui.
Le maître chercha asile chez un voisin qui l'exhorta à affronter chrétiennement l'adversité.
À quand le prochain ajout ?