"Me
promenant sur votre site (ce qui vous l'avouerez est une bonne occupation
pour un dimanche de pluie) je tombe sur "Elle était souriante". J'en
ai aussi une version - sans doute de 1908, donc plus ancienne que la vôtre,
mais non de Montel - et je tiens à apporter une petite précision
relativement à la chanson elle même :
"On la rattache souvent au type "chansons
bêtes" (comme celle des "canards tyroliens" qui en semble être
l'archétype ; le plus ancien enregistrement connu de cette sérénade semble
être sur un cylindre Lioret, conservé à la Bibliothèque Nationale de France,
enregistré par Brabant qui imite Thérésa dans le dernier couplet, mais il y a
aussi de certain cylindre jaune par Rozic, de l'Eden Concert, qui pourrait
lui damner le pion, question recul dans le temps) mais "Elle était
souriante" va plus loin, car, ce me semble c'est une "chanson à
tiroirs".
"Au
disque, elle n'est jamais donnée dans son intégralité (pour des raisons
techniques mais aussi de lassitude), mais lorsqu'on la lit jusqu'au bout,
l'un des derniers vers parle du "p'tit cachet d'piramidon"... Le piramidon a existé. C'est un médicament (dont on trouve de furtives
réclames au tournant des XIX et XX s) et qui soulage de tous les maux que le
chanson décrit d'une manière si outrée. (coups, chutes, traumatismes...) et
il me semble que ce produit soit une sorte d'aspirine, ou d'analgésique,
dont la découverte récente méritait bien d'être célébrée en chanson !
"Ainsi,
cette oeuvre drolatique se rattache plutôt aux chansons médicales (et non de
corps de garde) dont "Gare
les rayons X" est sans doute l'un des meilleurs exemples !
"Mais
c'est aussi une chanson publicitaire, puisque le produit existe !
"D'où mon idée de "chanson à
tiroirs"..."
Jean-Yves Patte - 18 mai 2003
(Les couplets en gris ne font pas
partie de l'enregistrement de Montel. Celui de Paul Lack en comprend un de
plus.)
Un jour une petite chatelai-ai-ne
Enlevée par des romanichels
Fut mise dans une chambre malsaine
Tout en haut d'la rue Saint-Michel
La p'tite au caractère rieur
Prit joyeusement son malheur
Refrain
Le lendemain, elle était souriante
À sa fenêtre fleurie chaque soir
Elle arrosait ses petites fleurs
Grimpan-an-antes
Avec de l'eau de son p'tit arrosoir.
Les brigands furieux de la voir ri-i-re
Lui attachèrent les mains, les pieds
Puis par les cheveux la pendi-i-rent
Au plafond, en face du plancher
Puis la laissant là les voyous
Allèrent chez l'bistro boire un coup
au Refrain
Les bandits jaloux d'son coura-a-ge
Un soir à l'heure de l'Angélus
La jetèrent du sixième éta-a-ge
Son corps tomba d'vant l'autobus
L'autobus qui n'attendait qu'ça
Sur la belle aussitôt passa
au Refrain
Mais les assasins s'acharnè-è-rent [1]
Sur elle à coups d'pieds, à coups d'poings
À coups de couteau la lardè-è-rent
Pour lui faire passer l'goût du pain
Et pour en finir les ch'napans
Ils la noyèrent dans l'océan
au Refrain
Au moment où la pauvre fille
Allait remonter les flots
Un sous-marin avec sa quille
Coupa son corps en deux morceaux
Puis une torpille qui éclata
Fit voler le reste en éclat.
au Refrain
La tempête le vent et l'orage
Soulevèrent les vagues de l'océan
La petite lutta avec courage
Bravant le terrible ouragan
Mais le tonnerre à ce moment
Tombe et foudroie la pauvre enfant
au Refrain
Elle disparut dans l'eau profon-on-de
Une baleine lui bouffa les mains
Sa jolie chevelure blon-on-de
Fut arrachée par les requins
Un p'tit maquereau qui s'balladait
Lui barbota son porte-monnaie
au Refrain
Vous croyez p'tète qu'elle en est
mor-or-te
Et cependant il n'en est rien
Malgré cette secousse un peu for-or-te
La p'tite ne se sentait pas bien
Elle prit pour se remettre d'aplomb
Un p'tit cachet d'Piramidon
au Refrain