2008-03-28
La chanson de Craonne |
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1917
Chanson anonyme écrite sur la musique de «Bonsoir
m'amour» (Adelmar ou Charles Sablon, le père de
Jean) à laquelle on doit sans doute le
succès de cette valse dont les paroles, aujourd'hui, font presque sourire.
Son texte recueilli par Paul
Vaillant-Couturier (1892-1937), avocat puis journaliste et finalement
député, qui, entré dans la guerre avec
un certain enthousiasme, en sortie socialiste, revendicateur même mais surtout
pacifiste. Sous-officier, en 1914, dans l'infanterie; il termina la guerre
capitaine dans les chars d'assaut non avoir été blessé, gazé, cité à l'ordre
de la Nation mais aussi condamné cinq fois pour son action en faveur de la
paix.
Vivement condamné par les autorités
militaires (qui offrirent une petite fortune à celui qui en dénoncerait
l'auteur) elle fut connue sous plusieurs noms dont : «Les sacrifiés»
et «La chanson de Lorette».
Elle demeure, aujourd'hui la chanson-type de
l'antimilitarisme mais elle a été depuis dépassée par plusieurs autres. Il
suffit à cet égard de citer «Quand un soldat» de Francis
Lemarque (1953) ou encore le très célèbre «Déserteur» de Boris
Vian (1954).
Paroles :
Quand au bout d'huit jours, le r'pos
terminé,
On va r'prendre les tranchées,
Notre place est si utile
Que sans nous on prend la pile.
Mais c'est bien fini, on en a assez,
Personn' ne veut plus marcher,
Et le coeur bien gros, comm' dans un sanglot
On dit adieu aux civ'lots.
Même sans tambour, même sans trompette,
On s'en va là haut en baissant la tête.
R. Adieu la
vie, adieu l'amour,
Adieu toutes les femmes.
C'est bien fini, c'est pour toujours,
De cette guerre infâme.
C'est à Craonne, sur le plateau,
Qu'on doit laisser sa peau
Car nous sommes tous condamnés
C'est nous les sacrifiés !
C'est malheureux d'voir sur les grands
boul'vards
Tous ces gros qui font leur foire ;
Si pour eux la vie est rose,
Pour nous c'est pas la mêm' chose.
Au lieu de s'cacher, tous ces embusqués,
F'raient mieux d'monter aux tranchées
Pour défendr' leurs biens, car nous n'avons rien,
Nous autr's, les pauvr's purotins.
Tous les camarades sont enterrés là,
Pour défendr' les biens de ces messieurs-là.
[au Refrain]
Huit jours de tranchées, huit jours de souffrance,
Pourtant on a l'espérance
Que ce soir viendra la r'lève
Que nous attendons sans trêve.
Soudain, dans la nuit et dans le silence,
On voit quelqu'un qui s'avance,
C'est un officier de chasseurs à pied,
Qui vient pour nous remplacer.
Doucement dans l'ombre, sous la pluie qui tombe
Les petits chasseurs vont chercher leurs tombes.
R. Ceux qu'ont
l'pognon, ceux-là r'viendront,
Car c'est pour eux qu'on crève.
Mais c'est fini, car les trouffions
Vont tous se mettre en grève.
Ce s'ra votre tour, messieurs les
gros,
De monter sur l'plateau,
Car si vous voulez la guerre,
Payez-la de votre peau !
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