
Xanrof ? Vous avez dit Xanrof ? - Simple
pourtant : il suffit de lire à l'envers (Fornax) et chercher la traduction
dans un dictionnaire latin-français. - C'est ainsi qu'on retrouve le nom
réel de cet auteur et compositeur à la carrière quelque peu compliquée :
Léon Fourneau
Fils d'un médecin réputée, licencié en droit à
vingt ans, il était avocat stagiaire à la Cour d'appel de Paris en 1888,
lorsque, à vingt-et-un an, il s'essaye au journalisme en écrivant une série
de chroniques sur la chanson dans Le National. - Ayant failli un jour
être écrasé sous les roues d'une voiture rue Lepic, il aperçu à la portière
du véhicule deux têtes, l'une d'un jeune homme, l'autre d'une jeune femme,
visiblement dérangés au milieu d'étreintes mettons... amoureuses. - Tout de
suite, il eut l'idée de composer quelques couplets sur cette aventure
cocasse. - Ainsi naquit Le fiacre qu'un éditeur lui acheta
pour la somme coquette (à l'époque) de cinquante francs.
La chanson fut créée la même année par une chanteuse
aujourd'hui oubliée, Félicia Mallet, dans une représentation d'un
mélodrame d'Alexandre Dumas, Les Mohicans de Paris, oublié lui aussi
(le mélodrame), et elle passa, de ce fait, presque inaperçue. - Polin la découvrit par hasard en achetant sur les quais une plaquette intitulée Rive Gauche. Il l'offrit à une débutante à l'Eden Concert laquelle la
trouva fort jolie. - Cette débutante s'appelait Yvette Guilbert qui devint à partir de ce moment-là l'interprète à peu près exclusive de
Xanrof disant ce Fiacre d'abord au Pavillon de Flore de Liège, en 1890, et puis ensuite au Divan
japonais l'année suivante.
(Dans les souvenirs
qu'elle a publiés [Mes lettres d'amour, Du théâtre au théâtre
en passant par le café-concert, etc.], Yvette Guilbert y va d'une toute autre histoire : «Un jour... sur les quais... mes
yeux tombèrent sur ce titre : Chansons sans gêne de Léon
Xanrof ; instinctivement, je me mis d'abord à feuilleter ces chansons...
je lus, debout, le livre entier ! Je l'achetai huit sous, il allait
faire ma fortune.» - Elle écrit aussi : «...je débutais en
septembre à l'Eldorado, et au bout de trois semaines, on me proposa de
résilier. Alors ce fut du chagrin... du grand... du vrai ! J'allais à
l'Eden Concert: là on me défendit formellement de chanter les chansons
de Xanrof [du Chat-Noir], que je venais de dénicher, chansons
qui, cinq mois plus tard, faisaient ma réputation.»)
Devant le succès que remporta Yvette Guilbert,
Xanrof s'essaya lui-même en tant que chansonnier d'abord au Mirliton d'Aristide
Bruant puis ensuite au Chat noir de Rodolphe
Salis. - Entre temps, il était devenu
attaché de cabinet au Ministère de l'Agriculture.
Vêtu d'une redingote impeccable, un binocle sur le nez, ce
nouveau venu fut très vite remarqué par la qualité de ses textes. Ces
chansons furent vite reprises par d'autres dont, après son départ du Chat
noir, le chansonnier Horace Valbel à qui Rodolphe
Salis se garda bien de nommer l'auteur : Le bain du modèle, L'hôtel numéro 3, Les quatre-z-étudiants, L'encombrement, Partie carrée entre les Boudin et les Bouton,
etc. - Ayant eu vent de la chose, Xanrof lui fit part de son mécontentement
ce qui amena Salis à présenter toutes ses chansons comme étant l'œuvre de «Maître
Léon Fourneau, avocat à la Cour d'appel» au grand effroi du compositeur
qui eut peur de se faire rayer du barreau. - Il n'eut pas à subir cet
outrage car, quelques mois plus tard, il démissionna de son poste pour se
consacrer, dès 1892 (il n'a pas encore 25 ans) à la chanson mais aussi au
théâtre, au cirque, à la comédie de boulevard et à... l'opérette.
Ses titres de gloire ? - Des dizaines et des dizaines de ces opérettes,
surtout en collaboration, et parmi lesquels on retrouve : Madame Putiphar, Réfractaire, Trop aimé, Madame Pygmalion, Marlborough s'en va
t'en Guerre, Le Noël de l'Escholier, La Vertu de Joseph, Son premier voyage,
En bonne fortune... En 1905, on joue son Prince Consort au
New Amsterdam Theater à New York. De cette pièce, Ernst Lubitsch allait
tirer son premier film parlant, The Love Parade (en 1929) avec, dans les rôles titres, Maurice Chevalier et Jeannette MacDonald. - (De sa pièce, La souris blonde,
Camille Lemoine allait, deux ans plus tard, tiré un autre film : Blanc
comme neige.)
C'est en 1910 cependant qu'il signe son plus grand succès en
adaptant en français, avec son ami Jules Chancel, une opérette d'Oscar
Strauss intitulée Rêve de valse.
La chanson titre, aussi connue sous le nom de Oui, c'est
une valse de Vienne allait faire le tour du monde et assurer sa fortune
mais aussi celle de chanteurs et chanteuses aussi variés que Réda Caire,
Mathé Altéry, André Dassary, Tino Rossi...
:
Oui, c'est une valse
de Vienne
Une valse au rythme berceur
Dont la langueur
magicienne
Vous pénètre de sa douceur
C'est la valse
toujours pareille
Et jamais la même pourtant
Comme
l'amour qui se réveille
Toujours semblable et différent
Elle est tantôt douce et joyeuse
Tantôt vibrante de désir
Ardente et capricieuse !
Triste au fond comme le plaisir
!
Viens vers la valse qui m'attire,
Je veux écouter
sa chanson !
Je veux voir de près un sourire
Éprouver
peut-être un frisson
Demain, c'est l'affreux mariage
Demain la tristesse et l'ennui
Demain j'essaierai d'être
sage
Je veux être jeune aujourd'hui !
L'aventure est
des plus scabreuses
Mais je veux encore une fois
O
filles mélodieuses
Vous écouter comme autrefois !
{Refrain:}
Rêve de valse,
rêve d'un jour !
Valse de rêve, valse d'amour !
Le
vent la mêle
Au soir exquis
Son rythme m'appelle
Et
j'obéis !
Elle dit : garde ta liberté,
Là-bas, regarde
C'est la gaîté !
Crois-moi, résiste
Au doux printemps
L'hymen est triste
Et j'ai vingt ans !
Valse divine
Ton titre est court,
Il se devine
Et c'est l'amour !
Plusieurs recueils de chansons
aussi, illustrés par Jules Alexandre Grün (1868-1934) dont Chansons sans Gêne et Chansons à rire.
Et des mots attribués souvent à d'autres (ou que souvent, aussi, il
reprenait à son compte ) :
Mais la police avait été prévenue.
Elle
atteignit le palais du Viminal et intervint.
Avec la
légendaire douceur
Qui d' son intelligence est sœur.
...
En échang' la p'tit' blonde
Un' seul'
chos' leur donna:
La plus bell' fill' du monde
N' peut
donner que c' qu'elle a.
(La complainte des quatre-z-édudiants)
...
Je suis plus vieux que toi. Cela fait un
ménage
Qui passe du bonheur aux scènes pour un rien.
Quand je me sens aimé, je crois que j'ai ton âge
Quand je me crois trahi, je sais que j'ai le
mien.
Son refrain le plus connu demeure incontestablement celui du Fiacre qu'allait chanter et enregistrer non seulement Yvette Guilbert mais également Les Compagnons de la Chansons, Jean Sablon, Jacques Douai, Germaine Montéro, Colette Renard, Cora Vaucaire, Francis Lemarque, Brassens même ; mais aussi Mario Lanza en direct, à la télé
(Heure Coca-Cola, en 1951).
Pour rejoindre la page que nous avons dédiée à Madame Guilbert où vous trouverez des liens vers trois chansons de Xanrof : La tour
Eiffel, Elle était très bien et ce célèbre Fiacre :
Cliquez ici 
Léon Xanrof inventeur ?
Hé oui : c'est à cet avocat devenu
auteur-compositeur qu'on doit l'idée de poser des roues aux valises. - La
chose fut très à la mode au cours des années trente et jusqu'à la fin de la
guerre puis oubliée. - Jusqu'à ce qu'elle revienne en force au début des
années quatre-vingt-dix sous le nom de Samsonite... - Sic transit gloria
cogitati.
Riche et célèbre
Léon Fourneau, dit Xanrof, allait vivre jusqu'à
l'âge respectable de 86 ans non sans avoir été : décoré de la Légion
d'Honneur, vice-président de la Société des Auteurs, Compositeurs et
Éditeurs de Musique, président-fondateur de la Confédération Générale des
Travailleurs Intellectuels et organisateurs de divers groupements
littéraires.
Il mourut en 1953.
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