Que peut-on dire sur Georges van Parys, né le 7 juin 1902 et mort à Paris le 28 janvier 1971 ?
Qu'il a composé plus de musique que tous les
compositeurs du siècle dernier ?
Ce ne serait pas très loin de la vérité.
Pour la petite histoire, il a fait des études
de droit pour se retrouver, à vingt-deux ans, le pianiste attitré de Chez Fysher où il accompagne, comme ça, tout à fait par hasard,
Cora Madou,
Lucienne Boyer,
Lys Gauty,
Yvonne George...et Fysher lui-même lorsque ce dernier décide
d'obtenir un succès d'estime.
Il passe ensuite à l'opérette où, avec la collaboration de Philippe Parès, le fils
de l'alors chef d'orchestre de la Garde Républicaine, il se lance dans la composition de Madame la comtesse, Lulu, La petite dame du train bleu, L'eau à la bouche, Louis XIV, Le
cœur y est,
Cous-Cous...
De ces opérettes, nous sont parvenues quelques chansons :
L'amour est un jeu (Quand y'en a pour deux) - paroles de Léo Marchès et Herorges Lignereux - enregistré
respectivement par Lucienne Boyer et
Marie Dubas en 1927
Un p'tit quelque chose - paroles de Serge Veber - enregistré par Davia en 1927 et reprise par Mathé Altéry en
1969
Il a une belle auto, Toto - paroles de Serge Véber - créé par Fernand Gravey en 1928
Henri, pourquoi n'aimes-tu pas les femmes ? - Paroles de Serge Véber - créé par
Dranem et enregistré par lui en 1929
Sans abandonner complètement cette activité (il signera la musique de Ma petite amie de Serge Véber et Roger
Bernstein et Que d'eau, que d'eau de Jean Marsan en 1937 et puis Une femme par jour de Serge Véber et Jean Boiyer en 1941 et beaucoup d'autres choses, y
compris un opéra-bouffe en 1962), dès 1929 cependant, van Parys se tourne vers le cinéma où il deviendra l'un des plus important, sinon le plus important, compositeurs de ce que les
anglophones appellent l'«original [ou] incidental music [for films]» ou un «score writer» c'est-à-dire un compositeur de musique servant à souligner ce qui se déroule à l'écran,
métier qu'on appelait alors, en France, «créateur d'incidentaux».
La quantité de
musique qu'il a écrit pour ce medium défie toute analyse. On parle de 300 films et même plus car, au générique de certains, son nom n'est pas mentionné : une commande à la
dernière minute, livrée le lendemain alors que le générique est déjà prêt.
On en trouvera un listing (partiel - plus
de 200 titres) ci-joint : 
Évidemment pas tous des chefs-d'oeuvre mais, parmi les réalisateurs qui ont fait appel à ses services, comment ne pas noter les
noms de Jean Lenoir, Yves Allégret, René Clair et même Michel Audiard...
De ces films, des chansons qui sont demeurées
dont :
Ce n'est pas toujours drôle et Si l'on ne s'était pas connu de Un soir de raffle de Carmine Gallone
(1931)
Dans tous les ports du monde de Le chant du marin du même sur un scénario d'Henri-Georges Clouzot et
d'Henri Decoin (1931)
Nous sommes seuls de Un million de René Clair (1931)
C'est lui du film Zouzou de Marc Allégret (1934)
Un mauvais garçon et Je ne donnerais pas ma place de Un mauvais garçon de Jean Boyer
(1936)
Y'a toujours un passage à niveau et Prends la route du film du même nom de Jean Boyer (1936)
Comme de bien entendu de Circonstances atténuantes du même (1939) qu'on retrouvera en notre page sur
Arletty
Sans lendemain de L'entraîneuse d'Albert Valentin (1940)
...
L'on pourrait continuer comme ça longtemps mais ajoutons, pour ne pas les oublier :
et
Mais il y a plus car, entre deux films (il en a composé jusqu'à dix dans une seule année), il prend le temps d'écrire la musique des chansons suivantes :
Y'a des filles sur tous les chemins - Paroles de Jean Boyer - Créé par
Albert Préjean (1939)
Ça fait d'excellents Français - Paroles de Jean Boyer - Créé par
Maurice Chevalier (1939)
Mon p'tit Kaki - Paroles de Jean Boyer - Créé par
Lucienne Boyer (1939)
C'était mon premier amoureux - Paroles de Mireille Brocey - Créé par Lucienne Boyer (1941)
Une femme par jour - Paroles de Jean Boyer - Créé par
Jacques Pills (1943)
Voulez-vous jouer avec moâ ? - Paroles de Marcel Achard - interprété par
Arletty (1943)
Sans oublier :
Et combien d'autres !
Bref : le Monsieur a composé et a composé
régulièrement :
500+ chansons, 300+ musiques de film, 60+ oeuvres pour le théatre
(sans compter les ballets, les opérettes, les oeuvres pour la radio, la télévision...)

On lui reproche une certaine facilité mais nous sommes d'avis que cette facilité est redevable souvent aux matériaux qu'on lui a confiés.
Un jour, peut-être, quelqu'un écrira sa biographie et viendra nous expliquer pourquoi, par exemple, il a décidé de mettre en musique les livrets de Serge Véber
(Lulu et L'eau à la bouche) qui sont d'une navrante qualité pour ne pas dire, comme le souligne Jacques Gana (L'encyclopédie multimédia de la comédie musicale
théâtrale en France), d'une grande vulgarité.
En attendant, comme le souligne Stéphane Lerouge, rappelons-nous que :
«Georges Van Parys, c’est la quintessence d’un certain esprit français, l’équivalent en musique de René Clair ou d'Henri
Jeanson : l’humour, la sophistication, la poésie. C’est aussi une veine mélodique inaltérable, un bon goût inné dans l’écriture pour orchestre, une habilité déconcertante à réinventer
les musiques du passé.»