Née Berthe Faquet, le 7 février 1885, à Kerloïs,en
Bretagne[1], cette populaire chanteuse fait ses débuts vers
la fin des années dix. Elle est des programmes du Casino de
Montmartre et du Casino-Montparnasse peu avant la guerre. En 1916,
elle est déjà assez connue pour que Scotto lui confia une chanson sur des paroles de J. Mauris intitulée «Les
tourneuses d'obus» (sic) - mais ce n'est qu'à la fin des années
vingt qu'on la découvre, enfin, en 1928 d'après la légende,
au Caveau de la République, dans un répertoire plus ou moins
larmoyant mais déjà elle avait eu un grand succès l'année
précédente, à la radio (elle fut une des toutes premières à chanter
sur les ondes de Radio Tour Eiffel) avec une chanson qu'elle allait
garder à son répertoire jusqu'à la fin : «Roses
Blanches» (de Charles-Louis Pothier
et de Léon Raiter).
Sa grande période débutera avec les années trente où
elle créera ou recréera à sa manière, tour à tour :
«Le raccommodeur de faïences»
(une chanson de 1927 de Decoq et Soler rendue populaire par
Monty)
«On n'a pas tous les jours vingt
ans» (que Pothier et Raiter écrivirent pour elle en
1934)
... des chansons qui ont fait
pleurer bien des cœurs !
Bonne vivante, cette dame qui aime
bien boire, rire et manger atteindra des sommets de popularité qui
ne seront dépassés que des années plus tard.
Son répertoire, aujourd'hui, fait sourire ou, à tout
le moins, ne fait plus pleurer comme avant. Sans doute parce qu'il
n'y a plus de gamins qui, au lieu de s'acheter des joujoux, achètent
des roses blanches pour leurs pauvres mères (mourantes à l'hôpital,
naturellement) ; on ne croit plus beaucoup, non plus, à la Légende des flots bleus ou à ces trois petits orphelins qui
meurent de faim en même temps... sauf qu'avec «Du gris»,
elle réussi encore à attirer l'attention.
Ne fait plus pleurer ? Mais qui, alors, continue
d'acheter les CD de ses grands succès ?
Berthe Sylva - Les
chansons éternelles (Galaxy 3888 162)
...qui contient, entre autres :
Comme un moineau
Où sont tous mes amants ?
Je n'ai qu'une seule maman
La rue où l'on passe...
Berthe Sylva - Frou-Frou (The Intense Music
222645-205 - Membrane Music, Londres)
Si tu reviens (enregistré la même année que la version de Réda
Caire)...
Berthe Sylva - Chez Marianne Mélodie
... Non pas un mais QUATRE cd - 52 titres
!
Ah ! quel crâneur
Grisante folie
Mousmée d'amour...
La voix est agréable et, dans le genre
réaliste, seule Fréhel sera son égal. - Avec un meilleur répertoire, peut-être serait-elle mieux
connue de nos jours.
Berthe Sylva est décédée à Marseille en 1941, délaissée,
oubliée de tous (une autre légende) car, comme nous l'avons déjà dit par
rapport à Mayol,
quitter Paris (ou même tout simplement voyager) n'était pas une mince
affaire en 1941... (Voir, à ce propos, notre page sur Fred Gouin.)
De Berthe Sylva, nous nous en voudrions cependant de ne
pas citer une chanson moins dans le sens de ses grands succès mais
qu'elle interprète avec brio ;
Le tango des fauvettes (de R. Marino et Bixio) - 1931
Et puis cet autre succès que reprenait
encore, en 1981, Renaud (pour ne nommer que lui) et qu'on attribue trop
souvent, comme nous l'avons dit ci-dessus, à Fréhel :
Du gris (d'Ernest Dumont et de Ferdinand-Louis Bénech) - 1931
[1] Aujourd'hui Lambézellec,
commune en banlieue de Brest quoique...de persistantes rumeurs
voudraient qu'elle soit née en 1901 (sic) au Touron, à deux
kilomètres de Monségur (Lot et Garonne) d'une mère nommée Alida
Fauché et d'un père inconnu. - On parle d'un fils, né alors qu'elle
n'avait que 18 ans et d'une fille née en 1926... (Merci, Monsieur
Krysztoforski !)