Née Berthe Faquet en 1886, à Saint-Brieuc [1], cette populaire chanteuse fait ses débuts vers la fin des
années dix. Elle est des programmes du Casino de Montmartre et du Casino-Montparnasse peu avant la guerre. En 1916, elle est déjà assez connue
pour que Scotto lui confia une chanson sur des paroles de J. Mauris
intitulée «Les tourneuses d'obus» (sic)
- mais ce n'est qu'à la fin des années vingt qu'on la découvre,
enfin, en 1928 d'après la légende, au Caveau de la République, dans un répertoire
plus ou moins larmoyant mais déjà elle avait eu un grand succès l'année
précédente, à la radio (elle fut une des toutes premières à
chanter sur les ondes de Radio Tour Eiffel) avec une chanson qu'elle allait
garder à son répertoire jusqu'à la fin : «Roses Blanches»
(de Charles-Louis Pothier et de Léon Raiter).
Sa grande période
débutera avec les années trente où elle créera ou recréera à sa manière, tour à
tour :
«Le raccommodeur de faïences» (une chanson de 1927 de Decoq et
Soler rendue populaire par Monty)
«On
n'a pas tous les jours vingt ans» (que Pothier et Raiter écrivirent pour
elle en 1934)
... des chansons
qui ont fait pleurer bien des cœurs !
Bonne vivante,
cette dame qui aime bien boire, rire et manger atteindra des sommets de
popularité qui ne seront dépassés que des années plus tard.
Son répertoire,
aujourd'hui, fait sourire ou, à tout le moins, ne fait plus pleurer comme
avant. Sans doute parce qu'il
n'y a plus de gamins qui, au lieu de s'acheter des joujoux, achètent des
roses blanches pour leurs pauvres mères (mourantes à l'hôpital, naturellement) ; on ne croit plus
beaucoup, non plus, à la Légende des flots bleus ou à ces trois petits orphelins qui meurent de
faim en même temps... sauf qu'avec «Du gris», elle réussi
encore à attirer l'attention.
Ne fait
plus pleurer ? Mais qui, alors, continue d'acheter les CD de ses grands
succès ?
Berthe Sylva - Les chansons éternelles (Galaxy 3888 162)
...qui contient, entre autres :
Comme
un moineau
Où
sont tous mes amants ?
Je
n'ai qu'une seule maman
La rue
où l'on passe...
Berthe Sylva -
Frou-Frou (The Intense Music 222645-205 - Membrane Music, Londres)
Si tu
reviens (enregistré la même année que la version de
Réda Caire)...
Berthe Sylva -
Chez Marianne Mélodie
... Non pas un
mais QUATRE cd - 52 titres !
Ah ! quel
crâneur
Grisante
folie
Mousmé
d'amour...
La voix est
agréable et, dans le genre réaliste, seule Fréhel sera son égal. - Avec un
meilleur répertoire, peut-être serait-elle mieux connue de nos jours.
Berthe Sylva est
décédée à Marseille en 1941, délaissée, oubliée de tous (une autre légende)
car, comme nous l'avons déjà dit par rapport à
Mayol, quitter Paris (ou même tout
simplement voyager) n'était pas une mince affaire en 1941... (Voir, à ce propos, notre page sur
Fred Gouin.)
De Berthe Sylva,
nous nous en voudrions cependant de ne pas citer une chanson moins dans le
sens de ses grands succès mais qu'elle interprète avec brio ;
Le tango des
fauvettes (de R. Marino et Bixio) - 1931
Et puis cet autre
succès que reprenait encore, en 1981, Renaud (pour ne nommer que lui) et
qu'on attribue trop souvent, comme nous l'avons dit ci-dessus, à
Fréhel :
Du gris
(d'Ernest Dumont et de Ferdinand-Louis Bénech) - 1931