Solidor, Suzy. - Suzanne Louise Rocher, dite Suzy Solidor. - Née à
Saint-Servan-sur-Mer (près de Saint-Malo), le 18 décembre 1900, décédée à Cagnes-sur-Mer, le 31 mars 1983.
On a beaucoup écrit sur elle. On a parlé de sa beauté sculpturale, de ses nombreuses (?) aventures amoureuses, de sa vie quelque peu troublée (ou serait-ce troublante ?), de son côté
non-conventionnelle et le nombre de peintres (et pas les moindres) qui ont tracé, dessiné, peint son visage et son corps nous laisse peu de doute quant à l'énigmatique personnalité qu'elle
dégageait.
Évidemment, à cinquante et même soixante ans de distance, il est difficile de se faire une idée à partir des photos, des enregistrements, des bouts de film qu'elle nous a laissés.
Ses cheveux dorés, ses amples hanches, ses épaules de nageuse, son regard - toujours de côté , jamais face à la caméra - , nous parviennent d'un autre âge. Le - aujourd'hui - snobisme de son accent, sa façon de renvoyer
ceux qui ont tenté de l'interviewer, laissent également peu de doute quant à sa façon d'aborder la vie mais tout cela est anecdotique. Suffit de gratter quelque peu pour comprendre qu'il y avait sous cet
extérieur qui a toujours laissé sous-entendre une certaine froideur une douleur qui ne pouvait être exprimée.
Un clip de la fin des années cinquante - ou serait-ce du début des années soixante ? - (ci-dessous) nous en apprend beaucoup plus sur elle et sa présence en scène que toutes les toiles, enregistrements et photos que
nous avons pu toujours admirer, entendre, regarder.
La voix est celle qui a fait dire au curé de la chorale dont elle faisait partie qu'il y avait un garçon dans le
chœur de ses jeunes filles (G. Roig) et les notes presque gutturales qu'elle a
enregistrées dans de nombreuses chansons, particulièrement de bars et de marins nous parviennent d'un endroit qui restera toujours difficile d'approche mais n'est-ce pas là ce qui fait la grandeur
d'une grande interprète ?
Son Lily Marlène demeure inoubliable même si certains ont osé dire que c'était un objet de collaboration. On peut, quelque peu, lui reprocher, son répertoire souvent composé de tangos, de valses,
de rumbas - elle qui se qualifiait de diseuse - mais une fois qu'on oublié le côté vieillot, souvent, des arrangements de l'époque, on ne peut que resté étonné devant la chanteuse qui a
transcendé tout ce qu'elle a touché. Ex. : Sous tes doigts.
Discographie :
Gérard Roig[*], dans sa revue Phonoscopies, no. 25, janvier 1999, attribue à Suzy Solidor, entre 1933
et 1954, 120 enregistrements dont 4 inédits et 7 hors commerce plus deux microsillons parus dans les années cinquante et un troisième en collaboration avec Claude Darvy et Valérie Quincy
(du début des années soixante). - Peu de reprises mais des choses auxquelles on ne s'attend pas toujours considérant la réputation de Madame : Chanson de halage en 1935, Les
petits pavés en 1949, V'là l'bon vent (avec Jeannine Rémignard) en 1951, un pot-pourri de chansons de France (La vie en rose, Avril au Portugal, Parlez-moi d'amour, Domino et
La mer) en 1953. - On y retrouve notamment, mais là sans grande surprise, plusieurs chansons mises en musique par Marguerite Monnot, L'inconnue de Londres
(de Léo Ferré en
1948), La foule d'Henri Salvador et Bernard Michel et même Brasiliera sur une musique de Darius Milhaud, paroles de Louis Potérat. - Plusieurs ratés mais des interprétations
inoubliables dont Les nuits de Notre-Dame cité ci-dessous.
À noter dans le lot un étrange couplage : d'un côté, par Suzy Solidor,
Ah ! qu'il était beau et, de l'autre,
En revenant de
la revue chanté par
Georgius publié chez Decca en avril 1950.
Plusieurs de ces titres sont toujours disponibles en format CD :
Chez Musique Memoria - numéro 7777881522 - Série Étoiles de la chanson (2001)
De 1931 à 1946 : Au fil du rêve, Avec l'accordéon, Dans un port, Du soleil dans mon
cœur, Escale, Le fin voilier, Grand
vent, Hawaï nous appelle, La java au clair de lune, Je ne veux qu'une nuit, J'écrirai, Lily Marlene, Mon secret, N'espère pas, Nuit tropicale, On danse sur le port, L'orgue de
Barbarie, Partir avant le jour, Revivre, Sous tes doigts, La tonnelle des amoureux, Vous que j'espérais.
Chez Marianne Mélodie - numéro 021B27 - Série : légende de la chanson française (2002)
De 1947 à 1952 : Un air d'accordéon, Amor y mas amor, L'amour commande, Amours banales, Brasileira, Casblanca,
Congo, La dame qui chante, Danse de la corde, La danseuse est créole, Escale, La foule, J'aime l'accordéon, Judas, Nature Boy, Le petit rat, Un refrain chantait,
Saigon, Si le
Rhône rencontrerait la Seine, Valsez Laurence.
Chez Frémeaux - numéro FA 5111 - Un coffret, deux disques (2005)
[**]
De 1933 à 1952 : Escale, Obsession, La belle croisière, Une femme, Ouvre, La maison des marins, Les filles de Saint-Malo, La
fille des bars, La belle escale, Le doux caboulot. Si l'on gardait, La belle d'Ouessant, Sous tes doigts, La tonnelle des amoureux, Hawaï nous appelle, La jave du clair de
lune, La chanson de la belle pirate, Nuit tropicale, Lily Marlene, Mon secret, On dans sur le port, J'écrirai, Mon
cœur est triste sans amour, Je ne veux qu'une nuit, À quoi
songes-tu ?, Le soldat de marine, Trois lettres de toi, Un air d'accordéon, Un refrain chantait, Soir de septembre, La foule, La brume, Se rencontrait la Seine, Barasileira,
Amor y mas amor.
[*] Gérard Roig, M. Dard, Dany Lallemand et J. Primarck
[**] Contient un livret de 24 pages illustré d'Éric Remy et Dany Lallemand. - Restauration impeccable.
À lire :
Aux éditions Autres Temps, Suzy Solidor, Une vie d'amours de Marie-Hélène Carbonel (2007)
À voir :
À Cagnes-sur-Mer, au Château Grimaldi : la donation Suzy Solidor. Quarante portraits.
À se rappeler :
Suzy Solidor chantant avec des fusiliers marins en 1939