Forte d'une impressionnante discographie, Mme Rollini ( Z...
Rollini ?) est aujourd'hui à peu près tombée dans l'oubli.
Qui fut-elle ? Il semble presque impossible de dénicher quelques lignes qui la
mentionnent, et pourtant tous les bons ouvrages relatifs à la chanson
française de Belle époque citent ses enregistrements.
Son nom - était son vrai nom ? - a une certaine parenté avec celui de «Rollinat»,
le célèbre hydropathe mais dans son immense discographie, on ne
retrouve aucune chanson de ce poète-musicien.
Elle frise la cinquante vers 1903 d'après la
photo qui figure dans le catalogue illustré du «répertoire
français» de Pathé, la même mais en format carte postale que ci-dessus :
On peut quand même affirmer
qu'elle commence sa carrière «d'enregistreuse»
dès la parution du premier catalogue de chez Pathé (en 1896) en enregistrant quelques titres empruntés à
Thérésa et d'Yvette
Guilbert. Elle s'annonce parfois elle-même sur, aujourd'hui, de rarissimes
cylindres mais par sur tous - tout comme Yvette Guilbert -. C'est ce qui a
permis à certains spécialistes de douter de l'authenticité d'enregistrements attribués à
cette dernière, enregistrements qui pourraient être redevables au talent d'imitatrice de Mme Rollini... - Doit-on y voir
une concurrence artistique, ou plutôt une guerre des prix, les cachets de
l'une étant plus élevés que ceux de l'autre ? - Les frères Pathé étaient assez
versés dans ce genre d'astuce… enregistrant eux-mêmes les
discours d'autrui afin de réduire les coûts de production... et puis, aussi,
dans l'utilisation à toutes les sauces de forçats du phono, tel Charlus…
Quoiqu'il en soit, Mme Rollini (Jeanne ou Louise, on n'en sait pas
plus [*]) reste fidèle à la
maison, mais son répertoire n'évolue guère. Il s'étend entre 1896 et 1902…
puis, à partir de 1903, les catalogues reprennent sempiternellement les mêmes morceaux jusqu'en
1922 où deux titres enregistrés pourtant en 1898 et 1902 (respectivement
«À la Plazza» et
«Le Morvandiau»)
figurent encore !
[*] Dans le
Répertoire
Dalbret on trouve une chanson, «Petits petons» signée
Z. Rollini...
Les
accords qui unissaient Madame Rollini à Pathé semblent rompus vers 1903, 1904
mais sa carrière phonographique ne sombre pas pour autant [*].
[*] Rien après 1903 mais une douzaine, chez Pathé, en
1907...
C'est même du délire : la clarté de sa diction, la justesse de son timbre, son
inépuisable faconde la conduisent dans toutes les maisons de disques de son
temps. Elle livre son talent au service du répertoire d'Yvette
Guilbert chez Gramophone et Zonophone surtout (qui distribuent les mêmes titres
à un coût moindre
que l'autre) et chez d'autre distributeurs dont Odéon (principalement), mais aussi
chez Eden-Favorite, chez
Cécilia, Dutreih… déroulant tantôt ses talents de diseuse «fin de siècle»,
tantôt dans un répertoire grivois, tantôt dans des chansons de
«tourlourou»,
et enfin et surtout ses fabuleuses qualités de
tyrolienniste abracadabrante.
Ces talents si divers, qui la poussent même à écrire quelques chansons qui
sont enregistrées par d'autres artistes tel Paul Lack (qui grave chez Odéon
«Caroline va débuter»
et signe aussi avec elle «Exercice à la
caserne») ou Alcide Terneuse qui
enregistre en 1911 «Au caveau des Halles»
ou Charlus[*] et
son «Colonel du 603e à la Répétition»... Elle même ne semble plus enregistrer depuis 1909…
[*] 28 enregistrements avec Charlus en 1903
L'histoire s'arrête là. Mme Rollini s'est-elle retirée la scène, a-t-elle
quitté ce monde avant le déferlement de la guerre de 1914 ? [*]
[*]
Un petit format datant de
1916, «Les exploits d'Élaine», indique
également, comme auteur et compositeur, un ou une certain(e) Z. Rollini ...
Photo «Cylindre
Cécilia» Alphonse et Nana, duo comique de Mme Rollini et Charlus
Un enregistrement de 1903 : certes très rare, mais pas des meilleurs !