A la recherche de Charles Reschal
Un texte de : Daniel Auliac
Un artiste aux talents multiples
Reschal a été chanteur
Il débute au Château-d'Eau en 1880, où selon Caradec † -Weill, dans Le Café-Concert (Fayard), il chantait, en 1883, une chanson de Chaudoir :
Riboulant des œils comme'des carpes
Y-en a qui chantent des refrains d'amour
Moi, j'chante les souteneurs, les escarpes...
Henri Dreyfus "Fursy" lui a écrit certains des textes qu’il interpréta sur scène. Il fréquenta les artistes de cabaret de la Belle Epoque, de 1890 à 1910 où il rencontra Polaire.
La référence de la collaboration entre Fursy et Reschal se trouve dans Larousse Mensuel Illustré, no. 271, septembre 1929, d'un article signé Henry Lyonnet, dont un des passages se lit comme suit :
"Paulus, qui avait lancé le Père la Victoire, trônait alors à Ba-ta-clan, bizarre, fantasque, autoritaire. On y appelle
Dreyfus qui écrit des chansons pour Mlle Duparc, Marguerite Duclerc, pour Reschal, Fragson, etc."
Dans les Mémoires de Fursy Mon petit bonhomme de chemin en page 173, le chansonnier indique que Reschal, le gentil Reschal, a interprété "Plus que raide" au Parisiana, revue écrite avec Paul Ferrier. Philippe Chauveau (Music-Hall et Café-Concert, Bordas, 1985) mentionne la présence de Reschal au Parisiana en 1894.
Fursy a été le secrétaire de Paulus et des mémoires de ce dernier sont extraits les passages suivants :
Chapitre XXXII – Vers 1893/1894 :
… côté des hommes :
… le réaliste était à la mode.
Mathias et Reschal, autres réalistes de talent, …, le second a conquis la vedette au théâtre.
Chapitre XXXIII – (Départ à la retraite de Paulus - représentation exceptionnelle à la Gaîté le 19 décembre 1906 :
… le programme était vendu par mesdames …, Polaire, …
Les contrôleurs en chef étaient Reschal et Barally et des cartes postales autographe de votre serviteur avaient pour vendeurs irrésistibles madame Colette-Willy et monsieur de Max.
Des mémoires de Charlus, né Louis Napoléon Defer, publiées au début des années cinquante par Le progrès de l'Oise, intitulées J'ai chanté - Souvenirs de Charlus, sont extraites ces quelques lignes :
Et puis, je pense à d'autres "confrères", mes camarades de scène : Fursy, mort assassiné, peut-on dire, pour s'être montré trop "rosse" dans l'une de ses chansons ; Raimu, à ses débuts à Toulon ; Plessis, Jacquet, Claudius, Mansuelle, qui sonnait si bien du clairon ; Kam-Hill, frère de Jean Périer ; Max-Dearly – nous étions ensemble au Jardin de Paris, alors sous la direction de Zidler – Reschal, Bergeret, qui, à lui seul, pouvait assurer la composition d'un programme ; Dona, Dalbret, Maréchal, qui détaillait si finement ses chansons ; Fortugé, mort trop tôt pour avoir donné toute sa mesure ; Gaston Haberkorn, Marcel Legay, plus près du cabaret que du café-concert ; Montéhus, que l'on vient de décorer de la Légion d'Honneur, et qui, en tenue de disciplinaire, eut tant d'imitateurs dans les "beuglants" de province.
Philippe Chauveau, dans un historique sur le Moulin Rouge, explique que dans ce célèbre établissement de la place Blanche, on a dansé mais chanté également et cite quelques uns des artistes qui y sont passés : Claudius, Reschal, Victor Lejal,
Bach, Louise Balthy, Georges Milton,
Sulbac, Germaine Galois, Max Dearly, Mistinguett, Gaby Deslys, Andrée Darcy, Henri Garat, Dréan, Jean Gabin et Yvonne Georges. - Charles Reschal s’est trouvé en très bonne compagnie.
En 1896, les feuillets publiés sous le générique Le Panorama et sous-titré "Nos jolies actrices" sous la responsabilité de Louis Baschet, présentent sur une page cinq artistes masculins, Brunin, Bruant, Vaunel, Bourges et Reschal. Charles est vêtu comme un ouvrier de l’époque, casquette, ceinture large et foulard. Le commentaire est :
"Reschal, aimé des Dieux, des femmes et des chansonniers".
La photographie Charles est signée de Eugène Pirou dont la célébrité est déjà établie. L’annulaire de sa main gauche est orné d’une alliance. La légende de la photographie apporte aussi une information, en 1896, Reschal n’avait pas encore de prénom.
Il a créé un certain nombre de chansons ; "La Rouquine", portrait réaliste dont la partition parue autour de 1900 indique qu’il l’a chanté au Grand Concert Parisien, "Le mendiant du pont neuf" au Parisiana, d’après le numéro 343 de l’hebdomadaire Les chansons et monologues illustrés.
Charles Reschal a été l’un des artistes de cabaret caricaturé par Candido de Faria vers la fin du XIXème siècle, entre 1895 et 1900, comme d’autres et notamment
Polaire et Yvette Guilbert en "diseuse de fin de
siècle". Candido de Faria, 1849-1911, a été affichiste chez Pathé.
Dans le catalogue Lioret de 1899, on cite, "Du RÉPERTOIRE Reschal", et donc pas nécessairement de lui, les titres suivants :
N° - Titre
1156 - "Qui veut des plumes de paon"
1157 - "La Môme aux grands yeux"
1158 - "Dans les sentiers" [remplis] (Belhiatus, Del Poncin)
1159 - "Les Enseignes"
1160 - "La Valse de la mariée"
1161 - "Stances printannières"
1162 - "Tirelonlaie la cantinière"
1163 - "Ah ! quelle poire"
Existent divers "petits formats" où il est indiqué que les chansons suivantes ont été créées par Reschal
"Adieu la Môme" (Disle, Duvreux, Spencer)
"Tiariflette" (Garnier, Duhem)
"La vie de famille" (Belhatius, Chaudoir)
"Ma Môme" (Mortreuil, Esse et Gangloff)
"Les (Sous) Étrangers" – Delphi.
De la lecture de divers journaux, il ressort que Reschal est passé :
- En vedette à la Cigale en 1887
- Après 1892 à la Gaîté-Rochechouart
- Avant 1893 aux Folies-Belleville
- Aux Folies-Parisiennes (après 1900)
- Idem aux Ambassadeurs (1902)
- Avant 1903 à L'Alcazar d'été (j'ai retrouvé 1895 et 1896)
- Son portrait figure sur la couverture du numéro 172 de
paru le 6 mai 1906.
Vers 1896, Reschal devient Charles Reschal, l’ajout du prénom permet ainsi de le différencier d’un autre Reschal, Antonin, (1) littérateur à cette époque qui a publié en 1894 une plaquette intitulée : l’art de rendre les femmes fidèles. Ce texte pourrait avoir été déclamé sur scène par Charles.
Charles Reschal a été acteur
Il joua au théâtre, notamment au Théâtre du Palais Royal, quelques vaudevilles avant et après la Grande Guerre.
Il faut noter La Dame du 23de Paul Gavault et Albert Bougain, Le contrôleur des wagons-lits d’Alexandre Bisson et La revanche d’Eve d’Antony Mars et Alphonse de Beil, dont les programmes sont conservés à la BNF.
La petite illustration dédiée au théâtre rappelle qu’il a joué dans Mon bébé de Maurice Hennequin aux Bouffes Parisiens, numéro 72 du 18 juillet 1914 et dans La passante de H. Kistemaeckers au théâtre de Paris, numéro 70 du 29 octobre 1921.
Jane Avril, une étoile du Moulin Rouge, se souvient de lui comme acteur attaché au Moulin-Rouge.
L’édition de ses mémoires chez Phébus en 2005 permet de découvrir qu’il était à l’affiche de deux spectacles produits dans cet établissement :
Tu marches ?, une revue en deux actes et dix tableaux d’Adrien Vély et Charles Clairville, la création est du 5 mars 1903.
La belle de New-York, une opérette en deux actes et quatre tableaux de Hugh Morton, créée le 29 mai 1903. Charles y joue le rôle de Ichabod Bronson.
Ci-contre la photographie de Charles prise en 1916 alors qu’il tient le rôle de Sir Samuel Bridgman dans la pièce Moune, un flirt en trois actes, de Albert Willemetz, jouée au théâtre des Variétés.
Charles Reschal a été acteur de cinéma (muet)
En 1912, il tourne avec Jules Berry Les amis de la mort, en 1914 Le paradis de Gaston Leprieur, en 1919 Marthe de Gaston Roudès.
En 1918, il apparaît dans un film Pathé de Camille de Morlhon et Louis Verneuil, Y a plus d’enfants. En 1920, un autre film, Pour Don Carlos de Jacques Lasseyne et Juliet Musidora. Tous les deux sont des films muets.
Louis Verneuil a écrit ses mémoires, Rideau à neuf heures, et, page 342 de l’édition de 1945, il se souvient d’anecdotes survenues lors du tournage de Y a plus d’enfants. Il qualifie Charles Reschal d’amusant comédien, transfuge du music-hall.
Charles Reschal a été pendant de longues années un homme de spectacle se produisant beaucoup. Son talent était reconnu. Il n’a jamais été en haut de l’affiche. Sa trace s’efface encore plus vite, l’oubli le frappe et plus personne ne se souvient.
Il est devenu un artisan anonyme du septième art français
Charles Reschal a été auteur.
La BNF conserve Succès d’un bon diseur, des monologues comiques et réalistes
Charlus, en 1903, a endisqué (Pathé 3005BC) un monologue, "Si on serait comme eux", dont l'auteur était Reschal.
L’état civil de Charles Reschal.
Le nom de cet artiste est Michel, Charles, Germain Baylion, né le 8 avril 1859 à Paris et décédé le 12 décembre 1926 à Paris 17ème.
L’état civil nous apprend que cet artiste dramatique connu sous le nom de Reschal habite le jour de son décès au numéro 59 de la rue des Dames, est fils de Mathieu Baylion et de Anne Marguerite Wagner et enfin qu’il est peut-être divorcé.
La bibliothèque nationale de France conserve sur son site Richelieu une épreuve sortant du studio de Charles Reutlinger, 21 boulevard Montmartre, d’une jeune femme aux cheveux courts, à l’épaule droite nue, vêtue d’une robe de dentelles blanches, une pointe de ce tissu lui couvre la tête. Le dépôt a été fait en 1882.
En haut à gauche, une main a écrit à la plume "Reschal".
Est-ce l’épouse de Charles ? Cette hypothèse est envisageable, Charles a alors vingt trois ans.
Ajouts (Paul Dubé)
Caradec † et Weill (opus cité) cite Dorfeuil, celui qui a engagé Mayol à ses tous débuts: "Je n'ai pas de besoin de personne mais je vous engage pour faire plaisir à Reschal"
Chez Pathé, plusieurs cylindres du Répertoire Reschal) :