On ne saurait trop le dire Ce comique est très malin. On ne peut pas ne pas rire Quand toi-même ris, Polin (Quatrain de l'époque)
Pierre-Paul Marsalés,
dit Polin, né à Paris le 13 août 1863, mort à La Ferté-sur-Seine (Seine-et-Oise)
le 8 juin 1927, une des gloires du music-hall et du café-concert des années
1890 à 1914 avec Mayol,
Dranem et
Fragson.
Élève à la Manufacture des Gobelins, puis
sertisseur chez un bijoutier, il débute modestement vers 1880 dans des salles de quartier,
est engagé au concert de la Pépinière puis à celui du Point-du-Jour pour
finalement signer un contrat de cinq ans à l'Éden-Concert en 1890. De là, il
passe à l'Alcazar d'été, à l'Ambassadeur et puis,
finalement, à La Scala où il restera vingt ans, ne quittant rarement cette
salle et que pour des tournées en province ou pour jouer au théâtre.
Son style est celui du comique troupier,
naïf, en culotte rouge avec basanes, à la veste toujours trop courte et un
petit képi qui, visiblement, a été porté bien souvent avant lui. Cet
uniforme n'est pas de son invention. : auparavant, il avait été porté par un
autre comique troupier en la personne d'Ouvrard
père mais alors que ce dernier et tous les chanteurs
comiques qui l'avaient précédé se déplaçaient sans cesse sur scène l'art de
Polin consista à se tenir immobile et débiter lentement ses refrains
où il intercalait de longs monologues avec, pour seul accessoire, un
mouchoir à carreaux rouge.
«Bonhomme, finaud et pudique,
sachant esquiver le mot scabreux sans perdre une intention, n'insistant
jamais plus qu'il ne faut sur un effet, avec un art tout en nuances,
servi par une voix ni trop forte, ni trop étendue, mais d'une extrême
souplesse, Polin ne lassa jamais son public qui lui réclama chaque soir
une dizaine de chansons qui, lancées par lui, ne tardaient pas à devenir
populaires.» (Henri Lyonnet - voir Bibliographie)
Ses succès, en effet, ne se comptent plus
:
«La caissière
du grand café», «Le p'tit objet», «La petite
Tonkinoise»[1],
«La boiteuse du régiment», «La balance automatique"
...
On pourrait en citer au moins
cinquante : le catalogue (cylindre) de Pathé de 1907 contient pas moins de 81 titres.
Tous les comiques troupiers du temps furent ses
élèves. Un seul peut se vanter de l'avoir sinon dépassé, du moins égalé :
Bach.
Un site lui rend
particulièrement hommage. On y trouvera de nombreux détails sur sa carrière
en particulier celle qu'il adopta en 1907 dans le domaine du théâtre et de
l'opérette et en 1910 au cinéma. - Nombreuses photos, hommages,
filmographie, etc.
On écoutera tout d'abord dans l'un de ses premiers succès,
Ah ! je
l'attends et dans sa très connue Boiteuse
du régiment, puis dans un enregistrement repris par une foule de
chanteur, Le p'tit objet (aussi connu sous le nom de Ah !
Mademoiselle Rose).
Les deux premiers enregistrements (1905 et 1911),
dans leur version semi-allongée donnent une idée de son grand art et de son
usage de monologues intercalés entre les couplets :
Extrait :
Ah ! je l'attends
(Boussagol-Rimbault,
Bouchaud) enregistré en 1905 - Pathé 4737
La boiteuse du régiment (1895) (Lucien
Delormel, Eugène Poncin et Lucien Del) enregistré vers 1910 - Pathé no. 3805 ou 4629
Le p'tit objet (aussi connu sous le
nom de Ah ! Mademoiselle Rose (Scotto, Grier, Rimbault, Henri Christiné, Bossy) enregistré en en 1911
- Pathé 4631
(On remarquera dans cette dernière
chanson que le comique de Polin n'exige pas une présence visuelle pour être
compris contrairement à celui d'un
Dranem, par exemple. et on pourra
comparer à la version qu'en a fait Urban en 1930 au numéro 17 de nos pages
sur La
chanson française en 50 chansons.)
Et, pour dessert, un des
plus vieux enregistrements de Polin :
Il s'agit d'un cylindre datant de
1896 ou 1897. On parle donc d'un Polin qui n'a pas encore quarante
ans et qui est au faîte de sa gloire. - De Jean-Yves Patte,
naturellement :
L'anatomie du conscrit
(Eugène Rimbault et Émile Spencer)
Mais s'agit-il d'un
vrai
Polin ? - À vous de juger. - Voir également le vidéoclip ci-dessous.
Et quand est-il de La
Madelon ?
Pour cela, il faut lire la page que nous
avons consacrée à son élève, Bach.
Étiquette d'un disque de Polin
(APGA -
Pathé)
(Cliquez pour agrandir)
Et pour terminer, un
vidéoclip :
Des phonoscènes Gaumont, enregistré en 1905 :
Polin qui chante L'anatomie du conscrit :
[1] Cette chanson qui, par la
suite, sera reprise avec un immense succès par Joséphine Baker a une curieuse histoire :
De passage à l'Alcazar de Marseilles,
Polin se fait remettre par un nouveau compositeur (Vincent Scotto) une chanson
qui s'intitule «El Navigatore» :
Je ne suis pas un grand actore
Je suis navi, navi, navi, navigatore
Je connais bien l'Amérique
Aussi bien que l'Afrique
J'en connais bien d'autres encore
Mais de ces pays joyeux
C'est la France que j'aime le mieux.
Polin aime bien l'air mais pas les paroles. Il la confie
à Christiné
et lui demande d'écrire d'autres paroles. - Et ainsi naquit La petite
Tonkinoise.
Un rarissime enregistrement de cette
Petite
Tonkinoise par Fragson - en anglais - fait partie des
enregistrements restaurés par notre ami Julian
Myerscoughdu Royaume-Uni. - Voir à Music-Hall Masters (album :
Chez Pathé).