On a tellement parlé de sa taille (voir le
liens vers les photos ci-dessous) qu'on a oublié qu'elle avait un
visage. Et un beau visage.
On a tellement parlé de sa scandaleuse
liaison avec Colette qu'on a oublié que c'est elle qui a créé au
théâtre le rôle de Claudine (aux Bouffes-Parisiens, le 22 janvier 1902).
Et on a tellement parlé de ses frasques
qu'on a oublié qu'elle avait aussi chanté. Et enregistré. Des chansons
signées Scotto,
Yvain, Lenoir, Richepin...
Et, finalement, on a tellement parlé de ses
chansons qu'on a oublié sa voix qui était tout à fait exceptionnelle.
Née Émilie Marie Bouchaud, à Alger, le 14 mai
1874, elle «monte» à Paris en 1891 (elle a alors dix-sept ans)
pour rejoindre son frère, Dufleuve, qui
chante à l'Européen et décide elle aussi de faire du Music-Hall. - (Voir
à ce propos les notes en annexe - lien ci-dessous.)
(Dix-sept ans ? - Pour se rajeunir, sans doute, elle
avouait, à un reporter du New York Times venu l'interviewer dans sa loge
peu avant sa première américaine... quatorze ans !)
Quel que fut l'âge, chose certaine, elle fut tout de
suite remarquée à cause de son physique (un tour de taille qui tenait du
prodige) et à cause aussi de la façon qu'elle se tenait en scène :
cambrée en arrière, elle passait continuellement d'un pied sur l'autre,
comme secouée par un tremblement continu. Aussi, on la surnomma très
vite la «gommeuse épileptique» mais quels que furent l'attitude,
la taille ou l'âge, tout Paris tint à la voir.
Les échotiers de l'époque s'emparèrent d'elle et en firent une fêtarde,
une noceuse, une bouffeuse de fortunes, une réputation, au demeurant,
fort méritée. Ses décolletés, ses déshabillés, sa façon de s'afficher au
théâtre comme à la ville, son habitude de tout brûler par les deux bouts
suffisrnt à la classer comme une des grandes cocottes de l'avant-guerre.
- Le ménage-à-trois qu'elle partagea avec Colette et Willy ne modifia en
rien l'idée qu'on se faisait d'elle.
Après la guerre, elle abandonna le
Café-concert pour se consacrer uniquement au théâtre où elle obtint un
succès assez appréciable grâce à une voix au timbre merveilleux.
Le jeu eu souvent raison d'elle et, pour
suppléer à ses manques continus d'argent, elle revint plusieurs fois à
la chanson (à partir de la fin des années vingt) allant jusqu'à
enregistrer une version de «La Charlotte prie Notre-Dame» en
1936, peu de temps avant de prendre sa retraite (elle mourut en 1939).
Madame Polaire repose à l'Ancien Cimetière du Centre, à Champigny-sur-Marne (94 500) - division 21.
Quelques films
aujourd'hui introuvables :
Sous la direction d'un jeune Maurice Tourneur, en 1912, 13 et 14 : «Le friquet», «Les
gaîtés de l'escadron», «Le dernier pardon», «La dame
de Montsoreau» et «Monsieur Lecoq».
Puis avec Robert Bibald, en 1932
: «Amour, amour» (en chiromancienne)
Et, enfin, en 1933, de Marc Didier : «Âme de clown» (un tout petit rôle).
Ses chansons les plus connues demeurent : «Tha
ma ra boum di hé» (1892), «Max, Max, ah c'que t'es
rigolo» (également connu sous le nom de «T'as tant d'pognon»[*] de Delormel et Devere - 1895), «Tchique Tchique» (de Vincent Scotto),
«Allo ! Chéri» (chanson téléphonique - avec Marjal), «Lingaling»
(1895) et puis «La glu» (de Richepin) dont elle fit deux enregistrements, l'un
au début des années vingt et l'autre en 1929.
[*] À cause du refrain :
Ah ! Ah comm' t'es rigolo
Quel sucre t'as en tringlot
T'es pas joli joli joli garçon
Seulement t'as tant d'pognon.
On écoutera d'elle (cliquez sur la note -
format MP3) :
Tchique Tchique de Vincent Scotto,
enregistré en 1923 - Odéon 75143
Mais pour entendre cette «merveilleuse»
voix, on préférera, une chanson plus théâtrale :
Le train du rêve (d'Aubret et de Lenoir), enregistré en 1930 - Parlophone 22716
Voir également à Jean Richepin (pour
son interprétation de La glu).