La Direction s'est
offerte une nouvelle étoile ; une très originale artiste.
Elle a le diable au
corps ! Des gestes, des intonations qui lui font une personnalité
remarquable. Depuis
Lasseny, aucune comique de cette envergure n'avait paru
sur la scène de l'Eldorado.
Jolie femme avec ça ;
capitonnée à souhait pour le plaisir des lorgnettes. Elle a nom Léonore
Bonnaire.
Léonore Bonnaire
Ses premiers débuts au
concert ont été divertissants et mouvementés. Le spirituel Parisis (Émile
Blavet) les contait en 1884,dans le Figaro, et de si humoristique
façon que je ne résiste pas au désir de lui emprunter son récit. Mes
lecteurs en feront qu'y gagner :
«Il y a quinze
ans – dix-huit peut-être – à huit heures du soir, un train omnibus, venant
de Paris, entrait en gare de Bourges. On était en décembre. Il faisait
grand froid. Une jeune fille, presque une enfant, descendit d'un wagon de
troisième classe, les lèvres bleuies, toute grelottante sous sa pauvre
robe d'indienne et sous son méchant mantelet de mérinos. Elle s'achemina
lentement vers la sortie, puis, arrivée sur la place où scintillaient, à
travers le brouillard, les lanternes des omnibus, elle jeta de tous côtés
un regard de détresse, et, ne voyant pas sans doute la personne qu'elle
attendait, ou plutôt qui devait l'attendre, elle s'assit sur une borne et
se mit à pleurer.
Sur le perron, un
gendarme se promenait de long en large. Il s'approcha de la voyageuse,
qu'il prenait pour une mendiante :
– Faudrait voir à
déguerpir ! lui dit-il brusquement.
– Ah ! gendarme,
s'écria la fillette en s'essuyant les yeux, c'est le bon Dieu qui vous
envoie !
– Ce n'est pas le
bon Dieu, c'est ma consigne !
– Eh bien !
Pourriez-vous m'indiquer le café-concert ?
– Ous qu'on sert ?
Ah ! bon !… voyez-vous ce café là-bas, en face ?… on vous y servira tout
ce que vous voudrez…
– Ça ne serait pas
de refus, car j'ai le ventre d'un creux !… mais vous faites erreur,
gendarme, sauf votre respect !… Il s'agit du café-concert… où l'on
chante.
– Bizarre !… Connais
pas !… Et, comme ça, vous chantez ?
– Oui, je viens de
Paris où j'ai signé mon engagement…
– Votre engagement
?… Bizarre !… Comme vivandière ?
– Non… comme
chanteuse.
– Drôle de régiment
!… Exhibez votre feuille de route.
– Voici, gendarme !
– Qu'est-ce que
c'est que ce grimoire-là ?… [Il lit :] «...Entre
les soussignés X…, directeur du café-concert de Bourges, et Mlle Léonore...».
C'est-y vous, Léonore ?
– Personnellement.
– Joli nom, ma foi
!… Léonore… mais attendez donc… fectivement, ça se chante : «Léonore,
mon amour brave…» Votre âge ?
– Quinze ans.
– Quinze ans !… Et
vous chantez déjà ?
– Vous n'avez pas
l'air d'en être convaincu. Vous vous dites : c'est une vagabonde qui se f…
iche de l'autorité ! Faites donc une chose… escortez-moi jusqu'au
café-concert, et , si je vous ai menti, je suis votre prisonnière !
– Ça va !… La
gendarmerie française est toujours heureuse quand elle peut accorder ce
qu'on doit au sexe avec le devoir !… En route ! mauvaise troupe ! Mais,
sapristi ! Votre fourniment me paraît bien léger pour la saison !
– Gendarme, vous
avez raison ! fit la petite dont les dents claquaient et dont le sang
gelait dans ses veines.
Et Pandore
entr'ouvrit son vaste carrick, dans les profondeurs duquel Léonore se
blottit sans méfiance, comme un oiseau frileux. Ils allaient. Combien de
temps allèrent-ils ? L'enfant ne pouvait s'en rendre compte. Et la route
s'allongeait sans cesse, et le silence grandissait toujours !,,, L'enfant
ne tremblait plus de froid, et voilà qu'elle tremblait de peur !… Le
singulier gendarme !… Pour qui ces bruyants soupirs qui gonflaient son
uniforme ? Pourquoi ces étreintes passionnées ?… Et que faisait là cette
main curieuse dont elle sentait la chaleur sous le gant de buffle ? La
petite n'était pas très experte en tactique amoureuse, mais, à quinze ans,
on devine ce qu'on ne comprend pas, et elle devinait que, dans le cœur du
guerrier, Vénus était en train de supplanter Bellone ! Tout à coup, elle
se sentit enlevée de terre… Dans ce mouvement, sa tête émergea du carrick,
et elle vit qu'ils entraient dans un chantier désert, hors de portée de
toute assistance humaine.
– Mais, gendarme,
cria-t-elle en se débattant, nous ne sommes pas au café-concert ?
– Non, ma toute
belle, nous sommes à Cythère, et Mars y vient faire un bout de causette
avec Vénus !
Cette mythologie mit
le comble à l'épouvante de Léonore. Elle se sentit perdue. Appeler ?… une
main de fer s'était posée sur sa bouche. Résister ce colosse ? Il n'y
fallait point songer… Soudain, elle eut une inspiration providentielle.
– Voyons, gendarme,
articula-t-elle à travers son bâillon, ce n'est pas gentil ce que vous
faites-là !… Est-ce ainsi qu'on s'y prend avec le sexe ?… Fi ! le vilain
brutal ?… Est-il besoin d'employer la violence quand on ne demande qu'à
s'entendre ?
– Quoi !… vraiment,
vous consentiriez ? balbutia Pandore.
– Lâchez-moi
d'abord, nous causerons ensuite.
Les bras du géant
se détendirent. Prompte comme l'éclair, Vénus se dégagea, et cinglant de
sa petite main la face rougeaude de Mars, elle lui dit avec l'accent et le
geste intraduisible de Gavroche : «On t'en paiera des rosières, mon
fiston !» Puis, prenant ses jambes à son cou, elle s'élança d'une
course folle à travers la campagne. Pandore, furieux d'avoir été joué par
une gamine, se mit en devoir de la rattraper. Mais la partie n'était pas
égale. D'ailleurs, il réfléchit qu'il avait tout à redouter d'un
esclandre, et que, si le poète latin n'avait pas prévu la métamorphose
d'un gendarme en satyre, le Code, lui l'avait prévue. Aussi la fâcheuse
vision du Conseil de guerre hantant son timide cerveau, se résigna-t-il à
rejoindre la caserne. Et Léonore courait toujours !… En quelques minutes
elle atteignit les premières maisons de la ville. L'idée ne lui vint pas
de demander son chemin, tant elle avait peur de retomber sur un autre
gendarme. Bravement, elle s'engagea dans un dédale de rues étroites et
maigrement éclairées. Tout à coup, en débouchant sur une petite place,
elle aperçoit, au-dessus d'une large porte vitrée, un cordon de gaz et ces
deux mots : Café-Concert, écrit en lettres lumineuses. C'est bien là. Sur
une des vitres, une grossière affiche à la main est collée avec quatre
pains à cacheter. Elle lit : CE SOIR DÉBUTS DE Mlle LÉONORE (Genre
Thérésa).
Elle entre et tombe
comme un boulet dans la loge du directeur :
– C'est moi !
s'écrie-t-elle gaiement, bonsoir la compagnie !
– Ah ! gronde le
limonadier, vous en prenez à votre aise !
– Il fallait
m'attendre à la gare, comme c'était convenu, il y a belle lurette que je
serais là !
La
conversation allait tourner à l'aigre, quand par la galerie conduisant à
la loge directoriale, monte une sourde rumeur. Dans la salle, le public
hurlait, sur l'air des Lampions :
– Léonore !
Léonore ! Léonore !
– Vous entendez ?
fait le directeur, c'est vous qu'ils réclament ! Vie en scène !
– En scène ! Vous
ne voyez donc pas comment je suis faite ?
– Je m'en bas
l'œil !… Je ne veux pas qu'on ferme mon établissement !… Allons en scène
!… et plus vite que ça !…
– Alors, faites
une annonce…
Pendant
qu'on faisait l'annonce, Léonore s'aperçoit qu'elle a perdu, dans sa
course folle, un de ses talons. Elle arriva clopin-clopant devant le trou
du souffleur, et c'est d'une voix tremblante qu'elle entonna : J'suis
pas un'fill', j'suis un garçon !
Elle eut un succès
fou ! Bourges avait son étoile !
– Eh bien !
demanda-t-elle au directeur, êtes-vous content ?
– Il y a que vous
m'avez trompé ! Vous ne m'aviez point prévenu que vous étiez boiteuse !…
– Cette farce !…
Si je boite c'est qu'il me manque un talon…
– À d'autres !…
Il y a tromperie sur la marchandise engagée !
– Marchandise…
Insolent !
–
Pas tant de paroles ! L'engagement est nul… Je vous donnais trois francs
par soirée… Je réduis à quarante sous… Et je suis bon prince ! C'est à
prendre ou à laisser !
Elle prit. Ses
créations seront innombrables et sa réussite ira grandissant pendant près
de vingt années. Elle est déjà la préférée, la coqueluche des galeries
supérieures où l'apparition de son nom dans la planchette provoque un
Aaaaah ! long bourdonnement admiratif qui annonce à tous qu'on va rigoler
ferme. Un de ses principaux succès a été V'là l'Tramway qui passe !»

Léonore Bonnaire
***
Débuts de Mlle
Désirée, une superbe rousse à la physionomie mobile, espiègle et engageante.
Des yeux !… non, plutôt des pistolets qui mettent le feu partout. Nous vient
du théâtre et ne tardera pas à y retourner et à s'y faire remarquer sous son
nom complété de Désirée May. C'est la sœur de Jane au certificat en vertu
dont nous avons déjà parlé.

Désirée May
***
Deux de nos artistes
viennent de déserter… l'Eldorado, pour l'armée. Max Bouvet et
Guyon fils ont
endossé l'uniforme du pioupiou, le premier à Cambrai, l'autre à Péronne. Ça
leur apprendra d'être si jeunes ! Les camarades de la chambrée ne vont pas
s'embêter avec ces gaillards-là.
À propos de
gaillards, nous en avons un depuis quelque temps dans notre phalange.
C'est Gaillard (Achille-Pierre) qui sera tout simplement le roi des
ganaches du Concert. Il nous est arrivé du Palais-Royal et de la Gaîté
où il s'est déjà fait remarquer. Il entre donc chez nous avec son brevet
supérieur. Parisien pur sang, fils d'un tapissier (comme Molière !),
tapissier lui-même, mais sans conviction,. il n'a de goût que pour le
théâtre. À l'âge de vingt ans, sur les conseils de Lassouche, il entre au
théâtre de La tour d'Auvergne, où il débute dans Les premières armes de
Richelieu, à côté de Céline Chaumont, alors âgée de quatorze ans. Après
son Tour de France, obligatoire pour tout débutant. il rentre à la porte
Saint-Martin, puis à l'Ambigu où il joue excellemment Planchet, dans
Les Trois Mousquetaires. Pendant la guerre, lieutenant dans un corps
franc, il se bat au Bourget. Un peu rossard – disent les victimes de
son esprit caustique – mais sans méchanceté.

Gaillard
***
Entrée de Ch. Hurbain
à l'Eldorado.
L'an 1843 le vit
naître aux Batignolles. Adolescent, il se faisait tapissier (C'est étonnant
ce que la tapisserie a fourni d'artistes au théâtre !) Lâche le métier pour
courir les champs à travers l'Europe, en qualité de… clown ! Il est souple,
agile, robuste ; il réussit, mais il aspire à un autre tremplin. Il devient
directeur de théâtre à Moscou, puis va jouer l'opérette au Brésil. C'est un
comédien consciencieux, fort utile. Il sera de toutes les pièces, aux côtés
de
Perrin et de Gaillard, réglant les scènes de pugilat ou de lutte, y
jouant les rôles de mimique violente où il épatera les spectateurs par son
acrobatie ; car on ignore qu'il a été l'émule du vieil Auriol et un
précurseur du Footitt. Excellent camarade, tranquille, toujours calme et
placide, fort comme un bœuf et doux comme un agneau.
Charles Hurbain
***
Les cachets
commençaient à m'être offerts. Un jour, des messieurs de Reims vinrent me
proposer d'aller, le dimanche suivant, organiser une matinée qu'ils
donnaient au cirque de leur ville. Ils me prièrent de réunir quelques bons
artistes à cet effet.
Justement Bécus était
présent à l'entretien. Tout d'abord, je dois vous dire ce qu'était le dit
Bécus qui a joué un certain rôle dans mon existence.
Nous avions gaminé
ensemble à Bordeaux. Il avait été mon camarade en 1870 et l'une des victimes
du déraillement que j'ai conté. Pendant près de vingt ans, on ne vit guère
Paulus sans Bécus, ni Bécus sans Paulus. J'e l'aimais beaucoup et il ne se
gênait pas pour abuser de mon amitié, à l'occasion.
Lauréat du
Conservatoire de Bordeaux, il possédait une voix de stentor, un baryton
puissant l mais il n'avait guère su conduite sa barque vers le succès doré
et, en 1872, je l'avais vu débarquer à Paris et s'amener chez moi. Je lui
procurais des soirées tant que je pouvais ; ça ne parvenait guère à
calmer son irritation perpétuelle, ses imprécations contre le sort qui lui
avait donné une voix si superbe et une guigne si persistante. Et il la
faisait entendre sa belle voix !… dans la rue, partout, provoquant
l'admiration des badauds, qui prisent plus la qualité que la qualité, et
jouissant de l'effet produit sur eux.
Donc, il était chez
moi quand vinrent les messieurs de Reims. Tout de suite je proposai Bécus.
Son air sympathique, son œil émerillonné, où se lisait l'assurance de sa
valeur, agréèrent aux visiteurs. Il toucherait cinquante francs et moi cent
cinquante pour le déplacement.
Le dimanche suivant,
de très bonne heure, nous prenons le train pour Reims. Ces messieurs, les
organisateurs, nous attendaient à la gare.
Le président de la
Société nous convia à déjeuner avec les membres du bureau. On prendrait le
café au salon, où un pianiste nous ferait répéter nos chansons.
Le déjeuner avait été
copieux et, surtout, abondamment arrosé. La répétition commença. Bécus avait
au programme le Mendiant d'Espagne et Mon âne, de
Pierre
Dupont. Le gaillard, sous l'influence des vins champenois, était surexcité
en diable… et sa voix aussi. Il dépense sans compter, et son organe
tonitruant épate la galerie ! À mon tour. Sachant ce que j'avais à fournir
tout à l'heure et, le soir encore, à l'Eldorado, je ménage mes forces, ne
répétant qu'à demi voix. L'assemblée fait la grimace ; on me prie de donner
plus de voix ; je m'y refuse poliment et je continue sur le même ton. Ce
n'est plus une grimace, c'est un sourire de pitié qui court sur les lèvres
de ces messieurs. Ils se parlent bas et je devine leurs colloques : «C'est
ça Paulus ? – Et ça chante à l'Eldorado !» – L'autre, à la bonne heure !
– etc., etc.
Si bien qu'avant
d'arriver au Cirque, le public est déjà prévenu qu'il entendra un phénomène
épatant : Bécus, et un Paulus qui ne vaut pas un sou !
Bécus chantait dans
les premiers numéros de chaque partie ; moi, à la fin, en étoile. On
annonce Bécus ; le public est haletant ; il entre, on l'acclame.
Malgré son aplomb
coutumier, il est un peu dérouté par cette ovation inattendue. Il entonne
Le mendiant d'Espagne, et naturellement, en donnant toute sa voix. Le
premier couplet marche à merveille, mais un refrain, il rate son fameux
point d'orgue et le remplace par un couac formidable. Le public l'applaudit
quand même… c'est un accident qui peut arriver au plus grand artiste… il va
se rattraper. Au deuxième couplet, rien ne sort de la gorge du malheureux
baryton ! il est devenu aphone ! Le public murmure… il croit à une
mystification et se promet de témoigner sa colère à… Paulus, quand il
apparaîtra.
Mais, à peine Bécus
est-il sorti de scène que le médecin de service vient annoncer que l'accroc
au programme va se réparer et que M. Bécus le fera oublier au second tour.
Les esprits se calment
et, bientôt, je me présente.
Un froid glacial ! Je
chante Hommage à la Nature ! puis d'autres chansons, où je livre ma
voix de plus en plus. Au bout d'un quart d'heure, les applaudissements se
sont enflés et l'emballement est général.
L'entr'acte. Tout le
monde se précipite dans les coulisses ; on veut voir Bécus, le héros…
malheureux qui va se réhabiliter, et Paulus, à qui on a trouvé du talent.
Deuxième partie. Bécus
se présente ; il est tout pâle ; sa bouche s'ouvre… Il n'en sort rien, qu'un
râle. Le pauvre s'enfuit, poursuivi par les huées générales.
Pour sauver Bécus, je
me précipite sur la scène ; Je chante six chansons, je dis des monologues,
je suis fou d'exubérance ! Le public est enthousiasmé… moi, je suis
éreinté ! J'exige le cachet de Bécus, qu'on me contestait, et nous filons
vers Paris où, deux heures après, je chantais mes deux tours à l'Eldorado.
Quant à Bécus, il m'a
promis ce soir-là (sans la moindre intention de tenir sa promesse) qu'on ne
l'y prendrait plus à chanter à pleine voix, après avoir fêté l'Aï mousseux
et le pétillant vin d'Épernay.

Bécus
***
Amiati ne cesse
de triompher !
Auteurs et
compositeurs s'empressent autour d'elle, et elle crée sans relâche,
infatigable, modeste, applaudie.
Actuellement, son
succès c'est Le baiser des adieux, que
Paul Henrion a enrichi d'une
charmante musique.
L'exquise mélodie du
Maître a rendu cette romance populaire.
Paul Henrion, déjà
célèbre aux quatre coins de la France, travaille beaucoup pour l'Eldorado
depuis deux ou trois ans.
Chaque mois il ajoute
une perle à son écrin, déjà si riche de chefs-d'œuvre.
Il était alors dans
tout l'épanouissement de ce fin talent qui en a fait le compositeur favori
des salons, de 1840 à 1880.

Paul
Henrion
Une jeune et jolie
cantatrice vient de débuter dans l'air de la Juive. C'est Mlle Lynéda.
Bonne voix, solide, un peu inexpérimentée encore. Ne fera qu'un court séjour
chez nous, car le théâtre lui conviendra mieux que le concert.
Je crois d'ailleurs
avoir applaudi, quelques années plus tard, à la Renaissance, une artiste,
Rébecca Landau, qui lui ressemblait tellement que ce devait être elle.

Lynéda
Grand succès pour cinq
nouveaux artistes : quatre chevaux-nains et un singe ! présentés par M.
Ferdinand Corvi fils.
La scène de l'Eldorado
transformée en manège, vous voyez ça d'ici ! L'étoile de cette troupe est le
singe Mistenflûte costumé en général turc de fantaisie. Il monte ses
coursiers minuscules avec l'aplomb d'un écuyer consommé. Ces petits chevaux
sont admirables. Nous les comblons de caresses et, ces dames, de sucreries.
Ils préfèrent les attentions de ces dames. Il faut les voir grimper et
descendre les escaliers étroits avec autant d'aisance que nous.
Un effet comique
chaque soir avant la présentation.
La petite jument
Léonie, entre dans la Régie, et, gravement, par dessus l'épaule de
Capet, le régisseur, consulte le programme. Elle semble l'approuver par un
hochement de tête répété et court vite dans la coulisse attendre son tour
d'entrer en scène.
Les chevaux sont
toujours gais, Mistenflûte est toujours triste. Fusier et Ducastel ont beau
inventer les plus vilaines grimaces pour le dérider, lui rappeler ses frères
lointains, il les dédaigne et gémit en pensant aux forêts du Congo qu'il ne
reverra jamais.
Je m'étonne qu'un de
nos chansonniers n'ait pas encore fait la romance :
Mistenflûte pleurant
le ciel de sa partie !
***
Suite au
chapitre
XX