Le premier naquit à Bordeaux en 1855, le
deuxième à Bergerac en 1890.
Le premier débuta sa carrière
peu avant son arrivée à Paris, en 1875, le
deuxième en 1907 ou 1908 à l'âge de dix-sept ans.
Le premier termina la sienne en 1911
non savoir annoncé plusieurs fois sa retraite (dès 1895) tandis que le deuxième, à 80
ans, chantait encore.
Éloi, le père, est surtout connu pour
avoir été l'inventeur - c'est-à-dire le premier vraiment connu - du genre «comique troupier» qu'on date généralement de
1876-1877, date de la création d'une chanson absurde d'Étienne Tréfeu et de
Maximilien Graziani écrite sept ans auparavant, L'invalide à la tête de bois:
Il faut le voir pour le
croire !
Allez donc le voir !
Allez donc le voir !
Il vous épatera,
bourgeois,
L'invalide à la têt' de
bois !
Son succès et son influence furent énormes et sur les 800 (et plus) chansons
qu'il créa, il suffit de se rappeler quelques titres pour en deviner la riche
nature : La dent de sagesse (1879), Le Bi du Bout du Banc (1882),
Ah ! la pauvre fille ! (1893), La fille du Rémouleur (1899)...
Paulus dit à propos d'Ouvrard,
père :
«[qu'il] avait une façon de manœuvrer ses
doigts, gantés de coton blanc - surtout l'index de la main droite - qui
emballait le public. Il rythmait la musique avec des choquements de genoux d'un
effet irrésistible.»
Georges Montorgueil : «C'est
un chercheur de tics mécaniques réglés.»
Jean d'Arc : «[C']est
un petit homme sec, maigre, rêche. Pas de ventre, pas d'estomac, un thorax
ébauché, des genoux pointus, des bras anguleux ; oh ! des angles partout sur
ce corps chétif, dans les gestes quelque chose d'automatique, une figure
ravagée par les rides ; avec des yeux fouilleurs, pleins de malice, un nez
d'opiniâtre chercheur et une bouche qui se fend dans un rictus tourmenté ; un
masque étonnant terminé par deux pointes : en haut le crâne, en bas, le menton
; un faciès simiesque, planté à la diable sur un paquet de nerfs...»
Notes :
Ces trois citations proviennent
de : «Le café-concert» de François Caradec et Alain Weill [Hachette/Massin
- 1980]
Lire
ci-joint
l'article complet d'où est tirée la dernière citation, citation parue dans un
programme aux Ambassadeurs en 1893.)
Son style de
comique-troupier,
il allait l'abandonner peu à peu à
Polin qui allait être suivi par des
dizaines d'autres :
Bach,Dufleuveet mêmeFernandelpour n'en citer que
trois. - En 1895, année de sa retraite «définitive» (il montera sur scène
jusqu'au début des années dix), il en était aux chansons paysannes, i.e. : La Machtagouine.
Affiches :
Petits formats :
Si le fils,
Gaston Ouvrard, suivit, au départ les traces de son père, il abandonna très
vite l'uniforme pour revêtir le smoking. Doué d'une diction extraordinaire, il
débita pendant des années des refrains qui continuent, sur disques, de nous
étonner. - D'autant plus qu'il a effectué ses derniers enregistrements au
milieu des années soixante, peu avant son étonnant come-back à l'Olympia et
chez Bobino en 1970 (et 1971)
Citons :
Je ne
suis pas bien portant et Mes tics, ses deux plus grands succès.
Enregistrements :
La grande question est de savoir si
Ouvrard, père, a effectué, oui ou non, des enregistrements.
C'est une question que les
collectionneurs se posent depuis longtemps.
À première vue, il peut paraître
bizarre que cet homme si populaire et dont le fils allait, lui, commencer
son étonnante carrière sur cylindres ou disques en 1908 (pour la terminer 60
ans plus tard), n'ait pas été enregistré. - On peut comprendre pour
Paulus
qui, en 1895, déjà, était en fin de carrière mais Éloi Ouvrard ne se
retira de la scène qu'en 1911, au moment où des chanteurs comme
Mayol,
Fragson
et Polin, avait déjà derrière eux une importante collection de titres.
- D'Éloi Ouvrard, cependant, rien.
Dans son impressionnante discographie
Pathé, Christian Zwarg ne cite pas moins que 22 titres du
«Répertoire Ouvrard» tous datant de 1898-1899 :
Au conseil de
révision Devant la colonne Vendôme A droite, au fond Tabac du capitaine, Le Guigne en haut, guigne en bas
(Emile Spencer) Huit jours de clou En s'en allant dans un bateau Machtagouine, La - Chansonnette auvergnate (Philippe Chapuis, Eloi
Ouvrard) Youp, youp, larifla Rien qu'un doigt- grivois Pièce militaire, La(Lucien Delormel), Clarinette fin de siècle, La (Albert Grimaldi) Avec Ugène Virgule, un point, c'est tout Ma petite sœur Euphrasie Et ta sœur(H. Ludo) Priez pour eux Recettes utiles Lettre à Papa, La
(Eloi Ouvrard) Ah! la pauvre fille ! (Eloi Ouvrard / Philippe Chapuis,
Marchal)
Chez Odéon, en
1905, un certain Karrière enregistre une de ses chansons, En permission.
La même année, et pour la même marque, on retrouve deux autres chansons
d'Eloi Ouvrard : Pas beaucoup d'argent, enregistré par Sulbac et
La fille du rémouleur enregistré par
Charlus. - Une certaine
Madame
Ouvrard se permet même d'enregistrer, au piano, Les gosses et
Travaillez la terre en 1905-06 chez Odéon également. - Et en 1907 ou 1908,
Émile Mercadier y va de
L' amour demeure et en 1910, un autre
futur inconnu, Blon-Dhin ajoute à ces titres Au 69ème dragons.
Chez Zonophone,
Patachon enregistre La jeune fille de Chelles et La Machtagouine
en 1902 que reprendra Bravo en 1910, Bravo qui avait déjà, en 1903, enregistré une autre version de
La fille du
rémouleur.
D'Éloi Ouvrard,
lui-même, rien.
Il existe bien
quatre enregistrements légendaires que d'aucuns affirment être d'Ouvrard et
de ces quatre enregistrements, Monsieur Jean-Yves Patte
qui est en voie, malgré sa modestie, de se faire nommer premier
collaborateur à ce site, en possède, semblerait-il, un des derniers
survivants. - Avec la générosité et la gentillesse qu'on lui connaît, il a
consenti à nous en faire une copie sur fichier MP3. - Voici donc, et en
primeur, une chose qui n'a pas été entendue depuis des décennies - et qui
n'a certes jamais été diffusée :
(Attention aux
grattements, aux clics, aux pops : cette chose-là date d'avant l'Affaire
Dreyfus, a traversé deux guerres, a connu la télévision, des hommes marchant
sur la lune...)
Éloi - vers 1896 -
Huit jours de clou
Pour Gaston,
le fils, les choses sont beaucoup plus simples : il existe des douzaines de
repiquages de ses plus grands succès : Je ne suis pas bien portant,
Son petit Tom Pouce, C'que j'veux, Si j'avais des ailes,
Mes tics, etc.,
etc.
En voici un cependant, tout aussi étonnant que les précédents et qui nous a été envoyé
par un autre collaborateur et qui n'a pas été entendu depuis longtemps :
Gaston -
en 1937 - Le
chien de Sacha(M. Duthy et D. Jeanes)
Il est
évident que, chacun, après avoir écouter cette chanson, pourra déclamer
comme Ouvrard :