Si, dans les brocantes, vous mettez la main un jour sur un 78 T de Marianne Oswald, achetez. D'abord parce qu'ils ont très rares (on en a recensé 14 entre 1932 et 1937) et ce 78 T vous permettra de connaître une interprète tout à fait hors de l'ordinaire. - Existe également un double 45 T, aujourd'hui introuvable, datant de 1957, et qui, de surcroît vous permettra de lire le seul texte, à notre connaissance, écrit pour une pochette de disque, par Albert Camus.
On dit qu'elle n'avait pas de voix. C'est vrai. Qu'elle avait un accent mi-patois-lorrain, mi-allemand, à couper au couteau. C'est également vrai. D'autres ont ajouté qu'elle n'était pas belle, qu'elle était maigre, qu'elle avait des genoux en forme de nœuds. C'est ce que nous renvoient les photos qui nous sont parvenues.
Ajoutons à cela qu'elle a beaucoup chanté la misère, les amours déçues, le désespoir, la vie triste, la mort et même le suicide.
Ces tours de chant n'étaient pas gais. On lit souvent
qu'ils étaient déprimant. Qui, en 1938, l'a insérée en première
partie de celui de Charles Trenet (à l'A.B.C.) n'avait évidemment pas compris le répertoire de la dame...
Aimée des uns, détestée des autres, on la qualifia tour à tour de salle juive, de bolchéviste, de pro-allemande...
Sa biographie ? Elle l'a intitulée, en français, Je n'ai pas appris à vivre...
Elle est née en janvier 1901 à Sarreguemines (Lorraine), alors ville allemande, fille d'un couple de juifs polonais exilés. À seize ans, elle est mise en pension, orpheline, à Munich pour se retrouver "après s'être fait trancher la gorge" (goitre thyroïdien) à Berlin où elle monte sur les planches, décidée à devenir chanteuse. En 1931, elle est est à Paris où elle chante Kurt Weill et Bertolt Brecht (Opéra de Quat' sous) en se faisant remercier partout où elle passait.
Elle finit quand même par percer grâce, entre autres, à Jean Cocteau, Jean Tranchant, Jacques Prévert et Henri-Georges
Clouzot qui, charmés par son parlé-chanté et sa voix qui semble sortir d'outre-tombe, lui confient de très beaux textes qu'elle dit, plutôt qu'elle ne les chante, accompagnée des orchestres de Wal Berg ou de Pierre Chagnon ou tout simplement au piano.
Jusqu'en 1939, on peut l'entendre au Bœuf sur le Toit, à l'Alcazar, à Bobino, à l'Européen, aux Deux Ânes, rarement en vedette mais partout ou elle chante elle ne passe pas inaperçue.
En 1939, elle s'exile aux États-Unis où elle restera sept ans se produisant à la radio ou dans différents cabarets où, ayant lu ses souvenirs, publiés en anglais sous le titre de One Small Voice, Albert Camus la redécouvre et la ramène à Paris où elle fait l'objet d'une série d'émissions à la radio, présentées par Cocteau, Camus, Seghers, Ribemont-Dessaignes et Gaston Bonheur, sous le titre de Le retour de Marianne Oswald où elle chante et récite des textes d'Apollinaire, d'Éluard, de Prévert et de Jean Nohain mais son style commence à être dépassé.
Elle s'essaie au cinéma : Les amants de Vérone, Le guérisseur, Notre-Dame de Paris (version Jean Delannoy - 1956), Les Amants de Montparnasse... puis se tourne vers la télévision où elle produit des émissions pour enfants, intervenant à l'occasion à la radio.
Marianne Oswald est décédé à Limeil-Brévannes dans le Val-de-Marne en 1985.
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