2008-03-28
Une lettre inédite de Mayol |
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Historique :
Nous n'avons pu retracer qui est ce «J. F.»
qui a signé l'article auquel Mayol se réfère dans cette lettre, ni le
journal dans lequel cet article est paru [1]. - Mayol en a joint une copie à sa
lettre.
Ce que l'on sait, c'est que cette lettre
fut adressée à Jean Bernard, historiographe de Paris, auteur de «La
vie de Paris» (paru en 1927).
Des recoupages à partir d'informations au
verso de l'article nous permettent de le situer aux environs de septembre
1926 (voir la note [1] ci-dessus).
Mayol répond à une demande de
renseignements de Jean Bernard.
Location actuelle de cette lettre :
Musée des Arts et Traditions Populaires,
Paris.
Fac-similé :
(Cliquez pour agrandir)
Le texte
a) l'article auquel Mayol fait
référence :
(les mots entre crochets sont de Mayol [rajoutés
à la main])
«La curieuse histoire du petit habit
de Mayol
Dans le magasin des costumes des Folies-Bergère de Rouen, installées dans
l'Île Lacroix - il ne s'agit pas pour cela d'une scène inférieure ! - il y
a un petit habit qui n'a pas l'air de grand'chose et qui pourtant a son
histoire... C'est un vêtement de clown noir bordé d'ue par4ements verts et
garni de brins de muguet. Vestige usé et poussiéreux d'un soir de
music-hall défunt, mais qui marqua une date, il git entre un tutu de
danseuse et un manteau de mousquetaire. Il ne peut espérer sortir, tant il
est vieilli désormais, qu'à l'occasion de quelque mardi-gras, jour de
location de costumes.
L'histoire de ce petit habit est brève mais ce n'est pas si mal, car
beaucoup de ces habits n'ont pas d'histoire... Elle ne date pas d'hier.
Elle nous reporte au soir où Mayol monta pour la première fois sur une
scène, la scène des Folies-Bergère de Rouen, où il chanta sa première
chanson. Il avait endossé avec émotion le petit costume de clown noir. Il
obtint avec lui un gentil succès mais il ne lui en fut pas reconnaissant,
car il le laissa à son départ au magasin de l'établissement.
Pourtant Mayol n'oublia pas l'habit qu'il avait porté pour ses débuts.
C'est lui qui lui donna l'idée d'arborer du muguet à sa boutonnière. Bien
longtemps après - il y a six ans - l'artiste revint aux Folies-bergère de
Rouen et le sympathique directeur M. Marcel Guisard, lui montra son ancien
costume.
- Je me rappelle, dit-il. [Pas vrai]
Mayol se souvint peut-être aussi que lorsqu'il quitta le théâtre après ses
premiers débuts, on inscrivit à son sujet sur le registre de la maison :
«Bon petit chanteur». [C'est vrai]
Cela lui porta chance. Mais un autre artiste, dont le succès est plus
récent et qui débuta également à Rouen, et qui touche actuellement à Paris
des cachets de 6.000 francs par soirée, fut moins heureux. «Aucun avenir»
nota-t-on sur le livre ! Ce chevalier du music-hall gagnait alors 20
francs par semaine...
Il est vrai que le franc valait vingt sous ! - J.F.»
b) La réponse de Mayol
«Cher Monsieur et Ami,
Voici les renseignements que vous me demandez.
La première fois, c'est à Toulon, mon pays natal. Au Gr. Th. Municip. où
j'ai joué les rôles d'enfant. J'avais 6 ans et j'ai tenu l'emploi jusqu'à
11 jusqu'à la mort de ma mère. Ensuite ce fut encore à Toulon au Music
Hall Casino en 1892. J'avais 20 ans. À Rouen, aux Folies-Bergère, j'avais
22 ans. J'avais déjà paru à Toulouse, Grenoble, Lyon, Bordeaux et par
conséquent je ne débutais pas dans la chanson ! Après avoir imité Paulus,
j'ai imité Mévis qui chantait en Pierrot et c'est de cela sans doute qu'on
se rappelle à Rouen mais je n'étais pas en clown. J'étais en Pierrot de
Montmartre. Habit noir, culotte courte, serre-tête, bas noir sauf la
collerette [sic] et la figure blanche. J'avais trouvé ce moyen pour
impressionner le public et me faire écouter car je n'ai jamais eu beaucoup
de voix et je chantais des choses intelligentes autant que possible. - Je
gagnais 300 f. par mois et vous pensez bien que je n'aurais pas laissé mon
habit au magasin de costumier. Je n'avais pas le sou.
Ce Mr Marcel Guisard que je ne connais pas, veut se faire
connaître sans doute en racontant qu'il m'a montré un habit clown que je
n'ai jamais vu. Quant au muguet c'est après en débarquant à Paris, à la
Gare St Lazare le 1er mai on vendait le muguet porte-bonheur 2 sous et une
camarade Jenny Cook [2]
qui était venue m'attendre m'en offrit un bouquet pour ma chance car je
venais auditionner au Concert Parisien. Je le mis à ma boutonnière et je
fus engagé par Mr. Dorfeuil un bien brave homme. C'est en 1896-98 je crois
que vous m'avez présenté à la Bodinière (*).
Ce muguet a porté bonheur à d'autres, aussi, car le Concert Parisien qui
est devenu en 1910 le Concert Mayol appartient aujourd'hui à Mr
Dufrenne le Roi des Directeurs de music-hall qui y fit ses début en
directeur de music-hall en 1914. À l'époque, c'était la Guerre et je
croyais que c'était fini et qu'on ne chanterait plus jamais. Je le vendis
200.000 f. payables par année (en 6 ans)
Recevez, cher ami, une cordiale
poignée de mains de votre tout dévoué
Félix Mayol
Clos Mayol [3]
(*) Sarcey avait écrit
: retenez ce nom
Mayol»
[1] Monsieur
Jean-François Chariot,
webmestre d'un site sur Polin,
nous informe que
cet article serait paru dans «La liberté» du 23 septembre 1927.
[2] Voir :
Mayol -
Mémoires - Chapitre 6
[3] Le papier à lettre de Mayol (sous
l'article) indique : 37,
Faubourg Saint-Denis, Paris 10e.

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