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2008-03-28

Félix Mayol - Commentaires

 

Mayol demeure un cas exceptionnel dans le domaine de la chanson et  plus particulièrement dans le domaine de la chanson dite de la Belle Époque.

Outre la série impressionnante de succès qu'il accumula au cours de sa carrière, sa notoriété est due en majeure partie à la place qu'il a longtemps occupée au - ce que nous appellerions aujourd'hui - palmarès.

Pour comprendre surtout le phénomène Mayol il faut s'en remettre aux affiches de l'époque, aux nombres de salles dans lesquelles il a donné son tour de chant et en particulier aux affiches des spectacles qu'on donnait en Province :

La télévision et la radio n'existant pas et les films n'étant qu'à leurs débuts, Mayol qu'on réclamait dans toutes les villes et villages de France ne pouvait pas naturellement être partout à la fois. Sa renommée cependant était si grande que, pour pallier cette insuffisance, des imitateurs se sont mis à apparaître à tous les endroits de la France où il y avait une scène et c'est ainsi que le public de Vaugirard a pu aller voir son Mayol, celui de Marseille, le sien ; et pendant de longues années, ont existé  le Mayol de Lille, le Mayol de Montpellier, le Mayol de Rennes.... (Voir    iconographie à «Imitateurs»)

Sa diction (impeccable), les choix qu'il a faits pour son répertoire (peu d'erreurs), son image (habit, muguet à la boutonnière - en tout temps) y ont été pour beaucoup mais ce qui a fait la renommée de Mayol fut surtout à sa façon d'interpréter visuellement ses chansons qu'il accompagnait toujours de gestes, de pas de danse ou d'expressions faciales qui donnaient à ses textes une saveur que la voix seule et certains films ne nous renvoient que faiblement aujourd'hui. - Ce fut le cas, entre autres, des Mains de femmes dont chacun des couplets étaient repris par des gestes des mains qui rappelaient ceux qui y étaient mentionnés :  il tricotait ici, se poudrait là, lisait la lettre du petit fils, jouait de l'éventail, retroussait son jupon et ainsi de suite. - Idem pour Elle vendait des p'tits gâteaux «qu'elle pliait bien comme il faut, dans un joli papier blanc entouré d'un p'tit ruban, en se trémoussant bien gentiment...»

Certains lui ont reproché un certain côté féminin dans ses interprétations - surtout qu'il avait la manie de se déhancher souvent en esquissant des pas de danse - et sans doute avaient-ils raison mais son succès fut tel qu'il est assez difficile de se figurer qu'on lui ait trouvé bien des défauts.

Sa seule erreur fut sans doute d'avoir chanté trop longtemps. - Après la guerre, les traits étaient devenus plus épais, le poids avait alourdi ses mouvements, il était devenu une caricature de lui-même. On disait déjà qu'il faisait 1900 mais la renommée était là et jusqu'au début des années trente, il a continué à faire salle comble à tous les endroits où il passait.

La preuve est que, pour symboliser la Belle Époque, bien des cinéastes et bien des compositeurs n'hésitent pas un instant, cent ans après leur création par Mayol, à glisser des passages de Viens Poupoule ou La Mattchiche dans leurs œuvres. - Ce fut le cas, entre autres, de Victor Young, auteur de la musique de plus de 250 films, qui s'est servi des motifs de La Mattchiche pour illustrer le Paris d'Around the World in 80 days de Michael Anderson (1956). (Ce même Victor Young n'en était pas à ses premiers essais dans ces emprunts, s'étant servi de la Marche des Folies Bergère comme musique de cirque dans The Greatest Show on Earth de Cecil B. De Mille (1952)...)

Mayol espérait passer à la postérité avec son Concert Mayol et son Clos Mayol, véritable musée dédié à la chanson. - On sait ce qui est arrivé aux deux : le premier, après longtemps avoir été une boîte de strip-tease a été transformé en centre d'animation et le deuxième a été partiellement incendié peu avant sa mort, détruisant une partie de ses souvenirs. - Il a fait beaucoup mieux car ses chansons tournent encore dans les rues.


Témoignages :

Dans ses «Cahiers bleus», Liane de Pougy donne une description enthousiaste, déjà citée en notre page d'introduction, de ce que pouvait être une représentation de Mayol à La Scala en 1906, 1907 :

«Mais voici Mayol... On claque, on claque ! L'orchestre recommence plusieurs fois la ritournelle. Mayol ouvre la bouche, la referme, gavroche, il esquisse le geste de s'en aller. Alors des chuts ! se font entendre. Mayol chante.... Cela devient pathétique, un silence s'établit. Il s'incline, il a fini, il disparaît. On le rappelle, des tonnerres d'applaudissements, des cris, des trépignements. Mayol revient. Tout recommence. Il chantait d'habitude trois chansons qu'il triplait devant son succès habituel. Ce soir-là, il en a chanté plus de vingt. On ne voulait pas le laisser partir. On lui jetait des fleurs. Ça n'était plus des cris, mais des rugissements : Mayol ! Mayol ! Et Mayol donnait, donnait ! À la fin, exténué, il ne pouvait plus émettre un seul son...»

(Sauf qu'on l'attendait le même soir à l'Eldorado où tout allait recommencer.)

Francis Carco, dans ses «Nuits de Paris», nous laisse un témoignage d'un Mayol plus âgé :

«Qui n'a point applaudi Mayol [à l'Européen, en 1927] ne peut avoir l'idée de la faveur dont il jouit encore auprès des connaisseurs. Malgré son ventre, ses bras trop courts, son toupet de cheveux qu'on sait artificiels et sa voix fatiguée, il plaît à tous, il est toujours Mayol, il s'en montre enchanté. "Cousine ! Cousine !" On l'accueille dès qu'il arrive en scène, un public délirant... oui... oui... "Cousine".

            - Et "Le p'tit coiffeur".

            - Chante "Félix".

            - Mais que voulez-vous que je chante ? répond d'un air bonhomme, avé l'assent, le gros monsieur qui fait la moue, dites-le...

            - "Les mains de femmes", supplie quelqu'un

            - Eh ! Non.

            - Si si, "Les mains de femme" ! s'écrie la salle entière qui attend les premières mesures de l'orchestre pour s'absorber dans son extase...

            - Enfin, puisque vous y tenez...

            - Ah ! Bravo ! Bravo !

            - Allons-y, décide Mayol qui, du geste, avertit les musiciens puis se redresse et, la tête inclinée, sourit...


 

Les critiques de l'époque furent pour la plupart élogieux :

 

André Antoine lui concède :

 

«qu'il a vraiment créé un genre et trouvé dans la mesure et la nuance une célébrité aussi grande que celle du grand Paulus qui fut tout simplement le Coquelin du café-concert

 

Nozière

 

«ne croit pas que le texte soit des plus spirituels, mais les musiques en sont toujours follement gaies, et M. Mayol en tire un parti total et maximum qui ne semble n'appartenir qu'à lui

 

Gustave Fréjaville notait quant à lui, en 1921 :

 

«Il redoute visiblement de lasser la sympathie du public. Qu'il se rassure. Son succès n'a rien de comparable à celui d'une ingénue ou d'une grande coquette ; quelques années de plus, un peu d'embonpoint, des traits légèrement empâtés, une honnête maturité portée avec bonne humeur ne sauraient nous empêcher d'apprécier un talent que l'expérience fait chaque jour plus solide et plus délicat

Proust et Mayol :

Mayol occupe en plus une place très particulière chez Proust qui n'a pas hésité à souvent louer une loge complète pour aller voir et entendre son tour de chant. - Mentionné par allusion dans A la recherche du Temps perdu et implicitement dans les ébauches de ce roman, Mayol fait également l'objet d'un commentaire dans une lettre que Proust écrivit à Reynaldo Hahn le 7 octobre 1907 :

Mayol me plairait s'il chantait de vraies chansons, ce qui me plaît en lui c'est que c'est du chant dansé, que tout son corps suit le rythme. Mais il se retient, on a dû l'en plaisanter, et ses chansons sont trop peu lyriques et trop mauvaises, il a peu de succès relativement. Je ne lui trouve rien de méchant (sic) comme Coco et vous m'aviez dit. Si je pensais pouvoir pour une somme modique le faire venir et lui faire chanter Viens Poupoule et Un ange du pavé je le ferais. Il a quelque chose de Cléo qui dansait en marchant.

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