Carrière
exceptionnellement longue pour cette jolie chanteuse, née Ernestine
Nickel, à Nancy, le 1er avril, 1870 et décédée à Nice le 2 mars
1960 (*).
Elle a fait ses débuts au Casino de Nancy
vers 1885 (elle a seize ans !) et on la retrouve au programme de l'Alcazar de Marseille, à peu près vers la même date.
Ses adieux officiels, elle les fit au
Palace, en 1936, à l'âge de soixante six ans mais elle n'allait pas
s'arrêter là car deux ans plus tard, elle se permettait d'ouvrir une école de chant.
La guerre 39-45 ralentira quelque peu ses activités mais elle fit un
retour à la radio, consentant, en hommage à Henri Christiné, à chanter en public, une
dernière fois, au Casino de Paris (elle a alors
soixante-seize ans.)
C'est tout ? - Mais non : on peut l'entendre, à
l'occasion, encore, jusqu'au début des années cinquante, à la radio, sur scène, histoire d'un autre gala, d'une fête quelconque pendant
qu'elle continue cette école de chant....
Et puis, en 1953, à 82 ans, elle chante chez Graff (voir
ci-dessous) et en 1957, elle est de retour à l'Alcazar, là où elle était à ses tous débuts, pour une toute dernière fois ; elle a alors
quatre-vingt-six ans !
Soixante-dix ans de carrière.
Le journal Libération - édition du
17
novembre 1953 :
(Merci à Monsieur David Silvestre de nous
avoir communiqué ce document)
En scène, elle se présente, surtout à partir des
années vingt, avec de robes toutes simples. Ses gestes sont également simples mais
précis. Sa voix ne porte pas mais elle est douce, agréable et sa superbe
diction - égale à celle de Mayol -, sa modestie, son large sourire et ses
cheveux bruns, très frisés qui faisaient autour de sa tête une sorte
d'auréole, la rendirent populaire auprès de tous les publics.
On lui connaît une seule apparition sur le grand
écran, dans un film (muet) de Maurice Gleize, La faute de Monique
(1928) - un film depuis fort longtemps oublié.
Il nous reste d'elle de précieux enregistrement
qu'elle a souvent repris (dans les années vingt et trente) et qui nous
rappellent son grand talent de diseuse :
On écoutera, de cette mince et élégante chanteuse,
trois des quatre enregistrements précités :
Ah ! Si vous voulez d'l'amour !
- Une chanson créée par Lanthenay -
(Vincent Scotto
- W. Burty) - 1934
Le doux cœur de Ninon ( G. Millandy
- E. Beccucci) - vers 1930
Et ce qui restera sans doute son plus grand
succès :
Tout ça n'vaut pas l'amour (F.
Perpignan - A. Trébitsch) - 1920
(*) Note :
Certains biographes la font naître en 1860,
d'autres (et même plusieurs) la font mourir en 1948. - Sans avoir vérifié
toutes les sources, je crois que ces deux dates sont fausses. à cause ,
entre autres, du passage suivant, tirés des «Mémoires» de
Charlus
qui, malgré l'âge tardif où il les a rédigées, s'avère être rigoureusement
exact dans ses chronologies :
«J'ai pu suivre la carrière d'Esther Lekain dès ses débuts. Ses parents, du nom de Nickel, tenaient un commerce de ganterie, parfumerie et colifichets, à Saint-Nicolas-du-Port, près de
Nancy, alors que j'étais en garnison dans cette ville.
Il me souvient que nous nous y fournissions, mes camarades sous-officiers et moi, trouvant là le prétexte de voir les
sœurs d'Esther, deux très jolies filles.
Esther pouvait avoir alors quatorze ans. [Charlus né en 1860, en a, à
ce moment-là, 24.].
Elle débuta à Nancy, au Casino tenu par Armand Bel, lui-même artiste.
Nous allâmes faire une ovation à notre jeune amie.
Esther Lekain fut une interprète d'une finesse et d'une sensibilité très grandes. Je crois l'entendre encore quand elle lançait
«La Petite Tonkinoise» et «L'Amour Malin» !
Mais j'ai tort de parler d'elle au passé. Ne vient-elle pas, il y a peu,
de chanter à la radio pour le ravissement de ceux qui l'ont écoutée ! Elle
vient aussi d'ouvrir un cours. Que ses élèves sachent bien qu'ils auront
avec elle un bon professeur.»
[Les
mémoires de Charlus datent du début
des années cinquante...]