Annette Lajon venait de créer l"«Étranger" de Marguerite Monnot (écrit en collaboration avec Robert Juel, sur des
paroles de Robert Malleron) quand Piaf,
qui s'appelait encore "La môme Piaf" voulut l'ajouter à son
répertoire. À l'époque, ça ne se faisait pas : on laissait, pour au moins
six mois, l'exclusivité d'interpréter une chanson à celui ou celle qui
l'avait créée, mais "La môme", contrairement à l'usage, se mit à la
chanter, au grand désagrément de Lajon qui, néanmoins, lui présenta Monnot.
Doit-on ajouter le reste ?
On connaît moins celle de
Lajon-Hahn :
Chanteuse «classique» (mezzo), Lajon, qui avait déjà
joué le rôle de Carmen à l'Opéra Comique, fit, en 1934, la rencontre de Reynaldo Hahn lors d'un gala à la salle Pleyel. Il trouva sa voix envoûtante et lui
suggéra d'aborder la chanson. Ce qu'elle fit. Elle parut d'abord en
province, dans le sud de la France, à Toulouse, puis dans de petites salles
de Paris, avant de passer à l'Étoile et, finalement à Bobino où elle créa,
cet «Étranger» qui lui rapporta le Grand Prix du disque en
1936.
Ses premiers enregistrements datent d'avril 1934 : «Mon
cœur est léger», «Trop de soirs ont passé», «C'est
le plaisir que j'aime», «La Fête au village»... - Ces
derniers, fin des années cinquante mais c'est au cours des années quarante
qu'elle créa ses plus grands succès : «Mon p'tit kaki», «Boléro
nostalgique», «J'ai perdu d'avance», «Inquiétude»
et surtout, en 1942, «Chanson gitane» de Louis Poterat
et Maurice Yvain de même que «Pour fêter ton retour» de Roland
Tessier-Pierre, Bayle et Jacques Simonot.
Après la guerre, sa popularité se mit à décliner. Elle est
encore là, en 1955 (Concert Pacra) mais les années soixante venues, elle
décida de prendre sa retraite et de s'occuper de ses affaires.
Annette Lajon, née en 1901, est décédée, plus ou moins
oubliée, en 1984 et il aura fallu attendre plus de dix ans avant qu'on
remette en circulation ses plus grands succès.
Enregistrements :
Ils sont nombreux et
plusieurs ont été repris par d'autres dont cet «Étranger» dont
nous avons parlé au début et que Damia,
même, ajouta à son répertoire mais qu'à cela ne tienne puisque Lajon,
dans l'autre sens, a bien voulu ajouter le «Johnny Palmer» de
l'autre que ne dédaigna pas, non plus, Suzy Solidor...
Entre chanteuses plus ou moins réalistes, on se faisait ces coups-là, à
l'époque.
Mais s'il faut illustrer la voix de Lajon, pourquoi,
justement, ne pas la mettre en relief avec ces deux grandes rivales. -
Voici donc, les trois versions de l'«Étranger» chantées dans
l'ordre de leur enregistrement par : Lajon, la Môme et la grande Damia.
L'étranger - Annette Lajon (décembre 1935) - Pathé PA 784
L'étranger - Damia (novembre 1936) - Columbia DF 2035
Lequel préférer ? -
Les inconditionnels de Piaf diront Piaf mais pourquoi ne pas lui
préférer son «Légionnaire» qui lui ressemble tant ? (qui fut
créé, rappelons-le, par Marie Dubas).
- Les plus nostalgiques crieront en chœur : «Damia !», ce à quoi
nous leur répondrons qu'il serait peut-être préférable d'admirer ses «Goélands».
- Après plusieurs auditions, cependant, l'on comprendra pourquoi la
première a obtenu le Grand prix du disque de 1936 et non les deux
autres.