Elle naît à Turin en 1911 puis, selon la formule consacrée,
renaît à Paris en 1932, à Montmartre plus précisément où elle chante, au
Lapin à Gill, des refrains sans importance mais choisis : Delmet,
en particulier ; et puis Botrel, Couté, Guilbert (Yvette) ...
Son accent plaît.
Elle finit par ne chanter qu'avec cet accent. Des chanson
plus ou moins exotiques sur les conseils de son [futur] mari,
l'accordéoniste Jean Vaissade.
En 1936, elle
enregistre une chanson créée par Réda Caire l'année précédente (et que ne dédaignera pas Berthe Sylva l'année suivante) : Si tu reviens (de Saint-Giniez et Tiarko
Richepin). - Elle n'aurait fait que cela qu'elle mériterait une mention ici
mais il faudrait, pour cela, ignorer l'interprétation de Réda Caire,
ce que nous ne voudrions surtout pas. - En même temps, une chanson qui,
elle, mériterait d'être oubliée : La Madone aux fleurs (Vaissade, Vaysse et Latore) :
«On m'a surnommée la Madone
Parce qu'un jour, sur un vitrail
Un
peintre dont le nom rayonne
De mes yeux
a fixé tout l'émail...»
(Et vous avez bien deviné : «Madone» finit,
dans cette chanson, par rimer avec «Abandonne»...)
En 1937, elle récidive avec «Je n'ai
qu'une maman» (Martel, Vaysse et Louis Bousquet).
Alors là, tenez-vous bien :
«Depuis qu'un tribunal
infâme
Veut qu'on vive séparément
Il
vient chez nous une autre femme
Qu'on me fait
appeler "maman"...»
Doit-on citer le reste ?
En 1938, elle chante, de Di Lazzaro, adapté
par Poterat :
«La route
Sous la
neige au blanc silence
Dort sans but, sans
espérance
Ainsi qu'un désert immense...»
(«L'hirondelle d'amour» )
Et une chose tout aussi inavouable, «Le
printemps d'amour» de Mauri et Maubon) («Oui, toujours... Pour
toujours...» dans laquelle «rose» qui rime avec «apothéose»...)
Finalement, sur un air de java, elle endisque, la même année
«Dans les bras d'un matelot» (H.J. Bataille et A. Papera). Oh
! pas un chef-d'œuvre mais déjà la Rina Ketty qui suivra quelques mois plus
tard commence à se pointer.
Car Rina finira par
percer. Avec deux chansons qui l'identifieront à tout jamais :
Sombreros et mantilles (Chanty et Vaissade)
et
J'attendrai (Tornerai) de Nino Rastelli (adapté par Potera) sur une musique de
Dino Olivieri qu'on chantera pendant toute l'Occupation.
Dorénavant, son nom sera sous toutes les
lèvres. En tant que chanteuse «exotique» au «petit accent» ce
qui nous donnera «Sérénade près de Mexico» (Kennedy, Carr,
Poterat), «Montévidéo» (Fischer, Varna), «La dernière
sérénade» («... sur les rives du Rio..») (Cavanaugh, Simon et
Poterat) et puis, quand même, «Changer d'adresse» qui n'est
pas mauvais du tout et que citons ci-dessous.
Mais c'est la guerre et en 1945, elle a peine à retrouver son
public. Elle fait de grandes tournée, crée d'autres chansons («Sérénade
argentine», «La Samba tarentelle», «Roulotte des
gitans»...) mais ne réussit pas à faire oublier ce «Sombreros
et Mantilles» qu'on lui fait chanter partout où elle va.
En 1954, elle décide de «s'exiler» au Québec ou,
pendant plus de dix ans, elle sera tête d'affiche partout où elle ira,
enregistrant, les Québécois s'en souviendront, «Bon voyage» -
Disques Vedettes 45-1018.
De retour en France à la mi des années soixante, elle a,
comme concurrente deux monuments : Gloria Lasso et Dalida,
l'une avec un accent espagnole, l'autre avec un accent plus ou moins
semblable au sien.
Elle a alors cinquante et...
quelques années et, sagement, elle décide de se retirer.
Rina Ketty est décédée l'avant-veille de Noël, en 1996.
De Gloria Lasso, qui fredonne encore, de nos jours, «Tu n'as pas très
bon caractère» ? Et dans une trentaine d'années, se souviendra-t-on
toujours de «Ciao ciao Bambina» ?
Et voilà que «J'attendrai» fêtera bientôt des
soixante-dix ans...
Et puis pourquoi pas ; ce succès de toujours
qu'est «Sombrero et mantilles» que ne dédaignera pas reprendre
Gloria Lasso en 1960, ni Tino Rossi,
en 1976...
Sombreros et mantilles (Jean Vaissade et Chanty) - 78t Pathé Pa 1477
(Au verso : J'attendrai ou Tornerai)
Mais aussi cette petite chose qui mérite
d'être ré-entendu, un succès d'Al Bowlly (vous sauriez dire lequel ?),
adapté pour elle par, naturellement, Jacques Larue :