Beau gosse, voix agréable, bon
pianiste, compositeur talentueux, présence scénique indiscutable, John
Hess aurait pu faire une longue carrière s'il n'avait pas suivi ce qu'on
pourrait appeler «la mode» mais le côté anecdotique de l'histoire de la
chanson a peut-être des secrets que l'on ne connaît pas.
Né en 1915 (en Suisse), il
s'intéresse, très jeune, au rythme transatlantique du jazz devenu de plus en
plus disponible en France depuis la fin des années vingt. Il joue du piano dans
différents cafés après ses heures de classe, cafés où il fait la rencontre
d'un décorateur, vaguement peintre, vaguement poète, un certain
Charles Trenet,
et les deux, forment, en 1934, un duo qui n'a pas l'expérience de celui de
Pills et Tabet
mais le pianiste (Hess) et celui qui n'hésite pas à sauter sur l'instrument
(Trenet) ont l'enthousiasme de la jeunesse. - Cela donne, de 1934 à 1937, de
fort jolies chansons qui nous sont parvenues via d'innombrables rééditions
sans doute à cause de la notoriété qu'acquerra au fil des ans celui qu'on
qualifiera vite de «fou chantant», Charles en personne : «Tout
est au duc», «Sur le Yang Tsé Kiang», «Maman ne
vend pas la maison», mais aussi «Rendez-vous sous la pluie»
et une chose qui perdurera jusqu'à aujourd'hui, «Vous qui passez sans me
voir» que Jean Sablon
créera et qu'un certain Patrick Bruel ne
dédaignera pas soixante-six ans plus tard mais qu'entre temps auront endisquée
Léo Marjane,
Ray Ventura, Line Renaud, Isabelle Aubret, Petula Clark,
Patachou, Francis Lemarque et bien d'autres encore.
Après le départ de Trenet,
Johnny Hess continue seul ses activités de compositeur et d'interprète mais
dans un tout autre genre. Il est à l'heure des grands orchestres américains et
du mouvement «swing». Cela donne : «Je suis swing» et «J'ai
sauté la barrière», ses incontestables plus grands succès (en 1938).
Il poursuivra ainsi sa carrière jusqu'en 1945 avec des titres comme «Rythme»,
«Ils sont zazous», «Mettez-vous dans l'ambiance»,
«Je suis jitterbug», «Sweet, Sweet, Sweet» tout en
composant, pour d'autres, des chansons plus «classiques» ; c'est lui, par
exemple, l'auteur de la musique de «Monsieur Saint-Pierre», créé
par Piaf
ou encore celle de «Les jours sans ma belle» de
Tino
Rossi.
Après la guerre, cependant, son
style a vieilli. On lui préfère Montand, Guétary, Mariano, George Ulmer,
Pierre Dudan et voilà que se pointent à l'horizon Ferré, Brassens et... le
Rock n' Roll qui finira par prendre toute la place de ceux qui en sont encore
au «swing» des années quarante.
Il continue à travailler, moins
(il compose, par exemple, en 1951, la musique du film «Amour et compagnie» de
Claude Grangier avec... Georges Guétary...) puis devient directeur artistique
de «boîtes». Il se lance dans l'industrie, travaille ici et là pour ne
retourner en studio qu'en 1965, endisquer des chansons qui disparaissent
aussitôt créées.
Exit un chanteur qui, pendant
sept ou huit ans aura été une tête d'affiche mais que la vague du changement a
emporté.
Johnny Hess est décédé à Paris,
en 1983.
Enregistrements
Encore une fois, se référer à
Frémeaux & Associés qui a publié, en 2003, un excellent coffret (deux CDs)
intitulés «Johnny Hess - Intégral 1938-1951» qui comprend non
seulement tous les enregistrements de Johnny Hess de l'époque mais des
interprétations de ses chansons par Ray Ventura, Jean Yatove, la belge Betty
Spell, Richard Blareau (et son orchestre) et même Eva Busch
qui
n'a pas, comme plusieurs autres, hésité à enregistré son
«Clocher de mon
cœur». - Numéro FA 5054. - Mais il est facile de retrouver ses deux
chansons fétiches, «Je suis swing» et «J'ai sauté la
barrière» dans plusieurs compilations courantes.
Pour notre part, nous
préférons à ces deux tubes, la chanson qui suit, dans un enregistrement de
Jean Sablon
datant de 1936 :
Rendez-vous sous la
pluie (Charles Trenet / Johnny Hess) Pathé CL 5518
On trouvera, par ailleurs, en
nos pages sur «La
chanson française en 50 chansons», au numéro 39, son
Vous qui passez sans me voirchanté également par Jean Sablon.