Pendant plusieurs années, Georges Guétary, né Lambros
Worloou le 8 février 1915 à Alexandrie (Égypte), n'eut qu'un seul
rival : un certain Luis Gonzalès mieux connu en France sous le nom de Luis
Mariano. - Beau garçon, une touche d'exotisme, des yeux envoûtants, un
sourire éclatant, tout cela aurait pu le destiner à n'être, au cinéma, qu'un
second Louis Jourdan mais, tout comme Mariano, il avait une voix. Une voix
unique, au timbre reconnaissable dès la première note.
Tout d'abord destiné à prendre la relève du commerce
familial, il est envoyé en France en 1935 pour étudier le droit et le
commerce mais les chiffres et les comptes ne l'intéressent guère : il suit
plutôt des cours de chant (Ninon
Vallin), d'harmonie et de piano (Thibaud-Cortot) et de comédie
(Simon).
Il est tout de suite remarqué et, au bout
de quelques mois seulement, il en est à ses premiers enregistrements (La
valse des regrets de Potérat sur un air de Brahms).
En 1937, il est le chanteur attitré de l'orchestre de Jo
Bouillon, futur mari de Joséphine Baker,
celui avec qui Georgius devait enregistrer à peu près tous ses succès au cours des années trente.
L'année suivante, il fait partie de la revue de Mistinguett au Casino de Paris. Puis c'est la guerre.
En 1940-41, plus personne n'a de besoin de ses services.
En 1942, dans l'attente de jours meilleurs, il est maître
d'hôtel dans un restaurant toulousain mais, changeant de nom, s'aliénant du
même coup tous les chanteurs basques de l'époque, il décide, en 1943, de
remonter sur scène dans un rôle presque fait sur mesure : celui de Robin des bois, dans une opérette de Francis Lopez, le même
qui, l'année suivante, allait assurer la carrière de son rival grâce à une
autre opérette, du nom de La belle de Cadix.
D'autres opérettes allaient suivre (Casanova, notamment) en
même temps que des tours de chants. Quand en 1946, il crée Le p'tit
bal du samedi soir, il est lancé.
Ses succès viennent vite : Chic-a-Chiquito, À Honolulu, Boléro, Maître Pierre, Cheveux au vent, La route fleurie...
En 1950 il est sacré le meilleur chanteur de comédies
musicales à Broadway.
Entre temps, il est devenu vedette de cinéma : Le cavalier noir de Gilles Grangier en 1945, Les
aventures de Casanova de Jean Boyer en 1946, Jo-la-Romance de Grangier encore en 1948, etc. - Il tournera dans plus de 16 films
entre 1945 et 1955 y compris ce succès de toujours qu'est An American
in Paris de Vincent Minelli (1951) aux côtés de Gene Kelly, d'Oscar Levant et de Leslie Caron.
Dans les années soixante sa célébrité ne fait qu'augmenter
avec d'autres opérettes : Pacifico, La polka des lampions, Monsieur Pompadour, Hourra papa, les Aventures de Tom Jones et Monsieur Carnaval où il chante La bohème de Charles Aznavour.
En 1970 - il approche alors la soixantaine-, il
devient ce chanteur familial aux titres évocateurs : Cet anneau d'or, Dis papa, etc.
Adulé par le Québec, il est régulièrement invité
au Théâtre des Variétés de Gilles Latulippe où il entame sa première tournée d'adieu dès 1973. Il en fera sept .
À la fin des années quatre-vingt, il ralentit quelque peu
ses activités et en 1992, à l'âge de 77 ans, il décide de prend sa
retraite non sans avoir laissé derrière lui d'innombrables disques toujours
presque tous disponibles aujourd'hui.
Georges Guétary est mort à Mougins le 13 septembre 1997.
On écoutera, de ce chanteur exceptionnel, trois extraits
(format MP3) de ses nombreux enregistrements :
À Honolulu (F. Lopez)
- 1945
Valse des regrets (Brahms - adaptation L. Potérat) - version 1959
Monsieur Carnaval (C.
Aznavour, J. Plante et F. Dard) - 1966