La chanson française a connu plusieurs
groupes : les Compagnons de la chanson, les Frères Jacques, les Quatre
Barbus, les Trois Horaces, les Trois Ménestrels, les Troubadours, les Garçons
de la rue, les Chanteurs de Paris - et nous oublierons les groupes des
années soixante, Chaussettes noires et compagnie - ; plusieurs duos
également : Bach et Laverne,
Charles et Johnny,
Mireille
et
Jean Sablon,
Pills et Tabet, les
Sœurs Étienne, Varel et Bailly (sans compter les duos
plus ou moins temporaires : Henri Garat
et
Lilian Harvey, par exemple, ou
tous ceux dans lesquels a figuré Mistinguett) ; elle a même connu des duos de
compositeurs - moins productifs et moins légendaires que leurs pendants
Américains mais quand même assez réguliers dans leur collaboration : Bénech
et Dumont, Gaston Couté
et Léo Daniderff, Lucien Delormel
et Gaston Villemer,
Willemetz et Henri Christiné, pour n'en citer que quatre ; mais rien de comparable
à ce duo d'interprètes qui évolua de 1932 à 1939.
Formé de Gilles (Jean Villard) et de Julien (Amand
Maistre), ce duo allait révolutionner non seulement les tours de chant à deux
interprètes mais tout simplement le tour de chant tel qu'on le concevait au
milieu des années trente.
Issus du théâtre du Vieux-Colombier, sous la direction
de Jacques Copeau, Gilles et Julien firent un temps partie des Copiaux dont ils
transférèrent la technique de scène et l'esprit dans leurs chansons qui
devinrent ainsi des mini-pièces en trois actes jouées, pour la musique, par
Gilles au piano et, pour la mime, Julien devant ou appuyé sur l'instrument.
Revêtus, à partir de 1935, du pantalon et du chandail
noir, ils préparèrent ainsi la voie aux tours de chants de ceux qui, après la
guerre, ne se contentèrent plus de chanter n'importe quelles rengaines, debout
devant un rideau, et qui décidèrent d'axer leurs prestations vers le côté
dramatique ou anecdotique de leurs chansons.
Ils annoncent en quelque sorte les éclairages de
Juliette Gréco, la gestuelle de Montand, les spectacles des Frères Jacques tout
en ouvrant la voie à des auteurs-interprètes dont le seul nom a suffit, à
partir des années cinquante, à imposer au public un certain atmosphère, unique
à chacun d'eux, et dans lesquels ils ont pu dorénavant évoluer.
Sur disques, Gilles et Julien n'ont laissé qu'une pâle
image de leurs prestations mais avec un peu d'imagination, on peut réussir à se
faire une idée de ce que pouvait être leur tour de chant. - Surtout si on
n'oublie pas que c'était avant la guerre.
Nous écouterons d'eux, un enregistrement datant de
1935 :
Faut bien qu'on vive (Jean Villard - C. François) - 78t Columbia DF
1824
(Au verso : La pêche à la ligne)
Note :
Monsieur Steve R. de Blonay (Suisse) nous
écrit :
«...je
trouve dommage que vous n'ayez pas mis un extrait de "Dollar", la
chanson phare de Gilles et Julien, ou de "La Belle France" (hymne du
Front Populaire). Et peut-être de préciser que Gilles a continué, après le duo
"Gilles et Julien" une carrière de chansonnier à Paris et en Suisse
(avec Edith Burgler à Lausanne pendant la guerre 39-45, puis avec Albert Urfer
à Paris, av. de l'Opéra, dans les années 50)...»
Réponse :
Pour Dollard,
oui, et nous plaidons coupable mais :
1) nous ne possédons pas d'enregistrement original de
l'époque et
2) on la retrouve présentement sur au moins quatre CD :
L'argent - 36 titres de valeurs - Chez Frémeaux
Anthologie - 1930-1940 EPM
Les chansons de l'histoire 1930-1940
- EPM
Les grands duettistes du Music-Hall - EPM.
(Sans compter le CD que Chansophone a consacré à ce duo le numéro 118).