Le phénomène Georgius
mérite un long détour. Car il s'agit effectivement d'un phénomène.
Chanteur, comédien,
compositeur, scénariste, romancier, homme de théâtre, directeur de music-hall et parolier (plus de mille
cinq cent chansons), il fut adulé par les surréalistes et l'une des plus populaires attractions du Paris d'entre les deux guerres.
Surnommé longtemps l'Amuseur public numéro un, il est disparu il y a plus de trente ans et ses
dernières prestations en scène datent de plus de cinquante ans.
Dans ces conditions, considérant le métier qu'il a exercé, on devrait
normalement l'avoir oublié depuis longtemps mais tel n'est pas le cas.
Les disques de Georgius se vendent toujours et
l'on continue de jouer ou chanter, dans les soirée populaires, plusieurs de
ses innombrables scies dont tous se souviennent, ou presque, de leurs
inoubliables refrains.
La preuve ? - Entamez un de ces soirs, dans une soirée
où il y a une dizaine de personnes ou plus sa Plus bath des javas,
sa Pi-Pipe en terre ou encore Le lycée Papillon -
trois des chansons les plus écoutées sur ce site - et les paroles suivantes
vous reviendront automatiquement :
«Ah, ah, ah, ah - Écoutez ça si c'est chouette
Ah, ah, ah, ah - C'est la plus bath des
javas !»
«Une petite pi-pi une pi-pipe en terre
Une pi-pipe en terre avec son étui
Oh oui ! Oh oui !
Une petite pi-pi une pi-pipe en terre
Une pi-pipe en terre avec son étui
Ah oui !»
«On n'est pas des imbéciles
On a même de l'instruction
Au lycée Pa-pa, au lycée Pa-pa
Au lycée Papillon !»
Georgius mérite d'être vu et entendu. -
Malheureusement, les films dans lesquels il a tourné ne nous donnent qu'une
vague idée de ce qu'était un de ces tours de chant.
Voici ce qu'en disait le critique René Bizet :
«Il faut l’imaginer entrant sur scène
avec son «Ce
n’est pas le genre de la maison»
alignant à toute vitesse tant d’incongruités : il est le "roi de
la respiration". - Mots et situations scabreuses, tenue impeccable :
habit blanc, chrysanthème à la boutonnière, geste calculé... Une sorte de
pantin mécanique remonté à froid.»
Ce
n’est pas le genre de la maison :
«Je
vous préviens que je n'vais pas chanter
Un air d'opéra
Non je n'aime pas ça.
Ne croyez pas que j'vais déclamer
Des alexandrins
De Marcel Cachin
Je n'vais pas gazouiller du Claude Debussy
Ni réciter des vers de Paul Valéry...»
Il était pourtant, justement, du genre
de la maison - de n'importe quelle maison. - Il a en effet chanté sur toutes les scènes,
dans tous les salons et même joué à la Comédie Française. - Mais pourquoi ne
pas commencer par cette chanson ?
Elle pourrait être de lui mais
elle ne l'est pas. Exceptionnellement, cette scie, pleine de rebondissements,
cette scie qui servit longtemps d'introduction à son tour de chant, cette
scie qui est typiquement une chanson de Georgius - qui composa les paroles de
presque toutes ses succès - n'est pas de lui. - Elle est d'un duo (un auteur
et un compositeur) aujourd'hui presque oublié et qui portait le nom de Telly
et Halet.
Cliquez ici
pour
en lire les paroles et en entendre une version, enregistrée par Georgius
lui-même en 1928.
Puis revenez sur cette page pour plonger
dans le reste.
Vous ne serez pas déçu.

....
Voilà. C'est fait ? - Attendez : ça ne fait que
débuter. - Et si vous êtes pressé mais vraiment très pressé, allez au moins
jeter un coup d'œil sur son chef-d'œuvre :
Le
fils-père qu'il n'a malheureusement pas enregistré.
