Yvonne de Knops, dite Yvonne
George, interprète née à Liège, en 1896, fille d'Henri de Knops et d'Henriette de Goherts, décédée à Piemattone, Italie, le 22 avril 1930 [*].
D'abord comédienne, elle est découverte par Paul Franck dans un cabaret de
Bruxelles pour se faire huer, lors de sa première, à l'Olympia en 1920.
Tôt cependant, cette chanteuse «intellectuelle» se fait des admirateurs parmi lesquels se trouvent Henri Jeanson
(qui lui écrira «Toute une histoire»),
Jean Cocteau et
Robert Desnos qui ne
se rencontrent que dans sa loge aux côtés de Wlaminck, Maeterlink et Cromelynck.
Le succès cependant ne viendra pas avant - si dans le cas d'Yvonne
George on peut parler de «succès» - 1926 avec «Nous irons à
Valparaiso» mais, partout où elle passe, de l'Apollo, au Music-Hall des
Champs-Élysées, elle suscite toujours la controverse : ce n'est pas une
chanteuse, c'est une tragédienne ; et pourquoi chante-t-elle des chansons du
répertoire des chanteurs ? -
Yvette Guilbert, la spécialiste des vieilles
chansons, la jalouse. À l'Empire, en 1928, une bagarre éclate au cours de sa
représentation.
Finalement, elle finira par être acceptée de tous
mais trop tard : c'est une femme condamnée, usée par l'opium, la cocaïne,
l'alcool et qui, de surcroît, est tuberculeuse. - Des cures en sanatorium, trop
brèves, ne changeront rien à sa destinée : elle mourra dans une chambre
d'hôtel, dans le port de Gênes, à trente-trois ans, le seize mai 1930 après
s'être «échappée» de l'hôpital où elle était soignée, se sentant mourante..-
À ses côtés, selon la légende, son plus grand admirateur, Robert Desnos, qui
n'a pas encore trente ans et qui lui avait déjà écrit ses plus beaux poèmes.

Yvonne George par Man Ray (vers 1925)
(collection particulière [Lausanne])
(22,3 x 16,7 cm.)
[*] Un tout petit village, près de
Ventimiglia (ou Ventimille) quoique son certificat de décès fut enregistré à
Genova (Gênes) - Merci à Monsieur Riccardo Mazzoni de
Viareggio, Provincia di Lucca (Italie) qui nous en fait parvenir une copie.
Le style tranche sur celui des chanteuses de l'époque
: elle est mince, n'a qu'un filet de voix (dont, cependant, elle se sert à
merveille) et donne dans la tragédie plutôt que dans le mélodrame. C'est «une
ombre qui s'accroche au rideau de la scène pour ne pas tomber» (Cocteau).
Sans le savoir, elle aura ouvert la porte aux
Catherine Sauvage, Barbara, Cora Vocaire et autres qui allaient la suivre des
années plus tard.
Son répertoire (quelque 200 chansons) est composé de
chansons dramatiques, de chansons anciennes, réalistes mais aussi parodiques.
Elle nous a laissé 21 enregistrements (16 chansons)
dont deux, aujourd'hui, sont introuvables (Déjà et J'me fais ou Je n'peux pas
comprendre enregistrés en 1928). Une ré-édition complète des 19 autres est récemment parue (en 1991) sous l'étiquette Chansophone
(numéro 114) avec, en supplément, 6 chansons de Kiki de Montparnasse. - On parle également d'un test fait chez Pathé en février 1924 (Adieu,
chers camarades).
Ce sont :
J'ai pas su y faire (Cartoux - Costil - Yvain) -
1925
C'est pour ça qu'on s'aime (Telly -
Borel-Clerc)
- 1925
Le petit bossu (inconnu) - 1925
Je te veux (Satie) 1925
[1]
J'ai pas su y faire (deuxième version) - 1926
You Know You Belong to Somebody Else - 1926
Pars (Lenoir) - 1926
Chanson de marin (Auric) - 1926
Toute une histoire (Jeanson) - 1926
La mort du bossu - 1926
Adieu chers camarades - 1926
Ô Marseille (Wiener) - 1927
Chanson de route (Wiener) - 1927
C'est pour ça qu'on s'aime (deuxième version) -
1928
Si je ne t'avais pas connu (Boyer - Boyer -
Verdun) - 1928
J'ai pas su y faire (troisième version) - 1928
Le bossu (deuxième version) - 1928
Les cloches de Nantes - 1928
L'autre (Lenoir) - 1928
Note :
Monsieur Eric Legault de Montréal nous signale
que la chanson «Chanson de marin» citée
ci-dessus a été repiquée dans un coffret Les introuvables du chant
français - Disques EMI.