Le père, né Ferdinand Joseph Moncorgé, se faisait appeler Georges Gabin, parfois Joseph, parfois Ferdinand mais la
plupart du temps Eugène Gabin ou tout simplement Gabin, un nom qu'il avait lu
dans un indicateur ferroviaire et pour cause : son père était chauffeur de
locomotive. Son fils, côté des chemins de fer, allait devenir, après avoir
rêvé d'exercer la carrière de son grand-père, presque par atavisme, le plus
célèbre des cheminots du cinéma... sous le nom de Jean Gabin.
Gabin, fils, dans La bête humaine de Jean Renoir (1938)
Le père fut surtout connu pour ses rôles à l'opérette malgré
des dizaines de monologues et chansons qu'il a endisqués dans les années
1900 à 1910. Il était, entre autres, de la création de Ta bouche de Maurice Yvain et Yves Mirande en 1921 et de Là-Haut ! de Yves Mirande et Gustave Quinson (paroles d’Albert
Willemetz, musique de Maurice Yvain en 1923) mais dès 1893 - et sans doute
avant - il fut un des réguliers de la Cigale où il sera en vedette, bon an,
mal an, jusqu'à au moins 1907 pour ensuite passer à d'autres établissements
du même genre, chantant régulièrement jusqu'en 1930 avant de décéder en
1933.
«Quant à mon père,
le plus lointain souvenir d'enfance que j'ai conservé de lui est celui
d'un homme qui "passait" chaque jour à la maison
comme une sorte de mystérieux voyageur, et à des heures où le plus
souvent je dormais. Il rentrait en effet tard, par le dernier train du
soir [de ses représentations à la Cigale], dormait toute la
matinée et repartait en début d'après-midi alors que je faisais ma
sieste. Avec les années, ce fut à peu près la même chose, à la
différence que lorsqu'il repartait j'étais à l'école ou en train de
courir la campagne." (Gabin, fils)
Gabin, père
Le fils, né en 1904, débute,
après avoir exercé les indispensables divers métiers, en
danseur-figurant, en 1922, aux Folies-Bergère. On le verra dans Folie sur folie (aux côtés de Jenny Golder et de Bach), puis, en 1923, dans une revue du vaudeville de
Rip mettant en vedette Gaby Montbreuse,
puis, la même année, aux Bouffes-parisiens dans La Dame en
décolletéet, en 1925, dans Trois jeunes filles nues,
une opérette signée Raoul Moretti, Yves Mirande et Albert Willemetz.
- En 1928, il est boy au côté de Mistinguett (qui l'a remarqué...) dans la revue Paris qui tourne, au
Moulin Rouge. - En 1929 il est aux Bouffes-Parisiens (dans Flossie avec
Koval [voir à Pauline Carton], Jacqueline Francell et Mireille) et cela aurait pu continuer ainsi longtemps
sauf que le cinéma parlant débutait et exigeait de nouvelles vedettes. -
Gabin, fils, maintenant connu sous le nom de Jean Gabin se laissa tenter
et l'on connaît la suite.
Chanteurs d'opérettes et de Music-Hall ?
Que serait-il devenu si Jean Gabin -
qui va au cinéma tout en n'y croyant pas trop, trop - était resté, comme il
le désirait, chanteur (et danseur), lui qui commença sa carrière sur les
scènes au moment où les scènes étaient sur leur déclin et fermaient peu à
peu ? - Question bien théorique. Chose certaine, il n'aurait pas connu la
notoriété qu'il a connu sur le grand écran. Et puis, se souviendrait-on
toujours de son père ?
Pour le père, on peut dire oui même si les
rôles qu'il a tenus n'ont pas toujours (presque jamais) été de premier plan
car il existe un engouement qui n'a jamais fléchi, en France, pour
l'opérette. Assez qu'on retrouve encore, de nos jours, de nombreux disques,
revues et sites internet qui lui sont consacrés et dans ses disques, revues
et sites, le nom de Gabin (que l'on nomme à présent Gabin, père) est souvent
cité. - Celui qui jouait les compères dans les revues peut en effet être
encore entendu dans des divers repiquages notamment chez EPM - coffret
982482 4CD L’opérette française par ses créateurs comprenant des extraits de 9 opérettes de la période 1921-1934.
Pour le
fils, c'est moins sûr. Si on exclut ses grands succès - hors cinéma - la
récolte est bien mince. Qui se souviendrait, sans cette carrière
cinématographique immense, de C'est moi le mari, de La java de
Doudoune, de La môme caoutchouc ? - Un titre, peut-être, à cause
de Mistinguett (On m'suit) mais trente, quarante, cinquante ans plus tard ?
Pourtant, la voix est belle, posée et on se plaît à écouter ses refrains de
guinguette notamment de Quand on se promène au bord de l'eau,
tiré de "La belle Équipe" de Julien Duvivier (1936) et Aujourd'hui qu'on peut entendre dans "Pépé le Moko" du même
(1937).
Fort de ses succès au cinéma, le vieux Gabin (car il est
vieux à ce moment-là), se permit vers la fin de sa vie d'enregistrer un Maintenant, je sais (parlé) que Rym Musique finit par remettre cet
enregistrement combiné à d'autres titres. en circulation en 1997 : un CD
sous le titre, justement de Maintenant, je sais et voilà qu'on peut encore aujourd'hui se
procurer du Gabin (fils) dans un mini tour de chants. - Pour l'intégral et
de nombreux renseignements, photos, etc., se fier cependant au coffret de
chez Frémeaux :
Intégrale jean Gabin - Frémeaux FA 029
Pour mémoire :
Eugène Gabin, Gabin
père, est né en 1868 et est décédé en 1933.
Jean Gabin, Gabin fils, est né en 1904 et est décédé en 1976.
Extraits
À tout seigneur, toutes
les honneurs, commençons d'abord par le père dans deux enregistrements,
l'un faisant partie de l'Anthologie de la Chanson française
enregistrée de chez EPM (nous n'en donnons, en conséquence, qu'un extrait) et un
deuxième qui nous a aimablement été fourni par Jean-Philippe Maran (Paris).
Gabin, père - La levrette de la Marquise - Enregistrement Columbia
circa 1903 - (O.
Pradels et
L. Gangloff) - Repiquage chez
EPM - Anthologie
de la Chanson française enregistrée,
coffret
1900-1920, CD numéro 4 (1989692A - 56 sec.
(Pour ce
dernier enregistrement, voir à La chanson française du Temps
des cerises aux Feuilles mortes, au numéro 5)
Pour Gabin, fils
(appelons-le tout simplement Jean Gabin), trois enregistrements ;
le premier avec sa marraine des tous premiers jours, déjà cité dans la
page que nous avons consacrée à Mistinguett, le deuxième pour nous replonger à
l'époque du Gabin des premiers temps de sa carrière cinématographique et
le troisième, pour un legato peu commun dans la chanson populaire
française.
Jean Gabin - On m'suit (Peraly,Chagnon, Mistinguett, Lelièvre)
fin
1927, début 1928 - Pathé X3618 - 2m20
Jean Gabin - La môme caoutchouc, (Serge Veber -
Maurice Yvain) du film «Cœur des lilas» d'Anatole Litvack
(1932), film mettant en vedette Gabin dans le rôle de Martousse, Fréhel dans celui de la Douleur et une courte apparition de Fernandel en... garçon d'honneur.
Le même, en vidéo
Jean Gabin - Viens Fifine (Scotto,
Audiffred, Varna, Koger, Van Parys)
fin 1933 mais probablement 1934 - Du film «Zouzou» de Marc
Allégret - 2m48
Le même, en vidéo (*)
(*) Et oui, la jeune fille assis, c'est Joséphine Baker. - Et
la personne qui danse avec Gabin est Yvette Lebon. Avec un grand merci à Louise Simard (de Québec).