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2008-03-28

Gabin, père et fils



Gabin, père

Le père, né Ferdinand Joseph Moncorgé, se faisait appeler Georges Gabin, parfois Joseph, parfois Ferdinand mais la plupart du temps Eugène Gabin ou tout simplement Gabin, un nom qu'il avait lu dans un indicateur ferroviaire et pour cause : son père était chauffeur de locomotive. Son fils, côté des chemins de fer, allait devenir, après avoir rêvé d'exercer la carrière de son grand-père, presque par atavisme, le plus célèbre des cheminots du cinéma... sous le nom de Jean Gabin.


Gabin, fils, dans
La bête humaine
de Jean Renoir (1938)

Le père fut surtout connu pour ses rôles à l'opérette malgré des dizaines de monologues et chansons qu'il a endisqués dans les années 1900 à 1910. Il était, entre autres, de la création de Ta bouche de Maurice Yvain et Yves Mirande en 1921 et de Là-Haut ! de Yves Mirande et Gustave Quinson (paroles d’Albert Willemetz, musique de Maurice Yvain en 1923) mais dès 1893 - et sans doute avant - il fut un des réguliers de la Cigale où il sera en vedette, bon an, mal an, jusqu'à au moins 1907 pour ensuite passer à d'autres établissements du même genre, chantant régulièrement jusqu'en 1930 avant de décéder en 1933.

«Quant à mon père, le plus lointain souvenir d'enfance que j'ai conservé de lui est celui d'un homme qui "passait" chaque jour à la maison comme une sorte de mystérieux voyageur, et à des heures où le plus souvent je dormais. Il rentrait en effet tard, par le dernier train du soir [de ses représentations à la Cigale], dormait toute la matinée et repartait en début d'après-midi alors que je faisais ma sieste. Avec les années, ce fut à peu près la même chose, à la différence que lorsqu'il repartait j'étais à l'école ou en train de courir la campagne." (Gabin, fils)

Gabin, père

Le fils, né en 1904, débute, après avoir exercé les indispensables divers métiers, en danseur-figurant, en 1922, aux Folies-Bergère. On le verra dans Folie sur folie (aux côtés de Jenny Golder et de Bach), puis, en 1923, dans une revue du vaudeville de Rip mettant en vedette Gaby Montbreuse, puis, la même année, aux Bouffes-parisiens dans La Dame en décolleté et,  en 1925, dans Trois jeunes filles nues, une opérette signée Raoul Moretti, Yves Mirande et Albert Willemetz. - En 1928, il est boy au côté de Mistinguett (qui l'a remarqué...) dans la revue Paris qui tourne, au Moulin Rouge. - En 1929 il est aux Bouffes-Parisiens (dans Flossie avec Koval [voir à Pauline Carton], Jacqueline Francell et Mireille) et cela aurait pu continuer ainsi longtemps sauf que le cinéma parlant débutait et exigeait de nouvelles vedettes. - Gabin, fils, maintenant connu sous le nom de Jean Gabin se laissa tenter et l'on connaît la suite.

Chanteurs d'opérettes et de Music-Hall ?

Que serait-il devenu si Jean Gabin - qui va au cinéma tout en n'y croyant pas trop, trop - était resté, comme il le désirait, chanteur (et danseur), lui qui commença sa carrière sur les scènes au moment où les scènes étaient sur leur déclin et fermaient peu à peu ? - Question bien théorique. Chose certaine, il n'aurait pas connu la notoriété qu'il a connu sur le grand écran. Et puis, se souviendrait-on toujours de son père ?

Pour le père, on peut dire oui même si les rôles qu'il a tenus n'ont pas toujours (presque jamais) été de premier plan car il existe un engouement qui n'a jamais fléchi, en France, pour l'opérette. Assez qu'on retrouve encore, de nos jours, de nombreux disques, revues et sites internet qui lui sont consacrés et dans ses disques, revues et sites, le nom de Gabin (que l'on nomme à présent Gabin, père) est souvent cité. - Celui qui jouait les compères dans les revues peut en effet être encore entendu dans des divers repiquages notamment chez EPM - coffret 982482 4CD  L’opérette française par ses créateurs comprenant des extraits de 9 opérettes de la période 1921-1934.

Pour le fils, c'est moins sûr. Si on exclut ses grands succès - hors cinéma - la récolte est bien mince. Qui se souviendrait, sans cette carrière cinématographique immense, de C'est moi le mari, de La java de Doudoune, de La môme caoutchouc ? - Un titre, peut-être, à cause de Mistinguett (On m'suit) mais trente, quarante, cinquante ans plus tard ?

Pourtant, la voix est belle, posée et on se plaît à écouter ses refrains de guinguette notamment de Quand on se promène au bord de l'eau, tiré de "La belle Équipe" de Julien Duvivier (1936) et Aujourd'hui qu'on peut entendre dans "Pépé le Moko" du même (1937).

Fort de ses succès au cinéma, le vieux Gabin (car il est vieux à ce moment-là), se permit vers la fin de sa vie d'enregistrer un Maintenant, je sais (parlé) que Rym Musique finit par remettre cet enregistrement combiné à d'autres titres. en circulation en 1997 : un CD sous le titre, justement de Maintenant, je sais et voilà qu'on peut encore aujourd'hui se procurer du Gabin (fils) dans un mini tour de chants. - Pour l'intégral et de nombreux renseignements, photos, etc., se fier cependant au coffret de chez Frémeaux :

Intégrale jean Gabin - Frémeaux FA 029

Pour mémoire :

Eugène Gabin, Gabin père, est né en 1868 et est décédé en 1933.

Jean Gabin, Gabin fils, est né en 1904 et est décédé en 1976.


Extraits

À tout seigneur, toutes les honneurs, commençons d'abord par le père dans deux enregistrements, l'un faisant partie de l'Anthologie de la Chanson française enregistrée de chez EPM (nous n'en donnons, en conséquence, qu'un extrait) et un deuxième qui nous a aimablement été fourni par Jean-Philippe Maran (Paris).

Gabin, père - La levrette de la Marquise - Enregistrement Columbia
    circa 1903 - (O. Pradels et L. Gangloff) - Repiquage chez
    EPM - Anthologie de la Chanson française enregistrée,
    coffret 1900-1920, CD numéro 4 (1989692A - 56 sec.

Gabin, père - En revenant de la revue - Enregistrement Columbia
    circa 1904 - (Lucien Delormel, Léon Garnier et Louis-César Désormes)
    Collection Jean-Philippe Maran - 2m58

(Pour ce dernier enregistrement, voir à La chanson française du Temps des cerises aux Feuilles mortes, au numéro 5)

Pour Gabin, fils (appelons-le tout simplement Jean Gabin), trois enregistrements ; le premier avec sa marraine des tous premiers jours, déjà cité dans la page que nous avons consacrée à Mistinguett, le deuxième pour nous replonger à l'époque du Gabin des premiers temps de sa carrière cinématographique et le troisième, pour un legato peu commun dans la chanson populaire française.

Jean Gabin - On m'suit (Peraly,Chagnon, Mistinguett, Lelièvre)
    fin 1927, début 1928 - Pathé X3618 - 2m20

Jean Gabin - La môme caoutchouc, (Serge Veber - Maurice Yvain) du film «Cœur des lilas» d'Anatole Litvack (1932), film mettant en vedette Gabin dans le rôle de Martousse, Fréhel dans celui de la Douleur et une courte apparition de Fernandel en... garçon d'honneur.

Le même, en vidéo

 

Jean Gabin - Viens Fifine (Scotto, Audiffred, Varna, Koger, Van Parys)
    fin 1933 mais probablement 1934 - Du film «Zouzou» de Marc Allégret - 2m48

Le même, en vidéo (*)

(*) Et oui, la jeune fille assis, c'est Joséphine Baker. - Et la personne qui danse avec Gabin est Yvette Lebon. Avec un grand merci à Louise Simard (de Québec).

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