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2008-03-28

Henri Dreyfus dit «Fursy»


Henri Dreyfus, dit «Fursy», né à Paris en 1866, mort le 14 avril  1929, reste un des plus représentatifs des chansonniers montmartrois de la Belle Époque quoique - on n'a jamais su pourquoi - il est également connu pour avoir dirigé pendant quelques années (quatre ans et demi) La Scala... : autant dire que Toulouse-Lautrec s'intéressait aussi à la généalogie.

Son père était chef de service au Journal Officiel. Ayant perdu sa mère très jeune, il fut mis en diverses écoles avant de devenir apprenti dans le commerce, employé à la Banque Nationale, comptable, facteur aux Halles puis à nouveau comptable mais, cette fois-là, au journal La France où il devient le secrétaire du directeur, un certain Lalou, un curieux type de journaliste qui ne connaissait pas l'orthographe et qui, à temps perdu, se faisait élire député.

Côtoyant les hommes politiques, il se fait engager comme rédacteur parlementaire au journal National tout en collaborant à celui de La Bataille qu'il quitte après quelque temps pour Le Rappel où il écrit de petits «tableaux parisiens» avant de devenir reporter à La Liberté, intervieweur pour le compte de l'Éclair où il est également le courriériste théâtral. Bref : une carrière diversifiée.

Petit à petit, il s'intéresse à la chanson et en vient à écrire des paroles pour Mme Duparc, Marguerite Duclerc, Reschal [1] et même pour Fragson mais toujours, il n'a pas encore trouvé son filon.

Après plusieurs mois à rimer ici et là, il se présente, finalement. au Carillon avec quelques chansons traitant de l'actualité dont une chanson sur le scandale de Panama. Le succès n'est pas immédiat mais tandis que ses aînés d'obstinent à chanter, soir après soir, les mêmes chansons, il en pond une à chaque fois qu'il monte sur les planches..

Son ironie, la finesse de ses traits sont telles qu'il finit par percer et, en l'espace de quelques mois, il développe une clientèle qui accourt de partout pour l'entendre dans son tour de chant où il récite des couplets et des refrains qu'il appelle rosses mais qui sont généralement sans grande méchanceté.

En 1895, il est à l'ouverture du Tréteau de Tabarin où il crée L'Ange Gabriel, son plus grand succès.

En 1899, après la mort de Rodolphe Salis, il rachète Le Chat Noir qu'il rebaptise La Boîte à Fursy où allait se produire notamment, le plus montmartrois des bretons, Théodore Botrel.

Il est, à partir de ce moment-là, considéré comme le représentant  d'un certain style qu'on allait baptiser montmartrois aussi bien à Montmartre que sur les boulevards dans différents cabarets, en réalité les mêmes mais qui changent régulièrement de noms : Au Moulin de la chanson, Chez Fursy et Mauricet...

Suivirent de ombreuses tournées à l'étranger, et... Le Bataclan, sous la «direction» de Paulus dont il fut un temps le secrétaire (1902).

En 1909, suite à la mort d'Édouard Marchand qui avait dirigé La Scala pendant dix ans et suite à trois malheureuses tentatives pour relancer cet établissement selon la formule de ce dernier, Fursy, contre toute attente accepte d'en prendre la direction insistant qu'on devait y revenir à la chanson fine et intelligente. - Mayol fait partie de ceux qu'il engage au tout début mais petit à petit, il veut étendre ses idées et décide de se diriger vers la revue à grand spectacle. - Les frais que ces revues et opérettes lui demandent ont raison des finances limitées de l'endroit.- En janvier 1914, élégamment, il démissionne, prétextant qu'il avait la nostalgie de sa boîte.

Sa boîte, c'est celle de Chez Fursy et Mauricet où, pendant des années encore, accompagné d'un seul piano, il allait continuer à chanter ses chansons d'actualité dans cet esprit montmartrois qu'il avait, à toutes fins utiles, créé et qui allait faire la gloire des Noël-Noël (1897-1989), des Raymond Souplex (1901-1972) et de tant d'autres, bien longtemps après sa mort.

De son vivant, Fursy a publié Chansons rosses (deux séries : 1898 et 1899), Chansons de la Boîte (1901), Essais rosses d'histoire contemporaine (1904), Pendant la guerre, Impression de Gavroche et Mon petit bonhomme de chemin (1928).

On pourra entendre Fursy chanter la chanson de l'A.P.G.A. (sic) en allant vers la page dédiée à cette marque de disques : A.P.G.A.

                               

Et pourquoi pas un court vidéoclip ?

Fursy devant son cabaret vers 1921 (3 secondes) :


[1] Un correspondant non identifié nous demandait, à propos de ce Reschal, s'il avait pu être le futur écrivain, affairiste, éditeur et restaurateur Antonin Reschal, de son vrai nom Arnaud. - Nous n'avons pu, à ce propos le renseigner n'ayant trouvé aucune référence à celui cité ci-dessus. - Notre référence provient du Larousse Mensuel Illustré, no. 217, septembre 1929, d'un article signé Henry Lyonnet, dont un des passages se lit comme suit :

«Paulus, qui avait lancé le Père la Victoire, trônait alors à Ba-ta-clan, bizarre, fantasque, autoritaire. On y appelle Dreyfus qui écrit des chansons pour Mlle Duparc, Marguerite Duclerc, pour Reschal, Fragson, etc...»

Aucun problème, naturellement avec Paulus, Mlle Duparc et Marguerite Duclerc mais... Reschal ? - Sans doute s'agit-il là d'un surnom tel Kam-Hill, Gesky ou même Fragson.

Si jamais quelqu'un aurait plus de renseignements...

Note supplémentaire :

Monsieur Daniel Auliac nous  a informé qu'il avait retrouvé dans un des fonds documentaire des Arts du Spectacle de la BNF une référence à un certain Charles Reschal qui aurait tenu un rôle dans quelques vaudevilles, à savoir : Le contrôleur des wagons-lits d'Alexandre Bisson en 1907, La dame du 23 de Paul Gavault et Albert Bourgain en 1907 et La revanche d'Ève  d'Antony Mars en 1909. - Voilà sans doute la personne à laquelle Henry Lyonnet devait faire allusion. - Merci Monsieur Auliac !

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