Henri Dreyfus, dit «Fursy», né à Paris en 1866, mort le 14
avril 1929, reste un des plus représentatifs des
chansonniers montmartrois de la Belle Époque quoique - on n'a jamais su pourquoi - il est également connu pour avoir dirigé pendant quelques années (quatre ans et demi) La Scala... : autant
dire que Toulouse-Lautrec s'intéressait aussi à la généalogie.
Son père était chef de service au Journal
Officiel. Ayant perdu sa mère très jeune, il fut mis en diverses
écoles avant de devenir apprenti dans le commerce, employé à la
Banque Nationale, comptable, facteur aux Halles puis à nouveau
comptable mais, cette fois-là, au journal La France où il
devient le secrétaire du directeur, un certain Lalou, un curieux type
de journaliste qui ne connaissait pas l'orthographe et qui, à temps
perdu, se faisait élire député.
Côtoyant les hommes politiques, il se fait
engager comme rédacteur parlementaire au journal National tout en
collaborant à celui de La Bataille qu'il quitte après quelque temps
pour Le Rappel où il écrit de petits «tableaux parisiens»
avant de devenir reporter à La Liberté, intervieweur pour le compte
de l'Éclair où il est également le courriériste théâtral. Bref : une carrière diversifiée.
Petit à petit, il s'intéresse à la chanson et en vient à écrire
des paroles pour
Mme Duparc, Marguerite Duclerc,
Reschal [1] et même pour
Fragson mais toujours, il n'a pas
encore trouvé son filon.
Après plusieurs mois à rimer ici et là, il se présente, finalement. au
Carillon avec quelques chansons traitant de l'actualité dont une chanson sur le
scandale de Panama. Le succès n'est pas immédiat mais tandis que ses aînés d'obstinent à chanter, soir après soir, les mêmes chansons, il en pond une à chaque fois qu'il monte sur les
planches..
Son ironie, la finesse de ses traits sont telles
qu'il finit par percer et, en l'espace de quelques mois, il développe une
clientèle qui accourt de partout pour l'entendre dans son tour de chant où
il récite des couplets et des refrains qu'il appelle rosses mais qui
sont généralement sans grande méchanceté.
En 1895, il est à l'ouverture du Tréteau de
Tabarin où il crée L'Ange Gabriel, son plus grand succès.
En 1899, après la mort de
Rodolphe
Salis, il rachète Le Chat Noir qu'il
rebaptise La Boîte à Fursy où allait se produire notamment,
le plus montmartrois des bretons,
Théodore Botrel.
Il est, à partir de ce moment-là, considéré comme
le représentant d'un certain style qu'on allait baptiser montmartrois
aussi bien à Montmartre que sur les boulevards dans différents cabarets, en réalité les mêmes mais qui changent régulièrement de noms : Au Moulin de la chanson,
Chez Fursy et Mauricet...
Suivirent de ombreuses tournées à l'étranger,
et... Le
Bataclan, sous la «direction» de
Paulus dont il fut un temps le secrétaire (1902).
En 1909, suite à la mort d'Édouard Marchand qui
avait dirigé La Scala pendant dix ans et suite à trois malheureuses
tentatives pour relancer cet établissement selon la formule de ce dernier, Fursy, contre toute attente accepte d'en prendre la direction insistant qu'on
devait y revenir à la chanson fine et intelligente. -
Mayol
fait partie de ceux qu'il engage au tout début mais petit à petit, il veut
étendre ses idées et décide de se diriger vers la revue à grand spectacle.
- Les frais que ces revues et opérettes lui demandent ont raison des finances
limitées de l'endroit.- En janvier 1914, élégamment, il démissionne,
prétextant qu'il avait la nostalgie de sa boîte.
Sa boîte, c'est celle de Chez
Fursy et Mauricet où, pendant des années encore, accompagné d'un
seul piano, il allait continuer à chanter ses chansons d'actualité dans cet
esprit montmartrois qu'il avait, à toutes fins utiles, créé et qui
allait faire la gloire des Noël-Noël (1897-1989), des Raymond Souplex
(1901-1972) et de tant d'autres, bien longtemps
après sa mort.
De son vivant, Fursy a publié Chansons rosses
(deux séries : 1898 et 1899), Chansons de la Boîte (1901), Essais
rosses d'histoire contemporaine (1904), Pendant la guerre, Impression
de Gavroche et Mon petit bonhomme de chemin (1928).
On pourra entendre Fursy chanter la chanson de l'A.P.G.A.
(sic) en allant vers la page dédiée à cette marque de disques :
A.P.G.A.