Ce n'est pas dans nos habitudes de
citer dès les premières lignes de nos fiches un extrait musical mais si vous
ne connaissez pas Florelle, cliquez tout de suite sur le lecteur qui suit.
Vous ne serez pas déçu. (Les détails de cet enregistrement sont donnés à la
fin)
Surprenant, n'est-ce pas ?
C'est français mais la voix...
(*)
Sur cette chanteuse née en 1898 aux Sables-d'Olonne (Vendée)
les dictionnaires et livres sur la Chanson Française ont été jusqu'à présent
peu bavards. - Et les distributeurs de disques de repiquages (sous la forme
d'album rétro contenant des titres divers) n'ont pas été très généreux
envers elle. - Elle a eu droit, bien sûr, à son paragraphe dans le livre de
Brunschwig-Calvet-Klein (voir à Bibliographie), et EPM ne l'a pas oubliée dans ses
coffrets intitulés 100 Chansons Françaises de Légende et Folies Bergère (voir à une
discothèque) en y insérant : La complainte de Mackie, Deux copains et Y'a des soirs.
- Mais tout cela était bien peu pour cette femme qui a créé en français,
avec Albert Préjean, l'Opéra de quat'sous (de Kurt Weil), qui a tourné
dans près de cinquante films, qui a accumulé une suite assez respectable de
succès sur scène et qui a mené presque autant de revues que Mistinguett.
Tout cela, c'était avant que la marque Chansophone lui consacre un CD, en 1991.
Sur ce CD, 25 chansons enregistrées entre 1927 et 1934, la
plupart tirées, soit de l'Opéra de quat' sous précité, soit
des revues auxquelles elle a participé, soit des films dans lesquels elle a
tourné. - Mais plus encore : trois bonnes pages de notes biographiques dans
lesquelles on apprend :
(Les notes en italiques proviennent d'autres sources)
que Florelle est née le 8
août 1898 (la sérieuse Internet Movie Data Base dit plutôt le 9
août)
que son vrai nom était
Odette-Élisa-Joséphine-Marguerite Rousseau
qu'elle est venue à
Paris, avec ses parents, en 1905
que sa mère, Diadéma,
était caissière à la Cigale
que son père était un
modeste employé de commerce
qu'un soir, on a eu de
besoin d'un enfant sur la scène et que c'est ainsi que Florelle fit
ses débuts - elle avait alors quatre ans.
qu'à 14 ans, elle donnait
déjà la réplique à Raimu dans un petit sketch
qu'à 16 ans, elle avait
déjà joint la troupe de l'Européen et qu'elle était partie en
tournée en Roumanie, en Autriche, en Turquie...
que, figurante, puis
second rôle, elle fit, jusqu'en 1914, partie d'autres troupes et
parut : à la Cigale, aux Capucines, à Ba-ta-clan, à la Scala
qu'elle était à Vienne
lorsque la guerre éclata et que de retour à Paris, elle soigna les
blessés tout en chantant pour eux
que, de retour sur
scène en 1918, elle chante à l'Apollo (1919). aux Folies-Bergère
(1920), à l'Olympia (1921) tout en jouant au cinéma dans divers petits films
d'Henri Diamant-Berger (au côté de Maurice Chevalier)
qu'elle est en Amérique du
sud au milieu des années vingt - en 1923 plus précisément, avec
la troupe de Volterra - puis passe à Cuba, voyage en Grèce et en
Turquie avant de reparaître au Moulin-Rouge en 1927 dans la deuxième
version de la revue Ça, c'est Paris (avec Tramel), au
Moulin-Rouge, remplaçant Mistinguett
que lié quelque temps
avec Henri Garat,
elle lui tourne le dos, en 1930, lorsque celui-ci (ou serait-ce le
studio ?) la fait remplacer par Lilian Harvey dans «Le Chemin du paradis» mais Pabst, poussé par Kurt Weil,
lui donne sa chance dans «L'opéra de quat' sous»
qui sort à Paris en novembre 1931 - Immense succès.
qu'en août 1932, elle
est victime d'un grave accident d'automobile mais qu'elle est de
retour sur scène aux Folies-Bergère dès novembre
qu'à partir de ce
moment-là, entre une carrière cinématographique impressionnante
(voir à filmographie), une carrière de meneuse de
revues et une carrière de chanteuse, elle gère des cabarets, se
marie [*](avec Marcel Foucret, le fils du directeur du
Moulin-Rouge), se sépare, se remarie (avec un beau dompteur,
cette fois-là, Ali Amar)... jusqu'en 1939, année où elle tourne
un dernier film d'avant-guerre, «Sixième étage» de Maurice
Cloche.
[*] Un deuxième mariage ? - Nos notes indiquent
qu'elle aurait épousé un Cubain, à La Havane, en 1926 ou 1927 ...
que pendant l'Occupation,
elle a refusé beaucoup d'engagements pour aider des gens en
situation illégale...
qu'à la Libération, son
public l'ayant oublié, elle se lance dans de mauvaises affaires, un cinéma, un café... et tourne encore un peu mais décide
finalement, après avoir passé une année en Belgique, tenu des
cafés, des bars, au Maroc, en Algérie et à Abidjan et fait de la
figuration de façon épisodique (à son retour en France, au milieu
des années cinquante), de se retirer dans sa ville natale où
elle ouvre un douzième (?) café
qu'au cours des années
soixante, elle joue la misère tout en ayant quelques biens
à l'ombre mais la Florelle des années trente, la Florelle des
Folies Bergère, la Florelle du Moulin Rouge, la Florelle du Casino
de Paris... n'est plus qu'une vieille dame qu'on voit à la messe le
dimanche, au tribunal le jeudi (où elle assiste aux séances) et à la
bibliothèque municipale
qu'en 1974, elle se blesse
un genou dans un accident de voiture ; qu'elle est une patiente
difficile; qu'on la transfère finalement
dans un hôpital psychiatrique où elle meurt le 28 septembre de la
même année
Vie mouvementée, donc. - Nerveuse.
- Capricieuse, peut-être ? - De la déveine assurément.
Nous reste, bien sûr, ses films, presque tous oubliés,
malheureusement, mais également ses disques (*) dont ceux de l'album
de Forlane, cité ci-dessus, qui contient, entres autres :
La complainte de
Mackie, naturellement, de Weill (et
Mauprey)
Le chant de Barbara, La fiancée du Pirate et Le chant des canons,
des mêmes, trois autres chansons tirées des l'Opéra de Quat' sous -
1931
Une étonnante entrée
de Florelle aux Folies Bergère - 1933
Et des choses qui méritent
d'être entendues comme La java blanche (de Lenoir -
1927), Deux copains (de Boudrioz, Montreux, Fézal, Cazaux et Grant - 1931), Vacances (des mêmes), ces deux dernières chansons tirés du film Vacances de Robert Boudrioz
Fascination,
aussi, de De Féraudy et Marchetti (1933)
(*)
La carrière sur disque de Florelle, une soixantaine d'en
enregistrements, s'étend de 1927 à 1936.
De Florelle, nous ne possédons aucun
enregistrement original (78T) - sauf le Fascination que nous
avons déjà cité en entier dans nos pages sur La chanson
française du Temps des cerises aux Feuilles Mortes en cinquante chansons - voir au numéro 15), aussi, nous nous contenterons de n'en
citer que trois extraits, à partir de l'album précité :
Si maman le veut de Moretti - Gramophone K 5289 - 1928
La complainte de Mackie - de Mauprey et Weil - Polydor 521.171- 1931
Et cette chanson, à nouveau, citée
au tout début :
Charmantes choses d'Yvain et Willemetz - Gramophone K 5382 - 1928
(*) La photo au début
provient du livre de Brunschwig, Calvet et Klein