Parolier aux multiples talents,
génial créateur de scies mais tout aussi à l'aise dans la chanson réaliste ou
comique,
Edmond Bouchaud, dit Dufleuve, né à Alger, en 1870, quatre ans avant sa
petite sœur qui allait faire carrière sous le nom de Polaire, fut une sous-étoile qui brilla, parfois de
façon étonnante, aufirmament de la chanson française et ce, pendant plus de
quarante ans.
Sa chanson la plus connue
demeure «Elle était souriante» qui, à elle seule, allait assurer
sa pérennité
de même que celle de Montel mais on lui doit aussi «La coco» que ne renièrent ni
Emma Liebel, ni
Fréhel.
Et puis il chantait.
Les rares photos que nous
sont parvenues nous renvoient l'image d'un type tout à fait conventionnel
mais elles sont tirées de «petits formats» (voir ci-dessous) où il figure à titre de
parolier et non à titre d'interprète car son personnage sur scène semble avoir
été un mélange de Dranem,
d'Ouvrard et
de
Polin avec quelques touches de
Libert, Vilbert ou
Chevalier.
Toutes ces vedettes ont par ailleurs pigé dans son répertoire ou ont eu des
chansons écrites pour eux, par lui.
Il aurait vraisemblablement
fait ses débuts, sous le nom de Dufleuve, vers 1890 et donc à vingt
ans, en tant que comique-troupier. On retrouve en effet le nom de «Dufleuve»
mentionné dans un des programmes de cette époque, à l'Européen. On retrouve
également des traces de son passage à l'Horloge en 1893 (aux côtés, à ce
moment-là, de Kam-Hill, de
Reschal et de
Caudieux, des gloires de l'époque,
tout de suite après le départ d'Yvette Guilbert). - Puis on le retrouve à La
Scala de 1895 à 1905, remplaçant sans doute, les soirs où il n'était pas là,
Polin. - Il est au Libre-Échange, de 1901 et 1911, au Casino de Montmartre (avant
1907), mais également au Commerce, à l'Alcazar d'Été (de 1906 jusqu'à 1914),
au Jardin de Paris, au Kursaal, à l'Empire, à Bobino, à l'Olympia, à
l'Univers... bref dans tous les établissements d'avant-guerre.
Le retour sur scène, après
1918 - il a alors 48 ans - semble difficile. Il faut attendre 1922 pour le
revoir au Temple ou 1924 à l'Artistic puis à la Cigale (1926) mais de là, il
semblerait que les contrats se multiplient car entre 1929 ou 30 et 1936, il
est aux programmes du Casino Saint-Martin, de la Gaîté-Rochechouart, du
Palace, du Palais du Travail et des Folies-Belleville où il aurait offert ses
dernières prestations à l'âge de 65 ans.
Retraite puis décès en 1945, à
soixante-quinze ans, six ans après sa sœur.
Enregistrements :
Ils sont peu
nombreux. - Nous n'en avons retracé jusqu'à présent que vingt-deux :
(On notera que s'il chante sous
le nom de Dufleuve, c'est généralement sous le nom de Bouchaud qu'il s'inscrit
en tant que parolier.)
Chez Edison (cylindres)
La température de
Nicolay, en 1910 (numéro 18155)
La polka des épaulettes
(?) de Raoul Georges et d'Edmond Bouchaud, vers 1910-1911 (numéro 18164)
Défilons ! de
Fernand Heintz, vers 1910-1911 (numéro 18162)
Folle complainte de
Raoul Georges et d'Edmond Bouchaud, en 1911 (numéro cyl-18167)
Chez Odéon
Chantons clair de
Bachmann et d'Edmond Bouchaud, en 1910, numéro X 97565
Elle a perdu son zigomar
de Raoul Georges, en 1910, numéro 0déon X 97585
Chez Pathé(*)
Disez-le de Raoul
Georges et d'Edmond Bouchaud, numéro 5533P
Y en a plus de Raoul
Georges et d'Edmond Bouchaud, numéro 5537P
Bon tout d' même de
Nicolay, numéro 5379P
C'est mon Angelina
de Fernand Heintz, numéro 5388P
J'ai l'allure
de
Dufleuve, numéro 6513P
Le troupier national
de Pierre Codini, numéro 2658P
Parce qu'ils étaient
amoureuxde Charles Jardin, numéro 2745P
Le p'tit bibelot de
Casa et d'Edmond Bouchaud, numéro 2770P
Chantons clair de
Bachmann et d'Edmond Bouchaud, numéro 2714 ou 2898P
Y en a plus
de Raoul Georges et d'Edmond Bouchaud, numéro 2811P
Je la veux
de
Raoul Georges et d'Edmond Bouchaud, numéro 6838P
La famille Kikempois
de Charles Jardin, numéro 2726P
Dancing partout de
Georges Krier, numéro 2768P
La loi d'un an
de
Georges Krier, numéro 5162P
Voulez-vous que j' vous
l' fasse de Dufleuve, numéro 5163P
J' m'en balance de
Pierre Codini et d'Edmond Bouchaud, numéro 6514P
(*)
Sauf les quatre premiers
(qui datent de 1908), les enregistrements de Dufleuve, chez Pathé,
dateraient de 1910 ou de 1921 mais quelques-uns effectuées en 1910
n'auraient pas été mis en marché avant ou auraient été réédités en 1921.
Il en existerait d'autres. -
Martin Pénet cite notamment, dans son «Mémoire de la chanson»
(le volume qui traite du Moyen-âge à 1919, chez Omnibus France-Culture,
2001), «Elle était souriante» enregistré en 1922... - Quoiqu'il en
soit, c'est peu pour se faire une
idée de son tour de chant. Les «petits formats» nous renseignent un peu plus
ne serait-ce que par les caricatures qui s'y trouvent, en première page.
Petits formats :
Dufleuve-parolier :
Si Dufleuve a été un
interprète, c'est surtout du côté de la composition qu'il a fait sa marque.
Ah ! Je l'attends (1900),
créé par Polin, chanté par Paul Lack,
Bach et
Ouvrard fils
Y'a l'feu en ville
(1902),
créé par Polin, chanté par Fréjol et
Bach
Voilà pourquoi ma maîtresse
est partue... Voilà pourquoi ma maîtresse m'a trompue... Voilà pourquoi ma maîtresse est morue...
De cette chanson sont
également ces vers :
Je l'appelais mon arc-en
ciel Parce qu'elle avait des yeux étranges L'un en verre, l'autre naturel
Sa bouche était
hospitalière...
Et cette merveilleuse scie,
citée ci-dessus et créée par Montel, que fut
Elle était souriante (1908)
Mais aussi cette chanson
dramatique, créée par Emma Liébel en 1916 et reprise par
Fréhel
en 1930 : «La
coco...» (1932)
Il est également l'auteur du
livret d'une opérette, Le Roi des ballots, musique d'Eugène Gavel qui fut
créée le 31 octobre 1925. De cette opérette, la seule chose qui aurait
survécu serait une chanson portant le titre de La Béni Louflouf publiée à part, en 1926
Et c'était oublier l'inénarrable Accordéoni créé par
Dranem.
Autres chansons (d'après
un dépliant de l'époque) :
Sécundum
Mettez-y un doigt
Idylle Gurdiflette
Papa et les
Cardinaux
Aubade à Rosalie
Pétronille
Bon tout de même
J'ai du cinéma
La bascule ou il
pèse bien
Boquillonages
politiques
Ç, c'est l'amour
Boquillon est de
planton
Madeleine-marche
L'effarouché
Je n'suis pas d'ici
La température
Y'en a plus
Le pneu de ma roue
Et voilà
C'est la fête
Tirelirelo
Allons les papas
Les petits ballons
Pour le soldat
Soldats en bois
Blanchisseuse et caporal
Enregistrements
Se référer d'abord à deux
enregistrements cités ci-dessus, effectués par d'autres et qui sont déjà sous
notre site :