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2008-03-28

Victorine Demay


Encensée par Mayol (Mémoires), louangée par Lemaître (voir ci-dessous), admirée par Renan et peinte par Degas (deux toiles), ce personnage qui ne fut sans doute pas à la hauteur de Thérésa, ni même de Suzanne Lagier, finit tout de même par devenir une étoile à l'Alcazar, être huit ans des programmes de l'Eldorado et par gagner 5.000 francs par mois au Concert Parisien au plus fort de sa carrière.

Née vers 1845-1850 (elle aurait donc eu environ 26, 27 ans lorsque peinte par Degas), elle débuta - on dit à quinze ans - dans des beuglants, au Quartier Latin avant de passer au Caf'Conc' où elle poursuivit une carrière ascendante jusqu'en 1890 [1] et peut-être même jusqu'en 1900, sous les noms de «Mlle Demay», «Madame Demay» et aussi tout simplement «Demay» tel qu'en fait foi une affiche datant des années 80-81.

On la sait, au tout début, et même pendant plusieurs années de la troupe qui  accompagne Paulus dans ses tournées ou encore des artistes qui font partie des concerts qu'il organise. - C'est ainsi qu'on la retrouve aux Ambassadeurs dans les années 70, au Parisien en 1882, à l'Alcazar d'été en 1886...

«Plantureuse et foisonnante, elle a une trogne hilare, toute en avant, arrondie comme une pomme, une grande bonté dans la bouche, une joie irrésistible dans les yeux, une diction franche et directe, une articulation irréprochable, une voix bien timbrée, sans bavure, singulièrement mordante et coupante qui vous entre dans l'oreille avec la netteté d'une balle à pointe d'acier, - et gaie avec cela ! Les chansons qu'elle nous chante ont du moins, dans leur grossièreté, de la verve et quelque couleur.»                 (Jules Lemaître - Impressions de Théâtre)

Son répertoire en dit long sur son style :

«La valse des pieds de cochon»

Il m'appelait son andouille chérie
Je l'appelais mon cher petit... salé,

[...]
Lui, pendant c'temps, s'offrait d'la nourriture...

«Le piston d'Horace»

Ah ! joue, joue, joue plus fort !
[...]
Je voudrais êtr' la chaise de bois blanc
Où tu t'assieds, - afin de mieux t'entendre.

[...]
Ah ! fais un couac ! Ça s'rait un' preuv' d'amour.

«La femme athlète» (Delormel, Laroche et Louis Byrec)

Moi, j'cass des noisettes
En m'esseyant d'suss !

D'autres titres :

«Les rateurs»
«Plus de corset»
«C'est la couturière»
«Il a z'un oeil»
«Oui maman»
«J'casse des noisettes» (autre titre de «La femme athlète»)
«Des hommes, m'en faut plus»
«Mon mari court la prétendaise
»
«Est-ce un sapeur ?» [2]

Et puis :

«Ces veinards de bidards», «chant d'allégresse» (sic), paroles et musique d'Émile Mathieu, entonné a l'occasion de la Loterie Universelle (de 1889?)

«La sœur de l'emballeur», paroles de J. Reyar, musique d'Auguste Teste

«La E-O-U» de Péricaud, Delormel et Jean-Marc Chautagne (1880), citée par André Chadourne dans «Les Cafés-Concerts» (1889).


Degas, qui ne s'est pas encanaillé comme Lautrec, l'a peinte deux fois, en 1876 ou 1877. La première fois dans une toile intitulée tout simplement «Cabaret» (Galerie Corcoran, Washington) et une deuxième fois aux «Ambassadeurs» (Musée d'Art de Lyon). Dans les deux cas, on la voit s'adresser à son public : cela faisait partie de son tour de chant. Elle ne se gênait pas, en effet, pour lancer des «Ce qui peut faire chaud dans cette baraque !» ou des «Fermez la porte : on gèle». - La Goulue avait de qui tenir !

Cabaret (Degas)

Ambassadeurs (Degas)


On ne connaît aucun enregistrement d'elle et son répertoire n'a pas survécu.


[1] Dans ses Mémoires, au chapitre 1, Paulus parle de ses débuts en 1871 et mentionne qu'elle est décédée (avant donc, 1908)

[2] Sans doute pour faire concurrence à «Rien n'est sacré pour un sapeur» créé en 1864 par Thérésa...

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