Jusqu'à ce que la télévision
remplace le traditionnel piano qu'on retrouvait dans toutes les maisons
bourgeoises du siècle dernier (et de la fin de l'autre avant), lorsque des fiançailles avaient
lieu, si on donnait une petite fête, si un oncle «qui savait chanter»
était de passage, on était sûr d'entendre, sinon plusieurs, au moins une
chanson de Paul Delmet.
Il est né en 1862. Sa jeunesse, il la passe dans
des chorales et des chœurs de chant (celui des Concerts Colonne, entre
autres) et lorsqu'il commence à travailler, il est graveur de notes de
musique dans un atelier d'imprimerie.
Il n'est pas grand ; il porte la barbe ; il est non
pas mince mais fluet ; il a, de surcroît, de petites lunettes et même un œil
de verre.
Tout en lui ne le destine pas à chanter des chansons
d'amour mais il s'obstine (ce que fera, soixante ans après, un certain
Aznavour...) sur des poèmes et des paroles qu'il recueille ici et là (dont
chez
Botrel)
; il écrit de la musique ; il chante également les chansons des autres. «Quand
les lilas refleuriront», par exemple, de son camarade Georges Huyot
dit
George Auriol, secrétaire à partir de 1885 du
Chat Noir.
Il aurait été professeur de chant dans un couvent
qu'on l'aurait fort apprécié mais c'est au Chat Noir de
Rodolphe Salis qu'il décide de faire ses
débuts. - Contre toutes attentes, il a du succès. - Il en aura jusqu'à sa
mort, en 1904.
Sa spécialité : la romance.
Sa voix, paraît-il, était juste, bien timbré et
grave.
Son public était celui des dames, bourgeoises pour la plupart, qui venaient l'entendre, au Bataclan, au Divan Japonais et ailleurs.
Il eut un grand succès et ses chansons, débarrassées
des banalités de l'époque, touchaient les cœurs.
On le chante encore aujourd'hui - moins peut-être
qu'à une certaine époque mais Nougaro l'a endisqué ; Cora Vaucaire aussi, et
puis
Lys Gauty, Mouloudji, Roland Gerbeau,
André Claveau,
Réda Caire,
Patachou, Richard Anthony, Francis Lemarque et surtout celui qu'on a considéré
longtemps comme son successeur :
Jean
Lumière. - Quant à
Tino Rossi, on ne peut le
passer sous silence car c'est lui qui personnifiait Paul Delmet à
l'écran dans Envoi de Fleurs de Jean Stelli (en 1950).
(André Claveau fait une brève apparition en
Paul Delmet dans French Cancan de Renoir en 1955 - il y chante
le refrain des petits pavés...) - Voir à
French Cancan - films.