La petite
histoire a peu retenu de ce compositeur-parolier-interprète qui fut un des premiers «noms» de la
chanson française ; un de ceux qui ont fait qu'on s'est mis non plus à aller tout simplement «au café» mais au
café pour entendre untel ou untel ; plus même à y aller en groupe en faisant bien attention d'arriver avant tout le monde pour être sûr d'avoir sa
place. Telle fut sa popularité.
Joseph Lemaître dit
Darcier, né à Paris en 1819 ou 1820, malgré qu'on puisse retracer son passage
dans les Cafés-Concert d'après 1870, est d'abord connu pour avoir mis en
musique, parfois sur des airs anciens, des dizaines, voir même des
centaines de chansons ; «La fermière»
(paroles d'Hégésipe Moreau), «Le bataillon de la Moselle»
(Charles Gille), «Le vendeur» (idem), «Le beau Nicolas»
(A. Grout), «La
sainte bohème» (Théodore de Banville)... dans les années
cinquante, soixante et même soixante-dix («La tour Saint-Jacques» d'Edouard Hachin) mais c'est surtout pour avoir pour avoir osé
chanter, «Le chant du pain» (ou tout simplement «Le
pain») sur des paroles de Pierre Dupont, en 1848 (!), devant
des officiers du maintien de l'ordre, dans un plus ou moins beuglant du
nom d'«Estaminet lyrique» (passage Jouffroy), qu'il doit sa
renommé.
Les paroles,
aujourd'hui, font rire (enfin... peut-être) mais à l'époque, c'était pas
loin d'être révolutionnaire :
Que nous font les querelles vaines
Des cabinets européens ?
Faudrait-il encore pour ces haines
Armer nos bras cyclopéens ?
...
On n'arrête pas le murmure
Du peuple quand il dit :
J'ai faim !
C'est le cri de la nature :
Il faut du pain !
Elles portèrent
peu puisque six mois plus tard Napoléon III fut triomphalement élu
président et qu'entre Darcier et Napoléon...
Le second eut
le sort que l'on connaît tandis que le premier, contre vents et marées,
continua quand même à écrire et à chanter. En 1863, il est du programme
de l'Eldorado et, pour Thérésa, qui est devenu la vedette de
l'heure, il compose deux chansons : «Le chemin du moulin» et «Quand
nos homm's sont au cabaret» (paroles de Jean-Baptiste Clément). En
1871, après la Commune, on peut l'entendre au Grand Concert Parisien. Il
compose «La canaille» [Paroles
d'Alexis Bouvier] pour Rosa Bordas (voir à
Amiati)...
Et il donne des
cours de chant, de musique...
Ce n'est qu'en
1881 qu'il annonça sa retraite et qu'eut lieu, théâtre de la Gaîté, une
soirée en son honneur.
Deux ans plus
tard, la première vedette du Café-Concert mourrait. Et c'est alors que
vint Paulus,
Paulus qui ne l'oublia pas dans ses
Mémoires (chapitres
2,
6,
10,
12,
23,
24...) et qui allait le surpasser - et de loin - en popularité mais Darcier était déjà passé avant lui...
