La vie de Maurice
Chevalier a fait l'objet de plusieurs biographies, certaines
complaisantes, d'autres moins, la plupart font abstraction de sa liaison
avec Fréhel (au tout
début de sa carrière, alors qu'elle se faisait appeler Pervenche), de la
période où il fut accusé de collaboration ou des derniers mois de sa
vie ; d'autres insistent sur des détails scabreux de son existence. On y
parle abondamment de ses conquêtes féminines, de ses succès à Broadway,
à Hollywood, on cite diverses chansons qui se sont vendues à des millions (?) d'exemplaires. D'aucuns parlent d'avarice, de fixation
maternelle, de tentatives de suicide. - Et comme ce n'était pas assez,
on peut encore aujourd'hui consulter des milliers d'articles de
journaux, des cahiers spéciaux et même visionner les dizaines
d'interviews qu'il a accordés au cours de sa longue carrière.
L'image qu'on nous renvoie est
toujours la même : celui d'un bonhomme charmant, travaillant très fort,
ambitieux mais surtout au large sourire, un sourire devenu depuis
légendaire et qui ne fait que nous rappeler qu'une seule chose : l'homme
a tout fait pour plaire à son public et il a plu.
Nous parlons, bien sûr, de l'artiste
car en le suivant pas à pas, d'une époque à l'autre, on s'aperçoit très
vite qu'il y avait une énorme différence entre l'homme et l'artiste mais
comme, dans le cadre de ce site, c'est ce dernier - et surtout en tant
que chanteur - qui devrait nous intéresser, nous passerons plutôt vite
sur les faits entourant le premier.
Et puisque nous
en sommes là, commençons par un court passage filmé (version française
de La veuve joyeuse de Ernst Lubitsch - 1934) :
Il est né à
Ménilmontant en 1888 et, pour diverses raisons, a dû quitter l'école
très jeune ; il apprend cent métiers, monte avec son frère un numéro de
cirque mais blessé, il doit renoncer à cette carrière, puis, à onze ans,
il commence à chanter, imitant les comiques de l'époque : Dranem, Polin, Montel, Ouvrard...
Il pose pour des cartes postales. Il apprend à danser. Il finit par
percer peu à peu se muant en chanteur fantaisiste, passant de la veste à
carreau à l'habit.
Mistinguett le note et les deux finissent par faire un couple dans lequel le public
se reconnaît. Les deux seront inséparables pendant un temps.
À l'armistice, il remonte sur les
planches et commence une ascension vertigineuse. C'est la grande période
de Chevalier, la période au cours de laquelle il découpe cette
silhouette qui sera sienne jusqu'à la toute fin : smoking, canotier, pas
de côté. Il est moderne, fait parisien moyen mais un parisien moyen qui
a réussi.
En '28, il se rend à Hollywood où,
dans une série de films, il se fait connaître dans le monde entier,
représentant la France, le charme, la Gay Paree... - À son retour, en
1935, il est devenu aussi connu que la Tour Eiffel et tout aussi
incontournable. C'est de cette période que datent ses plus grands succès
: «Prosper», «Ma pomme»... y compris «Y'a
d'la joie» (de Trenet) qui, selon les versions, lui aurait été
imposé ou qu'il aurait choisi pour aider «un plus jeune»... Il
reprend également des demi-succès des années vingt qui se répandent dans
le monde entier, en version anglaise, comme il se doit : «Louise»,
«Valentine»... tout en y mêlant des airs américains.
La deuxième guerre,
l'occupation, son apparente sympathie pour le gouvernement de Vichy lui
valent quelques ennuis en 45 mais en chantant une des grandes chansons
de la libération, «Fleur de Paris», tout finit par être
oublié et le voilà reparti pour un autre vingt ans où il donnera des
tours de chant dans le monde entier, tournera dans d'innombrables films,
écrira ses mémoires, se fera poser avec les grands de ce monde et
deviendra ainsi un monument national.
Trois, quatre, cinq
périodes donc, dont les deux, trois dernières sont les plus connues et
qui font malheureusement oublier les deux premières où son talent a été
le plus en évidence.
Nous reste de lui
plusieurs enregistrements qu'on limite malheureusement dans les albums
qui lui sont couramment dédiés à ses grands succès, c'est-à-dire «Valentine»,
«Mimi», «Louise» et «Thanks Heaven for
Little Girls» particulièrement aux États-Unis. -
Nous reste, forcément, plusieurs prestations filmées, de nombreux films,
sauf que le seul qu'on nous repasse régulièrement est le «Gigi»
de Vincent Minelli, qui date (déjà!) de 1958.
Des photos aussi : des dizaines de centaines de photos : en compagnie de
la Reine Élizabeth, de divers présidents américains, bref : de tous les
grands de ce monde.
Pour ceux qui ne l'ont pas connu, qui
ne connaissent pas le phénomène Chevalier, il devient de plus en plus
difficile d'entrevoir, derrière la légende de ses trente dernières
années - où il semble être un personnage fabriqué sur mesure - celui qui
fut si populaire au cours des années vingt et trente car s'il y a un
Chevalier relativement encore connu, ce n'est que ce dernier Chevalier,
figé dans le temps.
C'est ce que son public a vu en lui à
partir des années cinquante et en parfait «Chevalier», il s'est
plié à cette image, celle qui a fini par donner le «Twist du canotier»...
Sauf que longtemps auparavant, dans
une autre époque, un autre publique l'attendait et, s'il y a eu une
constante, chez Chevalier, elle a toujours été de s'adapter à un son
public : celui des midinettes des années dix, celui des fêtards des
années vingt, celui de ceux qui voulaient tout simplement passer une
bonne soirée des années trente, jusqu'au public de l'Occupation et aux
nostalgiques et curieux des années qui suivirent.
Peu de voix (il disait chanter «du
coeur» et non de la gorge), danseur moins que moyen, comédien
ordinaire, cabotin même, il a fini tout de même par devenir un
personnage mais lequel ?
Retour aux biographies qui nous
rappellent qu'il est décédé en 1972.
Pour ce site, nous
avons retenu le «Momo» d'avant Hollywood, moins «plus parisien
que les parisiens», plus fantaisiste, riant encore un peu de
lui-même, et qui n'était pas encore le charmeur qu'il allait devenir.
Quatre titres :
Un premier dont nous avons déjà parlé en nos pages sur «La chanson
française en cinquante chanson», au numéro 28.
- Paroles d'Alexandre Trébitsch, musique d'Henri
Christiné.
Une réussite, même sur disque.
Oh ! Maurice -
Maurice Chevalier en 1919
Un deuxième nous le présente en
compagnie d'Yvonne Vallée, dans une de ses fantaisies qui
faisaient rire et sourire au cours des années vingt. - De Willemetz,
Pothier, Galacher et Shean :
Dit's moi M'sieur Chevalier - Maurice Chevalier et Yvonne Vallée en 1924
Et puis, respectivement un an et
trois mois auparavant, deux chansons où le futur Chevalier se
pointaient, déjà, moins dans la première que dans la deuxième :
Couplets de "Là-Haut" -
Willemetz et Maurice Yvain