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2008-05-18

Maurice Chevalier - Discographie


La discographie de Chevalier - qui s'étend sur près de soixante ans est d'une énorme complexité. - Il a d'abord enregistré sur plusieurs marques, en France, en Angleterre, aux États-Unis... - en français et en anglais (quelques titres en allemand mais nous n'en n'avons pas retrouvé la trace) - souvent à l'intérieur d'«albums» fabriqués à partir de trames sonores de films (où il interprète un ou deux titres sur la douzaine que contient ses «albums») ; il a de plus enregistré en duo, en trio, et même avec des groupes (i.e. : Les chaussettes noires, en 1962 : Le twist du canotier) et, finalement, il a enregistré des dizaines de fois les mêmes titres sans compter les récitals, les émissions de radio, de télé et les bouts d'actualités filmés où il interprète quelques-uns de ces succès. - Ajoutez à cela les «pots pourris» (à l'américaine) où il enfile trois, quatre chansons de suite (chose qu'il fit beaucoup au cours des années soixante mais qu'il faisait déjà dans les années trente) et vous aurez là une liste d'enregistrements qui s'étire à l'infini... sans compter les repiquages et les disques mis en marché sous des marques de différents pays.

Le plus surprenant dans tout cela, c'est que le répertoire enregistré de Chevalier est resté relativement limité. Surtout après son départ pour Hollywood en 1928. Limité quand on songe à d'autres artistes tout aussi connus (ou même moins connus) qui ont endisqué des centaines, des milliers de titres : moins de cent cinquante titres (peut-être deux cents si on ajoute la production américaine). C'est bien peu pour un chanteur qui a monté sur les planches des milliers de fois.

C'est aux débuts de 1920 (on a avancé 1917, 1918 mais les premiers enregistrements connus, chez Pathé, date effectivement de 1920 [*] même s'ils n'ont été mis en marché qu'au début de l'année suivante. Ce sont :

[*] - Une exception : un «test» à Londres, en mars 1919 - et en anglais : «On the Level, You're a Little Devil»)

  • Et tout c'qu'il faut (Bud de Sylva)
     
  • Oh! Maurice ! (Henri Christiné / Alexandre Trébitsch)
     
  • Elle ne sait pas (M + W: Fred Pearly)
     
  • Dis-moi (Max Kortlander / Lucien Boyer)
     
  • J' n'ose pas (Maurice Yvain)
     
  • Les p'tites femmes de rien du tout (Laurent Halet / Telly)
     
  • Tout en dansant le fox-trot (Maurice Yvain / Cluny, Pauly)
     
  • Si les femmes étaient toutes fidèles (Milton Ager, George W. Meyer / Albert Willemetz, Jacques Charles)
     
  • Pourvu que je vive encore (Sam Mayo / J. Cris, Fred Pearly)
     
  • Pas pour moi (Henri Christiné / Alexandre Trébitsch)
     
  • C'était une fille (Gaston Gabaroche, Fred Pearly / Abadie, Fred Pearly)
     
  • Les jazz bands (Laurent Halet / Telly)
     
  • L'un dans l'autre (Maurice Yvain / Albert Willemetz)
     
  • La femme et l'amour (E.-E. Bagley / J. Boyer)
     
  • J'étais pure...  (Paul Marinier / Henri Christiné)

Les titres en disent assez sur le contenu de ces chansons, presque toutes sous-titrés «chansonnette grivoise» (comme c'était la mode à l'époque). - De ces titres, Oh ! Maurice ! nous est parvenu sans problème : on le retrouve encore aujourd'hui dans de nombreuses compilations. - Dites-moi se retrouve également assez facilement de même que les «Couplets de Là-Haut» (qui datent de 1923).

(Chansophone - Succès et raretés -, dans un album intitulé Maurice Chevalier 1920-1928 (numéro 155), reprend six de ces 15 titres, ce Oh ! Maurice ! et ce Dites-moi de même que J'n'ose pas, C'était une fille, L'un dans l'autre et Et tout c'qu'il faut - De quoi satisfaire les amateurs de ce Chevalier, première époque [sur disques])

En 1921, il enregistre, outre un curieux Œil Assassin (A. Mollex / Gabaroche / Pruvost), deux, trois autres titres à peu près dans la même veine que les précédents (Avec le sourire [Willemetz / Jacques / Yvain], Je n'peux pas vivre sans amour [Pearly / Gabaroche], Je m'donne [Willemetz et Henri Christiné]...) mais c'est cette année-là qu'il crée une chanson qui fera dorénavant partie de son répertoire régulier et qui déjà nous fait entrevoir le Chevalier des années trente et quarante : Dans la vie faut pas s'en faire (Willemetz et Henri Christiné).

Le grand succès (sur disque) n'était pas, après 25 ans de carrière (sic), encore au rendez-vous.

En 1922, 1923 et 1924, Chevalier est à l'opérette : Dédé (un énorme succès, sur scène), suivi immédiatement de Là-Haut où il partage, avec une certaine réticence, la vedette avec Dranem. De cette dernière, musique de Maurice Yvain, paroles d'Albert Willemetz, nous sont restés les couplets de Là-Haut cité ci-dessus, C'est Paris, le Duo des inséparables (avec Dranem), Si vous n'aimez pas ça et Ose Anna ! que EPM/Ades a remis en circulation en 1994 (ADE 765) sous le titre générique «L'opérette française par ses créateurs».

Épuisé (divers problèmes sur lesquels il est inutile d'insister dont l'impossibilité de supporter le succès de Dranem qui chante à ses côtés), il doit se retirer quelque temps. On parle d'alcoolisme, de drogue... et pour faire taire ses critiques, Chevalier remonte sur scène avec une nouvelle partenaire, Yvonne Vallée, avec laquelle il enregistre une jolie saynète intitulée Dites-moi, Monsieur Chevalier - citée en notre fiche biographique. - C'est l'année où il enregistre également Les ananas (une parodie de Yes, We Have No Bananas de Frank Silver and Irving Cohn par Eddy et Pearly), une chanson sur laquelle il est également inutile d'insister.

D'autres titres : C'est pas grand chose, Ça n'est pas la même chose, Ça vient ou ça vient pas, Elle aime, Rugby marche en 1924, C'est merveilleux, C'était moi, J'vous f'rai voir en 1925. - Or c'est précisément en 1925 qu'il chante pour la première fois, à l'Empire, son premier grand succès international, une chanson que j'ai dû chanter dix mille fois, disait-il vers la fin de sa vie : Valentine (du duo Albert Willemetz et Henri Christiné). - Il enchaîne aussitôt avec Chacun son truc, la version française d'un immense succès américain de Donaldson (Yes, Sir, That's My Baby), il crée La leçon de Charleston, Ma régulière puis bascule pour la première fois, en 1928, appelé par New York et Hollywood, dans la chanson américaine avec 'S Wonderful  de nul autre que George Gershwin.

Ce 'S Wonderful sera suivi d'une série de chansons la plupart du temps écrites directement pour lui (dans ses innombrables films américains qu'il tournera au cours des années trente) : It's a Habit of Mine (Robin/Whiting), Wait T'll You See My Chérie (les mêmes), Sweeping the Clouds Away (Coslow), All I Want Is Just One Girl (Robin/Whiting), You Brought A new Kind of Love to Me (Sain/Norman), Walking My Baby Back Home (Turk/Ahlert/Richman) et, naturellement, Mimi de Rodgers and Hart (sans compter diverses adaptations en anglais de Valentine, certaines précédées de monologues), des chansons qui n'ont jamais cessé d'être au catalogue.

Au cours de cette période qui s'étend de 1929 à 1939, il revient cependant plusieurs fois à Paris où il en profite pour refaire l'inverse de ce qu'il a fait avec Valentine : il reprend, en français, Louise de Robin et Whiting et Mimi tout en créant des chansons qui sont restées synonymes de Chevalier : Paris, je t'aime d'amour, Prosper... Il en profite même pour introduire une chanson d'un débutant (ou presque) qui fera beaucoup parler de lui : Y'a d'la joie (d'un dénommé Charles Trenet).- Et la guerre venant, il chante : Ça fait d'excellent Français, Paris sera toujours Paris. - Durant l'Occupation - on lui reprochera bien d'ailleurs - il n'appuie pas directement le régime de Vichy mais il chante Ça sent si bon la France et ne gêne pas pour chanter devant un public allemand.

Opportuniste (pesons bien nos mots), il reprend à son compte, en 1945, une chanson de Bourtayre et Vandair, rendue populaire à la Libération par l'orchestre de Jacques Hélian, Fleur de Paris...

Momo approche alors la soixantaine et, contre toutes attentes, il se lance dans une série de one-man show où, ne créant plus de nouvelles chansons, il continue à attirer les foules partout où il va. - Des petits problèmes de visa en Angleterre ? il va aux États-Unis. Interdit de séjour un bout de temps dans ce pays ? Il fait des tournées au Canada, en Amérique du Sud...

En 1955, dans un film franco-italien (J'avais sept filles de Jean Boyer), il chante C'est l'amour et Demain, j'aurais vingt ans de Fred Freed. En 1957, il crée la chanson-thème de The Happy Road de Gene Kelly puis, en 1958, c'est l'apothéose (aux USA : dans le film à multi-Oscar, Gigi [de Vincente Minelli]), il crée une des chansons pour lesquelles il restera longtemps dans les coeurs émus des Américains et qu'il aura à chanter dans tous ses récitals et ce jusqu'à la fin de sa carrière : Thanks Heaven for Little Girls (Lerner et Loewe).

Dans les années soixante, il est encore en tournée et il continuera jusqu'en 1967-1968 où en prévision de son quatre-vingtième anniversaire, il commence à parler de «tournées d'adieu». Elle le mènera de Montréal (1967), dans vingt-deux villes américaines, en Angleterre, en Scandinavie, en Amérique du Sud, dans soixante villes en Espagne et en Italie, au Lido pour le jour de son 80e anniversaire puis au Théâtre des Champs Élysées pendant plusieurs semaines où un soir, contre toutes attentes, il annonce qu'on venait de le voir pour la dernière fois sur scène.

Et, en 1970, à la demande de Walt Disney, il consentit tout de même à enregistrer sa toute dernière chanson, celle du dessin animée The Aristocats.


Plusieurs titres, donc, mais pas une production hors du commun comme celle de Tino Rossi, de Mayol, de Georgius même, mais qui ne se souvient pas de Valentine (1925), de Prosper (1935) ou de Pour les amants, c'est toujours Dimanche (1946) ?


Coffrets :

Chez Frémeaux (toujours aussi excellents) :

Maurice Chevalier - 1919-1930 - No. FA 162

Maurice Chevalier - 1930- 1949 - No. FA 163

Ces deux disques couvrent l'essentiel du chanteur Chevalier (chanteur par rapport à l'homme de scène).

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