Rien de plus curieux dans la chanson
française que ce couple formé d'un ténor-pianiste toulousain, Antoine Brancato, et d'un
baryton-martin-soprano, Jean Charpine.
On peut comprendre l'effet-surprise - nous y reviendrons à l'instant - en 1926 de Jean Charpine chantant Elle
ou lui dans l'opérette Divin mensonge de Joseph Szulc (paroles d'Alex Madis, Pierre
Veber et Hugues Delorme) mais que les deux s'entendent pour former un duo qui chantera plus de dix ans au Cabaret Le Bosphore, rue Thérèse, près de l'opéra, un duo que le tout-Paris viendra voir et
revoir, et qui, sera encore populaire dans les années quarante et cinquante, voilà qui dépasse une certaine réalité car, voyez-vous, on ne parle pas d'un duo à la
Charles-et-Johnny ou à la
Gilles-et-Julien mais d'un duo où Brancato chante la partition
disons mâle, et l'autre, Charpini, la partition femme.
Paraît qu'il fallait les voir car ils étaient très drôles. -
Devaient l'être parce que dans les années trente, ils touchaient, à l'A.B.C., les mêmes cachets que
Damia, Georgius ou
Jean Lumière (dixit Louis Merlin cité par G. Roig)
Nous n'avons hélas pas eu cette impression en regardant le clip qui suit, enregistré en 1936, d'un chanson dite Le duo des
dindons tirée de l'opérette La Mascotte (livret de Henri Chivot et Alfred Duru, musique d'Edmond Audran :
Par contre, il faut apprécier
ce Elle ou lui cité ci-dessus tiré d'un disque Pathé No. X 2230 où seul chante Charpini :
Rappelons en terminant le critique André
Gaudin :
II faut avoir vu et entendu le troublant Charpini.., androgyne et cocoteux à souhait..ll est joli garçon, un peu
coiffeur... Ses grâces de bonbon fondant sont exquises... Son charme indéfinissable et ses talents de comédien valent mieux que sa réputation assez équivoque de chanteur-phénomène...
(La Scène et l'Écran, Juillet 1932)