Charlus ! - Le «Roi
du phono» mais aussi «Le forçat du gramophone» !
Dans ses mémoires (voir-ci-dessous) Charlus, se plaint à la fin de sa vie de ne plus retrouver, chez les brocanteurs, un seul de ses enregistrements.
Pourtant...
Il faut dire que jusqu'à ce que son
arrière-arrière-arrière-petit-neveu nous fasse part des renseignements qu'il possédait sur lui, il était difficile de retracer des informations précises sur ce chanteur aux immenses talents : à toutes fins utiles,
les seules choses que nos recherches avaient réussi à trouver étaient l'année de sa naissance et, selon les livres consultés, une fausse date de décès.
On pouvait
cependant en lisant divers textes en filigrane et en consultant divers catalogue se rendre compte qu'il avait fait la majeure
partie de sa carrière avant 1914 mais qu'il enregistrait encore en 1920 et qu'il fut un des premiers, également, à enregistrer
des disques électriques en 1930. - Ce qu'on apprenait surtout de lui, c'est qu'il avait été un des premiers artistes à effectuer des enregistrements sur cylindres à partir, déjà, du milieu des
années quatre-vingt-dix. - Et comme à cette glorieuse époque où chaque cylindre était unique, il avait dû en enregistrer jusqu'à peut-être quatre-vingt par jour.
Charlus - qu'on prononce Charlusse - est né Louis Napoléon Defer le 6 septembre 1860 à Aumale, Seine inférieure, et est décédé le 21 février
1951 à Verberie, Oise (à une quinzaine de kilomètres de Compiègne), à l'âge donc de 90 ans et quelques mois, chez une de ses petites nièces. (Ses cendres reposent dans le cimetière de Verberie.)
Charlus vers 1930-35
Charlus à la scène
(en compagnie
d'Arlette Dorgère)
Charlus vers 1950
En ce qui concerne sa carrière, on le retrouve ça et là, en marge d'autres chanteurs dont il a emprunté les répertoires mais surtout sur les étiquettes de ce qui semble être
des dizaines de milliers de disques tout-format qu'on peut de nos jours encore retrouver un peu partout (quand ce n'est pas sur des cylindres sur les boîtiers desquels sont indiqués ou Charlus ou
Répertoire Charlus - car, en plus, il a été copié !)
Il fait partie des programmes du Divan Japonais et de l'Eden-Concert en 1888, En 1895, il est à l'Alcazar d'hiver, chez Duclerc
(ex-Décadents) en 1896, au Casino Saint-Martin en 1897, au Temple de la bonne humeur (salle du Divan japonais) vers 1898 où il est qualifié d'«excentrique», puis entre 1900 et 1914
à l'Empire (ex-Étoile-Palace), en 1907 au Casino Saint-Martin, vers 1912 à Bobino, vers 1913-14 au Casino-Montparnasse où il faisait partie de l'inauguration en 1911, etc., etc.
Des chanteurs comme lui cependant, il semble y en avoir eu, en même temps, des dizaines, voire même des centaines : ils s'appellaient Tinmar, Barrier, Bastian, Vilbert, Dullac, Montal, Sorius,
Sulbac, Bourgès,
Clovis, Brunin, Plébins... Tous n'avaient pas sa versatilité mais si chacun de ceux qu'on pourrait citer semble avoir eu, ne serait-ce qu'une saison, les honneurs d'être une tête d'affiche ou un petit
format dessiné à leur intention, rien de tel, apparemment, en ce qui concerne Charlus.
La première conclusion qui vient à l'esprit est que Charlus n'avait pas de style particulier, qu'il était un chanteur
capable de remplacer n'importe qui en n'importe quel temps. - On n'a, pour en arriver à cette conclusion, qu'à étudier la liste de ses enregistrements : il passe du répertoire-troupier aux
chansons de charme en passant par les idioties de Dranem, les chansons fantaisistes de
Mayol ou de
Fragson tout en étant un sérieux candidat pour remplacer
Adolphe Bérard ou
Aristide Bruant.
Les enregistrements qu'il a fait et dont on peut retrouver, contrairement à ce
qu'il souligne dans ses Mémoires, encore à peu près partout, confirment cette première impression : dans l'un il roule ses «r»
comme le faisait Polin, dans un autre, il a la diction de
Bérard.
- Sa voix est douce, forte, posée, agréable. Au fil des ans, il a su faire les clins d'œil de l'époque et semble avoir toujours su souligner les
effets là où cela était nécessaire mais aussi faire les poses appropriés. Chez lui, pas d'exagérations à la Bérard.
Un imitateur ? - Peut-être. - Un phénomène en tous cas.
En 1901, il aurait été nommé directeur artistique des enregistrements du répertoire caf' conc' chez Pathé et puis, de
1914 à 1925, directeur de la succursale Pathé à Marseille.
Peut-être
pas un phénomène (en cela, Georgius le dépasse), mais, à tout le moins, un grand travailleur et un travailleur qui a laissé sa
trace.
Discographie :
896 enregistrements (recensés à
ce jour) entre 1898 et 1929 uniquement chez Pathé mais il a aussi enregistré chez Zonophone, Odéon, Edison... et d'autres
petites marques (notamment en 1904, 1906, 1908).
On sait qu'il a été surnommé par ses confrères «Le forçat du gramophone» mais aussi «Le roi du phono»,
surnoms qui lui ont été donnés entre 1895 et 1900 au moment où chaque enregistrement était unique. - Il dit en avoir fait jusqu'à 80 par jour ? - Quarante serait plus exact. - Voir à ce
propos, tiré de ses mémoires, un texte intitulé «En marge du 50e anniversaire de Pathé».
En annexe, les amateurs trouveront une liste des enregistrements sur laquelle nous travaillons depuis plusieurs
mois, fort incomplète, de ceux connus de ce Charlus, chez Pathé. - Attention : ça risque d'être très long car cette liste
contient 896 titres dont 44 de chansons d'Aristide
Bruant... Cette liste peut également servir pour dater la date de création de certains titres. - Cliquez
ici
Extraits sonores :
De ce chanteur aux milliers de chansons, trois enregistrements, l'un datant de 1903 qui fit éventuellement partie du
répertoire de Mayol, le deuxième que reprit Paul Lack vers 1910 et un troisième, de 1903 du répertoire de
Fragson.
Note :
Le deuxième enregistrement nous provient d'un sympathique lecteur du Comté de Bellechasse (Québec), Monsieur Raoul Laflamme, collectionneur, dont le site se trouve à l'adresse qui suit :
Cette page a été rendue possible grâce à l'amabilité de Monsieur
Philippe Desnain, arrière-arrière-arrière-petit-neveu de Charlus, à qui nous
sommes redevables pour les photos et la plupart des renseignements qui s'y trouvent.
Merci également à
Monsieur Michel Jutant d'Annoire
(39), pour le renseignement, qui a identifié pour nous Arlette Dorgère sur la photo
ci-dessus..