Une certaine difficulté
à se déplacer fera qu'Élyane Célis, née Éliane Delmas, à Ixelles, en Belgique
(1914), ne fera pas carrière du côté de l'opérette ni de l'opéra.
Son rêve était de
devenir professeur de piano mais sa voix qu'on a décrite de toutes les façons
(«voix de cristal», «rossignol chantant», «un baume pour
l'oreille»...) a eu pour résultat que c'est dans cette direction qu'elle a fait
carrière.
Après avoir chanté dans
des soirées d'amateurs, elle fit ses débuts à «La
noce», place Pigalle, en 1935, un établissement qui, par un concours
de circonstances, changera de nom le lendemain pour celui de «Le Trône».
Elle passe ensuite au «El Garron» où Henri Varna et
Maurice
Chevalier l'engage tout de suite pour leur prochaine revue au Casino de Paris,
«Parade du monde» (où Chevalier, affichant pour la première fois à
Paris son célèbre canotier, n'apparaissait que dans la seconde partie).
Elle a tout juste 21 ans
mais elle défend si admirablement les choses qu'elle a à chanter, «Un soir d'amour près de vous», «Piroulirouli» et
«Où chante le coucou» (paroles
de Varna, Lelièvre Père et Marc Cab, musique de Vincent Scotto) qu'elle
obtient, en 1936, avec l'enregistrement qu'elle fait de ce «Piroulirouli»,
l'un des cinq Grands Prix du disque de la Fondation «Candide». C'est la
consécration.
Ses tours de chant, elle
les donnera généralement assise ou allongée sur un piano. Elle en donnera des
milliers où elle ne cessera de créer succès après succès tout au long des
années trente et pendant l'Occupation si bien qu'une chanson commandée à son
mari, le parolier Marcel Delmas, par nul autre que le général Leclerc (à
la gloire de sa division blindée), «Lorsque demain», lui évitera
peut-être les ennuis qu'elle aurait pu avoir avec le comité d'épuration. - Un
succès, ce «Lorsque demain», oui mais c'est de sa face «B»
que viendra la chanson qui l'identifiera jusqu'à la fin de sa carrière,
carrière qui se poursuivra jusqu'en 1954 avec une ultime représentation en
1955 : «Baisse un peu l'abat-jour» de Bourtayre et Delmas.
Élyane Célis s'est
éteinte en son domicile parisien du 25 boulevard de Clichy le 16 juin 1962
après une longue maladie.
Une apparition au
cinéma : dans «Les rois de la flotte» de René Pujol, en 1938.
On l'a dit et on l'a
répété trop souvent pour qu'une mise au point soit nécessaire :
Éliane Célis a
enregistré «Un jour mon prince viendra» du film «Blanche Neige»
de Walt Disney (Franck Churchill) mais ce n'est pas elle qui doubla la voix de
Blanche Neige dans le film : cet honneur revint à Lucienne Dugard.
Enregistrements
Dans l'ensemble, du
moins ce que l'on a retenu d'elle, le répertoire d'Élyane Célis, même s'il
se veut varié (tangos, rumbas, valses, mélodies sentimentales, françaises,
italiennes, américaines, anglaises...) demeure étonnamment régulier. À
écouter ses nombreux enregistrements, on se surprend à n'entendre presque
toujours qu'une version de la chanson précédente, ce qui n'est évidemment
pas le cas car Éliane Célis a énormément de métier et elle sait où «placer
ses effets» sauf que cette voix trop haut perché (?) fait qu'on ne finit qu'à
n'entendre qu'elle au dépens de la mélodie ou des paroles (excellente
diction, soit dit en passant). À déconseiller : l'écoute de plus de quatre
de ses chansons, l'une après l'autre.
On ne peut rien dire
contre cette voix unique mais, comme dit Boris Vian, en parlant de Luis Mariano, («En avant la zizique») :
«Avec une voix comme la sienne, on
est condamné à chanter que des conneries.»
Ce qui suit n'est
quand même pas une connerie. C'est du
Reynaldo
Hahn, sur des vers de Théodore de Banville enregistré le 12 février 1936 :
L'énamourée
- Orchestre M. Cariven - Un disque
Gramophone K 7711
Son plus grand succès,
«Baisse un peu l'abat-jour» (Marcel Delmas/Henri Bourtayre), est
disponible dans de nombreux CD traitant de son époque.