Pour être parfaitement honnête, cette page aurait dû
s'intituler "Pauline Carton et René Koval" car elle est là pour
particulièrement faire entendre une chanson créée par René Koval, le célèbre
chanteur d'opérette, et Pauline Carton, mieux connue pour ses talents de
comédiennes que ceux de chanteuse. Mais voilà, elle est aujourd'hui
identifiée à la comédienne et à la comédienne qui a survécu presque quarante
ans à la chanson de celui pour qui elle avait été écrite.
Cette chanson fut sous toutes les lèvres dans les années
trente. Après l'enregistrement qu'en eut fait Koval et Carton, Ray Ventura
s'y attaqua, puis Adrien Lamy et Annette Doria, Max Rogé et Juliette
Meyrande.. Marie Laforêt la reprit en 1974, Caroline Clerc et Christian
Borel en 1977... (Martin Pénet)
Elle date de 1934 et a, pour auteur, Henri Duvernois qui l'aurait rédigée en collaboration avec Champfleury, Bertal Maubon et
Albert Willemetz pour les paroles puis mise en musique par un alors presque
inconnu compositeur cubain, Moyses Simons, auteur d'aujourd'hui
un grand classique, "El Manisero" ("The Peanut Vendor") [1],
pour une opérette aujourd'hui presque oubliée, "Toi c'est moi".
Sous le prétexte de rendre plus sérieux son neveu, Bob, (Jacques
Pills), Honorine (Pauline
Carton) l'envoie travailler dans une plantation dans les Antilles,
plantation sous la direction de Pedro Hernandez (René Koval).
Sachant le sort qui lui est réservé, Bob amène avec lui son ami de
toujours, Pat (Georges
Tabet) avec qui il change de nom (d'où ce «Toi, c'est
moi») de même qu'une petite amie, Loulou (Ginette Leclerc), ce
qui ne l'empêche pas de flirter avec Maricousa, la fille de Pedro (Simone Simon) de même que Vivianne, la fille d'un résident local (Lyne
Clevers) mais
la tante mise au courant...
De cette opérette, un duo entre la tante et le directeur de
la plantation intitulé «Sous les palétuviers». - Aucun rapport
avec l'intrigue (oh si peu...) mais ce duo est savoureux :
«Aimons-nous sous les palé
Prends-moi sous les létu
Aimons-nous
sous l'évier...»
La voici, par leurs créateurs, enregistrée en 1934, un disque
Ultraphone, 78t, AP1336 :
Sous les palétuviers - Pauline Carton et René Koval - 1934 (2m26s)
Pauline Carton (vers 1925)
C'est dans plus de 200 films qu'on la retrouve encore
aujourd'hui dans les cinémathèques ou à la télévision, d'abord dans presque
tous les films de Guitry et puis dans d'innombrables productions qui vont du
début des années vingt jusqu'aux années soixante-dix où, toujours sans
occuper des rôles de premier plan, elle «sauve de l'oubli par ses
apparitions souvent fulgurantes quelques uns des plus obscurs nanars du
cinéma» (Dominique Rabourdin).
Elle n'a pas chanté beaucoup. Enfin pas beaucoup
endisqué. - Outre le «Sous les palétuviers» cité
ci-dessus, on connaît d'elle un très amusant «Par le trou [de la
serrure]» tiré de l'opérette «Pas sur la bouche»
également cité ci-dessus que EPM/Ades ont joint à leur coffret «Quand
les comédiens chantaient» (1993).
Pauline Carton est née Pauline Biarez à Biarritz le 4 juillet
1884 et est décédée à Paris le 17 juin 1974)
Pauline Carton
Souvenirs de Georges Debot
Jean Dullis Éditeur, 1975
René Koval
(vers 1927)
De son vrai nom, René Renouard Larivière (et non Kovalsky
! comme nous venons de le lire...), René Koval est né à Paris le 16 mai
1885. Il débute vers 1910 dans divers cafés et concerts puis dans des
revues à partir de 1918. - Il se fait remarquer (un tout petit rôle)
dans «Ciboulette» de Reynaldo Hahn (en 1923) mais devient vraiment connu qu'à partir de 1925 après avoir
décroché le rôle d'Éric Thomson dans l'opérette d'André
Barde et Maurice Yvain, «Pas sur la bouche». De
1926, jusqu'à sa mort, le 17 août 1936, il fait partie des distributions
de :
Passionnément ! en 1926
J'aime ! la même année
Mercenary Mary en 1927
Une nuit au Louvre etDéshabillez-vous ! en 1928
Flossieen 1929
Arsène Lupin, banquier [*] et Les Aventures du Roi
Pausole en 1930
Disparu en 1936, après n'avoir enregistré que quelques
disques et tourné que dans quelques films, on ne retrouve guère de lui,
dans les repiquages actuels, qu'une ou deux chansons dont "Pas sur la
bouche" tiré de l'opérette du même nom [**] ou encore de "Toi et moi" une chanson qui s'intitule "C'est
dégoûtant mais nécessaire" [***].
[*] Avec Jean Gabin (Gabin
fils) dans le rôle de Gontran et Gabin (père) dans celui d'un général et d'un rentier !
[**] Anthologie de la Chanson française enregistré 1920-1930 -
Coffret EPM1989702-a et B
[***] Music-Hall des années 30 - Édition Vogue no. 670018 (dans
lequel on retrouve également le «Sous les palétuviers».
Un quatrième titre également, avec Arletty : «Ton amour est un tobaggan» sous diverses marques (mais sous le
nom d'Arletty)