Une carrière exceptionnelle. Une vie exceptionnelle. De
quoi écrire plusieurs romans.
À sa naissance, d'abord, en 1909. Elle est la fille
illégitime de Franz Beidler, le gendre de Wagner, et d'une cantatrice alors
célèbre, Emmy Burg. Elle s'appellera Zimmerman, du nom de jeune fille de sa
mère.
Cours de piano. Cours de chant. Cours de
violon. Cours de danse. Elle finit par tout savoir faire : chanter, danser,
jouer la comédie, ce qui, invariablement la mène au cabaret du temps de
l'âge d'or des cabarets berlinois. Car Eva Zimmerman est allemande : elle
est né à Berlin. Et c'est à Berlin qu'elle rencontre son premier mari, le
comédien Ernst Busch dont elle adoptera non seulement le nom mais les idées.
Or Ernst Busch est un communiste notoire...
Lors
de la prise du pouvoir par les Nazis, les époux doivent s'enfuir. Ils iront
en Hollande, puis en Belgique, en Suisse, puis à Paris, à Londres, à New
York avant de rentrer en France, en 1937, pour apprendre qu'ils ne sont plus
citoyens allemands. Ainsi en a décidé le régime hitlérien. D'un commun
accord, ils décident de se séparer. Lui ira combattre du côté des
antifranquistes en Espagne, elle continuera à chanter. Et elle chante : à la
radio, dans les grandes salles parisiennes, en tournée... jusqu'à son
arrestation en 1941.
Elle passera trois ans chez
les «politiques» à Ravensbrück pendant que Goebbels, qui adore ses
chansons, les fait tourner à la radio sous un autre nom.
Libérée, elle retournera à Paris et reprendra sa carrière mais cette
fois-là, non seulement en France mais partout en Europe et surtout en
Allemagne où elle deviendra une légende vivante, un monument. Et cela
pendant plus de trente ans.
En 1980, encore,
âgée de 71 ans, elle participe à une série d'émissions sur la chanson, à
Berlin.
On la disait encore «active» au début des années
quatre-vingt, rédigeant ses mémoires.
Eva Busch, vingt-et-un an après son premier mari. décèdera à
Munich, le 10 (ou serait-ce le 21, comme l'indique d'autres sources ?)
juillet 2001.
Enregistrements
Les enregistrements qu'elle a faits au cours
de sa longue carrière (dont deux avec Bing Crosby, aux États-Unis
et plus de quatre cents sous de différentes marques allemandes) sont,
aujourd'hui, introuvables. De temps en temps, une petite marque
[allemande] en publie quelques uns sous le titre de «Best of». Le
reste, sauf un album paru en France, chez Chansophone («Succès et
raretés», numéro 147), en 1994 - aujourd'hui épuisé - se retrouve dans
diverses compilations :
50 ans de chansons françaises - EPM 1977362
(1999) :
Bel ami (1940) (Poterat, Beckmann et Mackeben)
Les Cinglés du Music-Hall (Averty) 1941 -
Frémeaux CMH 41 (1993) :
Le clocher de mon coeur (1940) (Vandair et Hess)
La chanson sous l'Occupation - Disky FDC 855812
(1999) :
Le clocher de mon coeur (même que ci-dessus)
The Romance of Paris - Étiquette Flapper
(Marque anglaise - numéro. et date inconnus) : Il ne faut pas briser un rêve (1940) (Jal)
...
Nous n'en possédons aucun (en versions originales).
Aussi, contenterons-nous donc de citer deux passages de ce que nous
croyons être ses plus beaux titres :
Sérénade sans espoir de Horner, Halifax et Weersma,
enregistré
en juin 1939 avec l'Orchestre Wal-berg - Étiquette Columbia DF 2649
(qu'il
faudrait bien, un jour, mettre à côté de la version kitsch de Rina Ketty)
Je vous attendaisde Potérat, Gasse et Coste
enregistré en oct. 1940 - Orchestre de Jacques Metehen - Columbia DF
2876
(Ces deux
extraits sont issus du CD de chez Chansophone cité ci-dessus)