Certains lui ont préféré Lucienne Delyle,
d'autres Damia.
En arrière-plan ou plutôt à côté, il y eu aussi Florelle, Élyane Célis, Lys Gauty, Suzy Solidor, Léo Marjane,
Marie-José et d'autres encore, y compris la grande Fréhel,
mais aucune de ses chanteuses n'a pu se flatter d'avoir atteint la
renommée de Lucienne Boyer dont l'Un amour comme le nôtre redevint, dans les années soixante-dix, au top du hit parade,
quarante ans après sa création.
Son
succès aux États-Unis fut aussi grand que celui qu'elle obtint en
France.
Elle est née Émilienne-Henriette Boyer, en 1901 (on
avance aussi l'année 1903), à Paris, près de Montparnasse, fille
d'un plombier et d'une modiste. Lorsque son père fut tué au tout
début de la Première Grande Guerre, elle adopta le métier de sa mère
mais son allure, sa beauté eurent tôt fait d'attirer sur elle les
peintres, dont Foujita, pour qui elle devint modèle. Vers 1916-1917,
après un court essai au théâtre, elle fait ses débuts dans la
chanson à Concordia, passe Chez Fisher, à l'Eldorado puis au Concert
Mayol où elle est remarquée par Lee Schubert, producteur à Broadway,
qui l'engage pour une tournée de sept mois. La tournée en durera
neuf.
De retour à Paris (en 1928), elle ouvre un cabaret, Les Borgias, et enregistre ses premiers disques dont Tu me
demande si je t'aime.
Le succès,
l'immense succès vient avec Parlez-moi d'amour, en
1930, écrit pour elle par Jean Lenoir qui avait écrit auparavant Pars pour Yvonne George.
- On créera, cette année-là, pour elle et pour lui, le Grand Prix du
disque.
D'autres titres suivront : Un amour comme le nôtre, Sans toi, Si
petite, Les prénoms effacés, Je t'aime, Mon p'tit kaki, Mon cœur est un violon...
De 1930 à 1939, Lucienne Boyer chante dans toutes les
salles. En 1934, elle est de retour à New York, au célèbre Rainbow
Room et au Little Theater de la 44e rue. Elle donne son tour de
chant à Washington, en Amérique du Sud, revient à Paris, repart vers
l'Amérique (avec son second mari, Jacques Pills),
revient en France après la guerre, rouvre un nouveau cabaret...
Elle continuera comme ça jusqu'au tout début des années soixante.
Peu à peu elle se retire mais elle montera sur scène une dernière
fois en compagnie de sa fille, Jacqueline, à l'Olympia, en 1976 où,
on lui réclame encore, Parlez-moi d'amour et Mon cœur est
un violon...
Elle s'éteint à Paris, le six décembre 1983.
Voilà pour l'anecdote. - Reste la chanteuse qu'on ne
peut se représenter qu'en fermant les yeux, écoutant les nombreux
enregistrements qu'elle nous a laissés.
Ce n'est ni Damia,
ni Fréhel.
Elle n'a pas l'impact immédiat d'une Piaf,
ni ce côté que les Américains appellent femme fatale que
représentent pour eux Lys Gauty ou Lucienne Delyle.
- Ce n'est pas une vamp non plus et on la sent loin de soi mais tout
près en même temps.- Elle a du charme mais un charme unique que les
Américains qui l'ont tant aimée appelaient, encore une fois, un
charme typiquement parisien mais elle a plus encore : une certaine
féminité qu'on pourrait presque qualifier de fragile.
Mais trêve de paroles, écoutons-là plutôt :
Trois enregistrements, d'abord, auxquels on ne
saurait passer outre :
Parlez-moi d'amour (Jean Lenoir) 1930
Un amour comme le nôtre (Borel-Clerc - V. Telly) 1934