L'histoire de ce commis-voyageur
(spécialité : vernis), natif de Léognan, Gironde (1876), devenu garçon de
bureau puis journaliste et enfin chansonnier mériterait à elle seule deux
sites.
Suffit d'en rappeler quelques hauts faits :
Ayant abandonné sa province et sa famille, il monte à
Paris où, en 1896, il commence à être un régulier du cabaret des Quat'-z-Arts
(voir à :
Fragson et à
Rodolphe Salis). Un soir, le patron, Trombert
lui demande de chanter quelque chose, bref : n'importe quoi car ce
soir-là, certains interprètes ne se sont pas pointés. Sans hésiter, rapporte Michel Herbert (La
chanson à Montmartre, La table ronde, 1967),
il monte sur scène et entame une chanson de sa composition intitulée Le
jeune homme qui a un nid de serpents dans le ventre pour avoir trop bu de l'eau
d'une marre (sic) :
Mais le pauvr' jeune homme
Disait quelquefois :
«C'est très drôle comme
J'ai la gueul' de boa !»
La voix était agréable et puissante mais ce n'était pas
avec des chansons comme celle-là qu'on allait faire fortune. Un petit succès
vint vers 1900 avec Pigeon vole (musique d'Archainbaud, avec
lequel il allait composer, treize ans plus tard, En avant les pt'its gars
- pour
Fragson) mais rien de spectaculaire. Puis vint sa rencontre avec Gaston
Calmette, le directeur du Figaro. - Il propose à celui-ci de faire le tour du
monde, sans un sou, à condition d'être soutenu par quelques articles de presse.
Calmette accepte et voilà Lucien Boyer qui s'embarque dans une tournée (on est
en 1902) qui durera presque trois ans.
Comme compagnon de voyage, il prend
Numa Blès,
né Charles Bessat (1871-1917), qui mourut fou d'avoir trop bu d'absinthe, et
les deux partent vers la Belgique, la Hollande, l'Angleterre, le Canada (où ils
seront arrêtés pour avoir chanté un dimanche et mis en prison pour avoir dit le
mot de Cambronne devant le juge).
À leur sortie, des centaines d'étudiants les attendent
et les revoilà repartis pour la gloire. Ils se rendent aux États-Unis, puis aux
îles Hawaï, à Saïgon, Calcutta, Téhéran, Le Caire, Athènes, Rome....
Sur leur chemin du retour, ils composent cette fameuse
Lettre à Nini qui deviendra un des grands succès d'Esther
Lekain
Lucien Boyer, que sa tournée mondiale semble avoir
assagi, revient aux Quat'-z-Arts, puis se lance dans la composition. Il écrit
d'abord pour
Mistinguett et les commandes arrivent : de
Mayol,
de
Fragson, de
Chevalier.
Marjal,
Polaire,
Dalbret le chantent.
Parallèlement à tout cela, il demeure une des
personnalités les plus en vue de la butte, ayant été un des fondateurs de la
République de Montmartre et pour laquelle il écrivit (musique de
Borel-Clerc)
l'hymne officiel :
Mont' là-dessus !
Mont' là-dessus !
Mont' là-dessus
Et tu verras Montmartre....
(Pour lire les paroles et entendre la version originelle
de cet hymne, cliquez
ICI.)
Joyeux luron, joueur, paillard, ivrogne, il mourut en
1942 non sans avoir dilapidé plusieurs fortunes acquises grâce à d'innombrables
chansons et revues qu'il écrivit, un peu comme s'il
avait griffonné des notes sur des nappes en papier, tout au long de sa vie .
Son fils, Jean Boyer est connu pour diverses chansons
interprétées par
Georges
Milton (Totor 'tas tort - musique de
Mercier) et
Maurice Chevalier (Mimille, Ça fait d'excellent
Français, Ça s'est passé un dimanche - musique de
Van Parys).
Au crédit de Lucien Boyer :
Et comme si tout cela ne suffisait pas, il composa,
entre autres, les paroles de très grands succès de
Mistinguett:
Ça,
c'est Paris, Valencia, etc.
Enregistrements
Il en fait quelques uns dont le «Tu
verras Montmartre» cité ci-dessus au verso duquel on retrouvera «Si D'Annunzio avait voulu».
Dams son Anthologie de la Chanson
Française, EPM a glissé son «Vive l'Express de Normandie» (Lutetia
F3162, enregistré en 1911).
Nous avons retracé, dans nos bases de
données, un «Si D'Annunzio avait voulu» enregistré en 1922
chez Pathé (0383P) mais pas le disque.
Et Monsieur Florian Royer, collectionneur, de
Quintes-Hautes (Foissiat), nous informe avoir en sa possession un 78t de marque Aspir (no. 6451-6453) sur lequel on retrouve «Les leçons de piano» et «Le coup de Phryné»
par : Lucien Boyer de la Lune Rousse (sic), avec accompagnement
d'orchestre. En voici une copie des étiquettes :

Bref : le Monsieur, même s'il avait une
voix plus que passable, ne semble pas avoir voulu faire carrière en tant
que chanteur ni en quoi que ce soit, d'ailleurs, mais sans lui, la chanson française ne serait pas ce qu'elle a été, ni ce qu'elle est devenue.
