Interprète née en 1858 qui, de 1872
(Alcazar d'hiver) jusqu'au milieu des années dix (La Scala) en passant par
le Parisiana et la plupart des grandes salles, fit rire tout Paris par sa
seule présence sur scène.
On l'appelait «la colossale chanteuse» sauf
que, d'une colosse, elle n'avait, plutôt petite, que le tour de taille. Un
mètre soixante, disait-on, mais un mètre soixante dans toutes les
directions.
Elle n'avait pas besoin de chanter
ni de jouer la comédie : il lui suffisait de paraître pour déclencher
l'hilarité mais elle savait aussi chanter et ses interprétations ne
laissaient personne indifférent.
Parmi ses compères des dernières
années, le non moins talentueux Claudius avec qui elle joua dans diverses
pièces de P.-L. Flers, Lafargue, Quinel
et Moreau, de Grosse, Nanteuil, etc.
Dans ses Mémoires,
Paulus (chapitre
21), rapporte ses paroles comme suit :
«Pas plus haute qu'une botte de garde municipal, je connaissais tous les
refrains de la rue et du concert et je les roucoulais du matin au soir à la
maison où j'épatais les parents et amis. Comme j'étais timide, je me
blottissais sous la table pour chanter ; c'était là une scène et je m'y tenais
debout. C'est dire si j'étais petite, hein !… Quoi ? vous avez l'air de penser
que je n'ai guère changé ?… Si, monsieur !… Seulement comme je n'aime pas fait
comme tout le monde, j'ai grandi… en largeur. Non, je ne fais pas comme les
autres, mais j'adore les imiter parfois. Étant toute gamine, dans un petit
théâtre, j'ai imité Thérésa, dans la Chatte Blanche.
(On pouvait déjà deviner que plus tard je pourrais singer Sarah Bernhardt,
Coquelin,
Yvette Guilbert, et vingt autres, de la façon qu'on sait).
«Un jour, Déjazet, la grande Déjazet, ayant entendu parler de moi, voulut voir
le petit prodige et m'engager dans son théâtre, un matin pour jouer un petit
rôle le soir même. Ah ! il ne me fallait pas beaucoup de temps pour apprendre
! Je savais tout par intuition, sans avoir jamais rien appris.
«Déjazet, enchantée de sa petite pensionnaire, me prend sur ses genoux et me
dit de lui chanter quelques chose. Je m'exécute et je lui sers une imitation
de… Déjazet, dans Monsieur Garat. Non ! ce qu'elle m'a félicitée, embrassée,
cajolée, tout en riant et me faisant bisser et trisser ! Comme remerciement,
elle m'a donné son portrait avec cette belle dédicace : "Tous mes vœux pour
votre avenir", prédisant mes succès futurs. Vous pensez si je garde
précieusement un souvenir comme celui-là !
«Depuis ce temps-là, j'ai fait du chemin, cherchant toujours à innover, à
créer des types. Avant que les femmes aient songé à s'émanciper, j'ai chanté
les femmes-avocates, les femmes-cochères, les femmes-soldats, je suis la
précurseuse du féminisme, moi !… je le dis sans modestie… et puis, zut ! pour
la modestie !… c'est presque toujours de l'hypocrisie et je ne tiens pas cet
article-là»
Pas d'enregistrement connu.
Jeanne Bloch mourut en 1916.
