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2008-03-28

Adolphe Bérard


                           
 

Lorsqu'on s'intéresse tant soit peu à la chanson française du Temps des cerises aux Feuilles mortes, on finit invariablement par tomber sur cet étonnant interprète.

Petit, inélégant, boiteux presque, affecté de surcroît d'un léger strabisme, Bérard, contre toute attente, ne connut que du succès, du presque tout début de sa carrière jusqu'à sa toute fin, quarante ans plus tard. - Et il fut non seulement populaire mais adulé ; au point où il lui arrivait, certains soirs, de voir son cabriolet dételé par ses admirateurs qui insistaient pour le ramener à force de bras, de l'Eldorado (où il fut un pilier pendant plus de vingt ans), au Faubourg Saint-Martin où était sa résidence.

Il fut, de fait, au cours d'une exceptionnelle carrière, une incontestable vedette de la chanson populaire, un de ces incontournables de : la Belle Époque, de la Grande Guerre, de l'après-guerre, des années vingt...

On sait peu de choses sur lui : qu'il est né à Carpentras, en 1870 ; qu'il aurait voulu être chanteur d'opéra ; qu'il a fait ses débuts à Marseille vers 1888 ; qu'il est monté à Paris en 1895 ; qu'il était à l'Eldorado dès 1899 ; qu'il a chanté dans toutes les salles de la capitale (à partir de 1903-1904) ; qu'il a fait, pendant des années, de nombreuses tournées - toutes triomphales - en province et en Europe ; qu'il a pris sa retraite au début des années trente, suite au décès de sa femme, la chanteuse Charlotte Gaudet et qu'il est mort, seul, entouré d'oiseaux, à Paris, en 1946.

Le reste nous est connu que par ses enregistrements.


Adolphe Bérard
(collection Robert Thérien)


Le discographe et restaurateur de disques et de cylindres Christian Zwarg (site pas toujours ouvert) en a recensé plus de 400, entre 1906 et 1931.

Liste de ces enregistrements (attention : fichier assez long à télécharger) 

Ces enregistrements se divisent généralement en deux groupes : chansons dramatiques, d'une part, et chansons patriotiques, d'autre part. Quelques titres, également, inclassables : des chansons sur les beautés de la nature, sur les méfaits de l'alcool, sur la haine et autres grands thèmes du chanteur à voix car, essentiellement, le répertoire de Bérard est fait pour mettre en évidence la voix puissante et unique dont il était doué.

Dans ses chansons dramatiques, il est presque toujours question d'amour mais invariablement d'amours malheureux : l'homme a été trompé par sa belle, abandonné, trahi, rejeté ou doit, comme c'est le cas dans Le carillonneur, faire sonner les cloches au mariage de celle qu'il aime.

Cela débouche parfois sur de grandes catastrophes : le gardien d'un phare a abandonné son poste pour aller voir sa bien aimée ; s'ensuit un naufrage (L'océan). Ou encore un train déraille parce que deux hommes aiment la même femme (Le train fatal). - La folie guette celui qui chante : il boit, il se drogue, songe au suicide...

Son répertoire patriotique est différent : il est là pour l'honneur de la France et s'il n'est pas soldat, il sait quel est leur devoir : Chargez !, Verdun on ne passe pas !, L'étendard étoilé, Qui a gagné la guerre ? - Ces chansons reprennent tous les poncifs de l'époque. - On aurait tort cependant de penser que Bérard a profité de la guerre pour les faire entendre : à son répertoire, déjà, bien avant '14, il avait mis presque au complet celui d'Amiati et déjà entrepris une carrière dans ce sens avec  Le rêve passe (1906), un de ses grands succès que Georges Thill n'hésitera pas à mettre à son répertoire en 1931 et que même Tino Rossi enregistrera en 1968.- Un classique du genre.

Pour des citations (assez cocasses) relatives à son répertoire, cliquez ici 

 


Il faut se rappeler que Bérard a surtout une voix, une voix particulière, une voix faite pour émouvoir : elle est puissante (on l'entend jusque dans le poulailler) ; elle est colorée et possède un registre très étendu ; elle eut sans doute pu faire carrière à l'opéra ou, à tout le moins au Théâtre Lyrique, n'eut été son physique mais c'eût été une perte pour la chanson populaire. - Cette voix était en outre accompagnée d'une diction sinon parfaite, proche de la perfection. - Or, à l'époque, des dizaines de chanteurs pouvaient prétendre aux mêmes qualités - notamment Dona - d'où, considérant son aspect extérieur, ce côté presque inexplicable de son immense succès.

Mais trêve de paroles, passons à l'écoute :

Extraits sonores :

De Bérard, nous proposons cinq titres.

Son titre fétiche d'abord : Le rêve passe, un morceau de bravoure qui prédit (en 1909 - la chanson, elle, date de 1906) ses grandes envolées lyriques des années 14-18.

Une romance ensuite, créée à l'origine par Henri Dickson, J'ai tant pleuré pour toi, qui donnera une idée d'un certain Bérard sentimental.

Suivent deux de ces mélodrames épiques dont il fut le grand spécialiste. Le premier, L'océan, est passé à l'histoire. Le deuxième, Le train fatal, par tout autre chanteur, serait vite tombé dans l'oubli. Quarante ans plus tard, les Quatre Barbus l'ajoutaient à leur répertoire. - On parle même d'une version inédite par les Frères Jacques... - La chanson catastrophe par excellence que Georgius n'hésita pas à parodier pour en tirer un chef-d'œuvre d'humour sur un air de... samba (sic) : Roule... roule,  «drame de la voie ferrée». - Un classique.

Finalement, un morceau dans la plus grande lignée des chansons de l'amoureux dépités de Bérard : J'ai vendu mon âme [au diable].

(Les liens en gras et en bleu renvoient aux pages où se trouvent et les paroles, et les enregistrements - Les dates sont celles de la création non des enregistrements)

Voir la discographie ci-jointe pour les détails.

Le Rêve passe (Armand Foucher, Charles Helmer et G. Krier - 1906)

J'ai tant pleuré pour toi (Georges Millandy et Joseph Rico - 1907)

L'océan (Bertal, Louis Maubon et Émile Spencer - 1911)

Le train fatal (Charles Louis Pothier et Charles Borel-Clerc - 1918)

J’ai vendu mon âme (R. Desmoulins - Dommel et Valfy - 1922)

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