Charles-Joseph Pasquier,
dit Bach, né le 9 novembre 1882 à Fontanil-Cornillon dans l'Isère,
près de Grenoble, a déjà plusieurs années de métier quand, vers la fin
de 1913, un certain Louis Bousquet décide d'écrire des paroles sur une
marche déjà connue (musique de Camille Robert) intitulée Quand Madelon.
- Bach s'y intéresse et comme elle correspond à son personnage de
tourlourou, il décide de la créer à l'Eldorado au début de 1914. - Elle
remporte un succès mitigé. - Polin, le premier comique troupier de l'époque,
l'essaie à son tour, au Palais de Cristal de Marseille. - Même
réception. On la remet dans les tiroirs. - Puis c'est la Guerre.
Bach ayant obtenu, en 1916, un engagement et
l'autorisation d'aller chanter sur le front, la remet à son répertoire.
Les poilus l'adoptent immédiatement et, en quelques mois, on la chante
sur tous les fronts. - Polin la reprend à son tour, puis Moraize, Marcelly, Lucien Moratore... - Peu de temps après elle est
traduite en anglais par J.-B. Basset et un certain Yvonnek l'interprète
dans les camps américains où elle finit par remplacer leur célèbre «Over
there». Les Anglais eux-mêmes s'y font prendre et on finit par
l'entendre, dans leurs camps, presque aussi souvent que leur «It's
a Long Way to Tipperary».
Elle durera jusqu'à la fin de la Guerre, puis, après, Bérard, celui-là même qui n'avait cessé de chanter
«Le rêve passe» et d'autres chansons du même genre durant toutes les
hostilités décide qu'il serait peut-être temps qu'il la mette à son
répertoire : il en fait un enregistrement en 1923. Suivront son exemple
plusieurs autres interprètes et pas les moindres : Georges Thill, en 1939, Line Renaud en
1955, Luc Barney en 1960, Paul Barré en 1964... (Martin
Pénet - Mémoire de la chanson - Omnibus - France-Culture - 2001)
Chanson de Bach ou chanson de Polin, Quand Madelon finira par devenir une chanson de légende.
Or, si la carrière de Bach semble ainsi avoir débuté avec
cetteMadelon, il n'en est rien car cela faisait déjà 15
ans en 1914, qu'il pratiquait son métier de chanteur-comédien, ses
débuts datant de 1899, sur la scène des «Variétés», à Montluçon.
Petit, le corps enfoncé dans un uniforme trop grand (car
il fut un temps un des grands comiques troupiers), la barbe rare, avec
une voix mince, aigrelette même, Bach, comme tant d'autres, aurait pu
passer inaperçu mais voilà : son rire est communicatif et son jeu, même
sur disques, est d'une grande finesse. - De plus, il a ce don unique des
grands comiques : celui de paraître moins intelligent que le moins
intelligent de ses auditeurs.
On le sait au Casino de Grenoble en 1901, à Nice,
Aix-les-Bains, Rouen, Lyon, en 1902, à Nîmes, Montpellier, Avignon, en
1903, au Chanteclair entre 1909 et 1911 (il a alors 27, 28 ans), au
Libre-Échange, en 1911 et puis à l'Eldorado à partir de 1913. - Il y
chante alors les chansons du soldat malgré lui : Avec Bidasse, la Caissière du Grand Café et ces autres succès que, ou lui,
ou Polin créèrent de mois en mois, d'années en
années.
Après la guerre il se tourne vers la revue. Il est aux
Folies-Bergère, entre 1919 et 1924 (où il en mène pas moins de sept), à
la Gaîté-Rochechouart en 1927, au Casino de Paris en 1929, avec Harry Pilcer et Marie Dubas (dans la revue Paris qui charme), à l'Éden-Concert entre 1929 et 1933 mais plus en
comédien-chanteur que chanteur
Depuis 1926 ou 1927, il fait en
effet équipe avec HenryLaverne et les deux montent des
sketches - qu'ils jouent devant un rideau ou avec un décor minime. - Les
titres en disent longs sur leur contenu : À la poste, Au bureau des naissances, Au cinéma ; Chez l'apothicaire, [Chez] l'avocat, le boucher, le chapelier, le coiffeur, le
contrôleur des contributions, le costumier, le juge, le peintre, le
percepteur, le photographe... En chemin de fer, Réunion électorale, Les
travailleurs du chapeau, etc. - D'un de ces sketches, Tout va bien (1931), Paul Misraki s'inspirera pour écrire sa
chanson : Tout va très bien, Madame la Marquise et le
grand Fernand Raynaud n'hésitera pas à leur emprunter leur Toto, mange ta soupe.
De ces sketches, Bach et Laverne en ont enregistré plus
de 150 [*] entre 1928 et 1938. Le plus connu aujourd'hui est sans
doute ce Z'allo ! Z'allo ! qui n'a cessé d'être repiqué
depuis la venue des 33t.
Bach et Laverne - Odéon 250.430 - Mars 1933 - Z'Allo ! Z'Allo !
[*] G. Roig, dans sa revue Phonoscopies en donne une liste
contenant 157 titres de décembre 1928 à décembre 1938.
Pour de plus amples
renseignements sur Bach et Laverne, consultez la page suivante :
http://perso.wanadoo.fr/jlf/philips (où vous trouverez, entre autres, un enregistrement d'un de
leurs sketches, gravé sur disque 78 tours Odéon datant la fin
des années 30 [?], et intitulé Les gaités de la radio où les speakers de Paris et de Toulouse s'interfèrent
mutuellement dans un dialogue surréaliste). - (Jean-Luc
Fradet)
Bach et Laverne
Voir également le
coffret de EPM-ADES publié en 1999 et qui contient 42 titres de ce duo,
coffret duquel est tiré l'extrait suivant, extrait lui-même tiré d'un
78t paru en 1933 et jamais repris depuis cette date. Nous le donnons ici
en mémoire de Paulus (voir chapitre quatre de ses Mémoires) dont ce fut la première chanson notoire. Elle date de 1868 et est de Philibert et Burani pour les
paroles et Antonin Louis pour la musique :
Bach et Laverne - Les pompiers de Nanterre - 1933 (extrait seulement)
Voir également (pour un autre sketch), Tout va très bien (Madame la Marquise)...
Après
tout cela, il aurait pu se retirer mais non : sa carrière ne s'arrêta
pas là :
Bach passe au cinéma dès le parlant.
Entre 1930 et 1947, il tourne, en effet,
dans dix-neuf films dont treize sous la direction d'Henry Wulschleger,
son ami, qui sera non seulement son réalisateur attitré mais qui ne
tournera rien d'autre jusqu'à sa disparition en 1939. Auparavant
Wulschleger avait été, entre autres, coréalisateur de Cavalcanti dans le
dernier film muet de ce dernier, Capitaine Fracasse (1929).
Le premier film dans lequel Bach apparaît sur le grand
écran, en 1930, est réalisé par Joe Francis et Jean Toulout et
s'intitule Le Tampon du capiston. Bach y joue le
personnage de Cochu aux côtés de son compère d'alors, Henry Laverne (capitaine Reverchon) mais aussi en compagnie d'Hélène Hallier (Yvonne) et de Charles Prince (Maître Pouponnet).
La même
année, il tourne son premier grand films sous la direction de
Wulschleger, La prison en folie, avec Suzanne Dehelly et Noël-Noël.
En 1931, il est dans une pièce d'André Heuzé et de Pierre Weber, En bordée, filmée par Wulschleger, avec Suzette Comte, Teddy
Parent et Sim Viva.
Puis c'est L'affaire Blaireau d'après Alphonse Allais.
- Wulschleger toujours. - Bach en Blaireau (qui d'autre ?) ; Alice
Tissot en Mademoiselle de Hautperthuis ; Charles Montel en Taupin et Renée Veller en
Mademoiselle de Charville
En 1932, c'est L'enfant de ma soeur avec Antonin Artaud qui, contrairement à la
légende, n'a pas tourné que dans des films noirs.
La même année,
il est de la distribution du Champion du régiment avec Raymond Aimos. - Scénario de Fernand
Beisser et de Jacques Bousquet.
En 1933 : Tire au flanc avec une toute jeune Simone Simon puis dans Bach millionnaire. - Note : les films dont le nom du
réalisateur n'est pas indiqué sont de Wulschleger.
En 1934,
d'après Courteline, il est le Guillaumette du Train de huit heures
quarante-sept ; avec Charpin en Hurluret, Chepfer en officier
alsacien et Fernandel en Croquebol.
Au côté d'Antonin
Artaud, encore, la même année : Sidomie Panache (avec Florelle et Monique Bert).
En 1935, Bout de chou, aux côtés
de Pierre Brasseur et de Tania Fédor puis dans Debout là-dedans !
En 1936 il est dans Bach
détective (dirigé cette fois-là par René Pujol)
En 1937
dans Le Cantinier de la coloniale aux côtés de Saturnin Fabre.
En 1938 dans Gargousse (avec Saturnin Fabre, à nouveau) et
puis dans Mon curé chez les riches (dirigé par Jean Boyer, le fils de Lucien Boyer, ce dernier étant l'auteur de La Madelon de la Victoire).
En 1939 dans Le Chasseur de chez Maxim's de Maurice
Cammage et dans Bach en correctionnelle.
Il
disparaît au cours de la Guerre puis revient, à 65 ans, dans Le charcutier de Machonville de Vicky Ivernel (1947) et, pour
son ultime rôle, dans Le Martyr de Bougival de Jean Loubignac, d'après la pièce de Jean Guitton, Et la police
n'en savait rien.
Il remonte sur scène en 1948 puis en 1950. Une cécité
temporaire l'empêche de continuer. Il écrit, se repose et décide
finalement de prendre sa retraite non sans faire une ultime tournée en
1952 et se joindre à la la distribution du «Martyr de Bougival»,
troupe d'Henri Ménager, en 1953. - C'est d'ailleurs au cours de cette
tournée qu'il meurt, d'une angine de poitrine, à Nogent-le-Rotrou, le 24
novembre 1953.
Bach est inhumé dans le petit cimetière de Fontanil, en
banlieue de Grenoble, dans cette petite ville où il était né, 71 ans
auparavant.
Biographie :
C'est à un sympathique
lecteur de Grenoble, Monsieur Lionel Damei (http://www.lionel-damei.com)
que nous devons signaler une biographie de Bach écrite par Maurice Saltano. - Voici, par ailleurs, le message que Monsieur
Saltano a bien voulu nous faire parvenir :
«Je suis un grand admirateur de BACH que j'avais rencontré quand j'avais 11 ans dans sa
loge, au théâtre (à cette époque je l'ai vu sur scène dans "Mon curé chez les riches" et "Le crime du bouif"). Il n'a pas de descendants (pas d'enfant).
J'ai pu rencontrer, il y a environ 25 ans, des personnes qui
l'ont connu, des cousins, des admirateurs, son chauffeur, etc.
Toutes ces personnes sont maintenant décédées mais beaucoup
m'ont donné des documents, contrats, photos, articles de presse,
programmes, etc. et j'ai une importante collection concernant
cet artiste. J'ai fait plusieurs expositions et j'ai publié un
livre ("Oh ! Punaise! /Bach/ Cinquante ans de rigolade").
Ce livre comprend : une discographie de Bach, une discographie
de Bach et Laverne, une filmographie et une théâtrographie de
Bach. J'ai échangé des courriers avec le fils de Camille Robert,
le fils de Bousquet, etc. Je possède également le cahier où, à
ses débuts, Bach collait les articles de journaux. J'ai aussi
toutes les photos de son enterrement. Pourriez vous indiquer mon
e-mail sur votre site pour le cas où des personnes intéressées
veuillent me joindre ? Merci. Bien cordialement...»
Mais avec plaisir :
«Oh... punaise ! - Bach, 50 ans de
rigolade», avec une préface de Jean Drejac, un
avant-propos de Jack Lesage, de nombreuses photos.
Outre les films cités ci-dessus,
Bach a tourné quelques phonoscènes (l'ancêtre de nos vidéoclips)
notamment de son célèbre «Avec l'ami Bidasse» en 1914. Une
toile de fond, un compère, un disque qu'on devait synchroniser avec
l'image et le tour était joué.
Note : dans l'extrait qui
suit (Gaumont) le nom de Polin est accolé à celui de Bach comme
étant le second personnage. La silhouette de ce Polin est loin
d'être celle du célèbre tourlourou mais elle ressemble étrangement à
celle d'Ouvrard à la retraite depuis trois ans..
Avec l'ami Bidasse - Phonoscène Gaumont - 1914 - avec
Ouvrard (?) :