2009-11-06

 


Rosa Bordas
petit format : "C'est mon drapeau"


Mlle Chrétienno

La chanson française n'en est pas à une contradiction près. C'est ainsi que la plus connue de toutes les chanteuses qui, après la défaite de 1870, ont plaidé pour la cause des Provinces perdues, parlé de réparations et clamé la revanche, est née Maria-Theresa Abbiate à Torino, en Italie, et qu'elle fit la majeure partie de sa carrière sous le nom d'Amiati.

Née en 1851, elle a 18 ans (?) lorsqu'elle débute au Concert Bélanger et au Théâtre Saint-Pierre en pousseuse de romances sous le nom de Fianco. - Échec. - Sous le nom d'Amiati, on la retrouve à l'Eldorado en 1869 dans le genre "paysanne" en sabots et jupons courts. - Autre échec. - Elle est de retour après la Commune transformée en patriote à l'instar de plusieurs autres : Peschard, d'abord, puis Rosalie Martin, dite Rosa Bordas ou tout simplement La Bordas, "la Rachel du peuple", qui, déjà, lors de la déclaration de la guerre, avait osé chanter "La Marseillaise" un drapeau à la main.

Et puis elle chante les chansons d'une certaine Mlle Chrétienno (Marie Joséphine Chrétiennot), ex-chanteuse d'opérette (sous le nom d'Alexandrine), qui avait mis à son répertoire "Alsace et Lorraine", la chanson revancharde par excellence écrite dans un climat politique survolté par Gaston Villemer et Henri Nazet, sur une musique de Ben Tayoux (1871) :

Vous n'aurez pas l'Alsace et la Lorraine
Et, malgré vous, nous resterons Français
Vous avez pu germaniser la plaine
Mais notre cœur vous ne l'aurez jamais.


Amiati a une voix qui résonne, elle sait vendre la Cause, elle est convaincante et elle sait émouvoir. Et puis elle fait "peuple" contrairement à sa rivale. On ne pouvait trouver mieux pour faire oublier la défaite. En quelques mois, elle se hisse en haut de l'affiche, créant coup sur coup "Le maître d’école alsacien" et "Une tombe dans les blés" sur des textes de Delormel  (le même que celui de l' "Alsace et Lorraine") et Villemer qui, à eux seuls, allaient l'alimenter de textes semblables pendant plus de dix ans, jusqu'en 1882, en fait, avec leur célèbre"Fils de l'Allemand"  :

Va passe ton chemin, ma mamelle est française
N'entre pas sous mon toi, emporte ton garçon
Mes garçons chanteront plus tard la Marseillaise
Je ne vends pas mon lait au fils d'un Allemand.

Son plus grand succès ne fut pas d'eux. Il vint avec "Le Clairon" de Paul Déroulède qu'elle créa à la fin de 1873 ou même en 1874 - certains parlent même de 1878 ! -. (Son enregistrement à la SACEM, musique d'Émile André, date de 1875.)

En 1885, elle est toujours là avec "Le Violon brisé" de René de Saint-Prest, L. Christian et Victor Herpin. Elle a trente-cinq ans lorsque sa santé décline et, en 1886, elle est forcée de prendre un long repos. En 1889, à trente-neuf ans, juste comme elle venait de revenir sur scène, elle meurt dans sa propriété du Raincy en accouchant d'un quatrième enfant. On ne connaît, forcément, aucun enregistrement d'elle mais son répertoire allait être perpétué par le plus célèbre des "émouveurs de foules", Bérard, car elle a également créé des chansons mélodramatiques, historiques, des valses et qu'elle a même poussé la romance, ce que Bérard n'a justement pas dédaigné.


Voir en annexe des photos de quelque vingt et un "petits formats" estampés au nom d'Amiati qui démontrent l'étendu de son répertoire.


Pour plus de renseignements, voir à :  Paulus, Mémoires, chap. 5, 10, 12, 13, 14, 16, 18, 19, 21, 22, 23, 24 et 30.

Et à André Chadourne, Les Cafés-Concerts, chap.6