2008-03-28
Amiati |

La chanson française n'en est pas à une
contradiction près. C'est ainsi que la plus connue de toutes les chanteuses
qui, après la défaite de 1870, ont plaidé pour la cause des Provinces perdues,
parlé de réparations et clamé la revanche, est née Maria-Theresa Abbiate
à Torino, en Italie, et qu'elle fit la majeure partie de
sa carrière sous le nom d'Amiati.
Née en 1851, elle a 18 ans (?) lorsqu'elle débute au Concert Bélanger et
au Théâtre Saint-Pierre en pousseuse de
romances sous le nom de «Fianco». - Échec. - Sous le nom d'Amiati,
on la retrouve à l'Eldorado en 1869 dans le genre «paysanne» en sabots et jupons courts. - Autre échec. - Elle est de
retour après la Commune transformée en patriote à l'instar de plusieurs
autres :
Peschard, d'abord, puis Rosalie Martin, dite Rosa Bordas ou tout
simplement La Bordas, «la Rachel du peuple»,
qui, déjà, lors de la déclaration de la guerre,
avait osé chanter La Marseillaise un drapeau à la main.

Rosa Bordas - petit format :
C'est mon drapeau
Et puis
elle chante les chansons d'une
certaine Mlle Chrétienno (Marie Joséphine Chrétiennot), ex-chanteuse
d'opérette (sous le nom d'Alexandrine), qui avait mis à son répertoire
Alsace et Lorraine, la chanson revancharde par excellence
écrite dans un climat politique survolté par Gaston Villemer (Voir à Delormel et Garnier)
et Henri Nazet, sur
une musique de Ben Tayoux (1871) :
Vous n'aurez pas l'Alsace et la Lorraine
Et, malgré vous, nous resterons Français
Vous avez pu germaniser la plaine
Mais notre cœur vous ne l'aurez jamais.

Mlle Chrétienno
Amiati a une voix qui résonne, elle
sait vendre la Cause, elle est convaincante et elle sait émouvoir. Et
puis elle fait peuple contrairement à sa rivale.
On ne pouvait trouver mieux pour faire oublier
la défaite.
En quelques mois, elle se hisse au haut de
l'affiche, créant coup sur coup
Le maître d’école alsacien
et
Une tombe dans les blés
sur des textes de
Delormel (le même que celui de
l'Alsace et Lorraine) et Villemer qui, à eux seuls, allaient l'alimenter de textes
semblables pendant plus de dix ans, jusqu'en 1882, en fait, avec leur célèbre
Fils de l'Allemand :
Va passe ton chemin, ma
mamelle est française N'entre pas sous mon toi, emporte ton garçon Mes garçons chanteront plus tard la Marseillaise Je ne vends pas mon lait au fils d'un Allemand.
Son plus grand succès ne fut pas d'eux. Il
vint avec Le Clairon de Paul Déroulède qu'elle créa à la fin de 1873 ou même en 1874 -
certains parlent même de 1878 ! -. (Son enregistrement à la SACEM, musique d'Émile
André, date de 1875.)
En 1885, elle est toujours
là avec Le Violon brisé de René de Saint-Prest, L. Christian
et Victor Herpin. Elle a trente-cinq ans lorsque sa
santé décline et, en 1886, elle est forcée de prendre un long repos. En
1889, à trente-neuf ans, juste comme elle venait de revenir sur scène,
elle meurt dans sa propriété du Raincy en accouchant d'un quatrième
enfant. On ne connaît, forcément,
aucun enregistrement d'elle mais son répertoire allait être perpétué par
le plus célèbre des émouveurs de foules,
Adolphe Bérard,
car elle a également créé des chansons mélodramatiques, historiques, des
valses et qu'elle a même poussé la romance, ce que Bérard n'a
justement pas dédaigné.
Voir en annexe des photos de quelque seize «petits formats»
estampée au nom d'Amiati qui démontrent l'étendu de son répertoire.
Pour plus de renseignements,
voir à : Paulus, Mémoires,
chap. 5,
10,
12,
13,
14,
16,
18,
19,
21,
22,
23,
24
et 30.
Et à André Chadourne,
Les
Cafés-Concerts,
chap.
6
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