
La chanson française n'en est pas à une contradiction près.
C'est ainsi que la plus connue de toutes les chanteuses qui, après la
défaite de 1870, ont plaidé pour la cause des Provinces perdues,
parlé de réparations et clamé la revanche, est née
Maria-Theresa Abbiate à Torino, en Italie, et qu'elle fit la majeure partie
de sa carrière sous le nom d'Amiati.
Née en 1851, elle a 18 ans (?) lorsqu'elle débute au Concert
Bélanger et au Théâtre Saint-Pierre en pousseuse de romances sous le
nom de «Fianco». - Échec. - Sous le nom d'Amiati, on la
retrouve à l'Eldorado en 1869 dans le genre «paysanne» en sabots et
jupons courts. - Autre échec. - Elle est de retour après la Commune
transformée en patriote à l'instar de plusieurs autres : Peschard, d'abord, puis Rosalie Martin, dite Rosa Bordas ou tout
simplement La Bordas, «la Rachel du peuple», qui, déjà, lors
de la déclaration de la guerre, avait osé chanter La Marseillaise un
drapeau à la main.

Rosa Bordas - petit format : C'est mon drapeau
Et puis elle
chante les chansons d'une certaine Mlle Chrétienno (Marie
Joséphine Chrétiennot), ex-chanteuse d'opérette (sous le nom d'Alexandrine),
qui avait mis à son répertoire Alsace et Lorraine, la chanson revancharde par
excellence écrite dans un climat politique survolté par Gaston
Villemer (Voir à Delormel et Garnier) et Henri Nazet, sur une
musique de Ben Tayoux (1871) :
Vous n'aurez pas l'Alsace et la
Lorraine Et, malgré vous, nous resterons
Français Vous avez pu germaniser la plaine
Mais notre cœur vous ne l'aurez
jamais.

Mlle Chrétienno
Amiati a une voix qui
résonne, elle sait vendre la Cause, elle est convaincante et
elle sait émouvoir. Et puis elle fait peuple contrairement à
sa rivale. On ne pouvait trouver mieux pour faire oublier la
défaite. En quelques mois, elle se hisse au haut de l'affiche,
créant coup sur coup Le maître
d’école alsacien et Une tombe dans les blés sur des textes de Delormel (le même que celui de l'Alsace
et Lorraine) et Villemer qui, à eux seuls, allaient l'alimenter
de textes semblables pendant plus de dix ans, jusqu'en 1882, en
fait, avec leur célèbre Fils de l'Allemand :
Va passe ton chemin, ma mamelle est
française
N'entre pas sous mon toi, emporte ton
garçon
Mes garçons chanteront plus tard la
Marseillaise
Je ne vends pas mon lait au fils d'un
Allemand.
Son plus grand succès ne fut pas d'eux. Il vint avec Le Clairon de Paul Déroulède qu'elle créa à la fin
de 1873 ou même en 1874 - certains parlent même de 1878 ! -. (Son
enregistrement à la SACEM, musique d'Émile André, date de 1875.)
En 1885, elle est toujours là avec Le Violon brisé de René de Saint-Prest, L.
Christian et Victor Herpin. Elle a trente-cinq ans lorsque sa santé décline et, en 1886, elle
est forcée de prendre un long repos. En 1889, à trente-neuf ans,
juste comme elle venait de revenir sur scène, elle meurt dans sa
propriété du Raincy en accouchant d'un quatrième enfant. On ne connaît, forcément, aucun enregistrement d'elle mais son
répertoire allait être perpétué par le plus célèbre des émouveurs
de foules, Adolphe Bérard, car elle a également créé des
chansons mélodramatiques, historiques, des valses et qu'elle a même
poussé la romance, ce que Bérard n'a justement pas dédaigné.
Voir en
annexe des photos de quelque seize "petits
formats" estampée au nom d'Amiati qui démontrent l'étendu de
son répertoire.
Pour plus de
renseignements, voir à : Paulus, Mémoires, chap. 5, 10, 12, 13, 14, 16, 18, 19, 21, 22, 23, 24 et 30.
Et à André Chadourne, Les Cafés-Concerts, chap. 6 |