Le seul hebdomadaire de la région publiée une fois par mois

Numéro hors-série

             


Marcel Proust

À la recherche du Temps perdu

Notes et commentaires

Copernique Marshall et Paul Dubé

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Avant-propos :

Les textes qui suivent et qui vont suivre pourraient, d'une certaine manière, être considérés comme des transcriptions de conversations à bâtons rompus qu'ont, depuis des années nos deux chroniqueurs, Copernique Marshall et Paul Dubé autour d'À la recherche du Temps perdu de Marcel Proust.dont ils sont de grands admirateurs. Cela laisse supposer qu'ils ne se suivront pas, ni logiquement, ni chronologiquement sauf, peut-être, les premiers qui devraient servir d'introduction. - Lorsqu'ils seront en désaccord sur un point de vue ou lorsque l'un voudrait faire un commentaire personnel, cela sera indiqué, mais autrement  tout ce qui sera publié ici devra être considéré comme ayant été signé conjointement. - Une exception : toutes références à la traduction anglaise d'À la recherche devra être considéré comme étant uniquement de Copernique Marshall. - Leurs citations de Proust, lorsqu'il y en aura, seront données à partir de l'édition 1947-1949 dite «version finale» de Gallimard et la version de 10952 de La Pléiade, édition dite de Clarac et Ferré.

L'éditeur.

Notice

Au cours des semaines qui vont suivre, nos chroniqueurs, Copernique Marshall et Paul Dubé ont l'intention de formuler divers commentaires sur À la recherche du Temps perdu de Marcel Proust sous la forme d'articles divers traitant de sa composition, de ses personnages, de sa forme, des idées qui s'en dégagent, etc.

Sans plan précis les textes qui seront publiés ici, le seront toujours dans l'ordre du plus récent au plus ancien, numérotés en chiffres romains, suivis du numéro dans l'ordre où ils ont été soumis.

I-1, I-2, I-3... (première série de textes) puis

II-1, II-2, II-3... (deuxième série),

III-1, III-2, III-3... (pour la série suivante)  et ainsi de suite.

Les notes, indiquées par des chiffres (ou astérisques), entre parenthèses, suivront toujours les paragraphes dans lesquels elles seront insérées.

Pour de plus renseignements, écrire à hperec @ udenap.org (sans espace).

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Première série - Le mardi 5 septembre 2017 :

I-1 - Dix raisons pour ne pas lire Proust

I-2 - Dix raisons pour lire Proust

I-3 - Comment lire Proust

I-4 - Le lire, oui, mais dans quelle édition ?

I-5 - Un mot sur les droits d'auteur

   Appendices :

(Ces appendices sont publiés dans des pages séparées.)

I-a - La plus longue phrase retracée de Proust dans À la recherche du temps perdu

I-b - La préface d'André Maurois à l'édition de 1952, dans La Pléiade 

I-c - Les notes de Pierre Clarac et d'André Ferré qui ont préparé cette édition

I-d - Texte du rapport de lecture de Du côté de chez Swann au comité de lecture de l'éditeur Fasquelle

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I-1 - Dix raisons pour ne pas lire Proust

Il y a plusieurs raisons pourquoi Proust n'est pas lu. En voici quelques unes, parmi les plus courantes :

1 - Avec ses sept parties, ses trois mille pages , ses un million deux cent mille mots, la lecture  d'À la recherche du Temps perdu exige beaucoup de temps et un certain travail de concentration et de mémorisation considérable.

2 - À la recherche du temps perdu est un roman dit autobiographique, mais dans lequel le narrateur raconte des faits auxquels il n'a pas participé et dont il n'a pas été témoin.

3 - Y est inséré un roman (souvent publié séparément) qui se rapporte à des événements qui se sont déroulés des années auparavant.

4 - On y retrouve des phrases si longues et si tortueuses qu'il faut souvent s'y reprendre à deux ou trois fois pour en comprendre le sens.

5 - On s'y perd facilement parmi les centaines de personnages qui y sont mentionnés.

6 - Parmi ces personnages, certains, importants, disparaissent sans explication, mais  réapparaissent parfois des centaines de pages plus tard, souvent sans avertissement.

7 - Ces personnages sont composés de ducs, duchesses, comtes, barons et princesses d'une époque totalement disparue.

8 - À la recherche contient un nombre effarant d'apartés, commentaires et essais sur l'art, la psychologie, la physiologie, la mort, la gastronomie...

9 - Et tout cela est écrit dans un style tout à fait déroutant

10 - Quant aux soixante pages, au tout début, qui ont pour thème un homme qui se retourne dans son lit...

En moins bref :

Si vous aimez les romans où il se passe quelque chose, lisez plutôt Marcel Aymé, Zola, Simenon, Hugo même (Les misérables et Notre-Dame de Paris). - Yourcenar, tant qu'à y être. - Car chez Proust, ne comptez pas trop sur les faits divers, les histoires, les  historiettes ou récits quelconques ou une trame qui pourrait animer tant soit peu l'ensemble. Il y en a, certes, mais noyés dans une suite de réflexions qui semblent sans fin.

Non seulement les phrases de Proust sont longues et tortueuses, mais elles ralentissent le rythme habituel de tout lecteur digne de ce nom, quelle que soit son expérience ou inexpérience. - Elles sont souvent si longues qu'il faut s'y mettre à deux ou trois reprises pour en comprendre le sens. - Vous trouverez en annexe, à titre de curiosité, la plus longue qu'on a retenue... 840 Mots ! -

Nous avons dit des centaines de personnages ? - On en a dénombrés plus de deux mille (2,500 selon diverses études tenant compte de ceux dont le nom n'apparaît qu'une seule fois et les anonymes [cochers, serviteurs, revendeurs...] dont plusieurs ont un impact tangible sur les faits décrits dans À la recherche). - Certains d'entre-eux sont mentionnés dans les premières parties pour ne revenir que deux à trois cents pages plus tard quand ce n'est pas cinq ou six cents ou, encore, ont tendance à disparaître sans ce qu'on sache ce qui leur est arrivé.  - Un exemple frappant de cet état de choses est la mère du narrateur, qui a quand même un rôle important dans ce roman et qui se volatilise, à la toute fin, en "allant prendre une tasse de thé chez Madame Sazerat"... un personnage des plus secondaires.

Et puis, c'est long. - Plus de trois mille pages ! - Sans compter les notes, variantes et esquisses que la Pléiade a cru bon d'inclure dans sa dernière édition (Tadié - 1987 à 1989) : 3.024 pages en plus du texte (3.046 pages). - Si long qu'il faut compter avec les retours sur ce qu'on a déjà lu ne serait-ce parfois que pour se retrouver, un exercice qu'il faudra faire plusieurs fois... pendant, à moins de ne pas dormir pendant plusieurs jours... plusieurs semaines. - En moyenne, car À la recherche ne se lit pas d'un trait. S'attendre à consacrer de deux à trois mois, une estimation fort optimiste car tous les gens que nous avons connus et qui ont décidé, quoiqu'il arrive, de passer à travers, ont, en moyenne consacré un an parce que, croyez-le ou non, quand ils sont arrivé vers la fin, ils ont ralenti leur rythme de lecture. -  La raison ? C'est que, une fois qu'on aura lu ce qui semblait être interminable au départ, on ne retrouvera jamais quelque chose d'aussi ensorcelant, fascinant, envoûtant.

Si vous ne nous croyez pas, allez lire, juste pour le plaisir, le premier rapport de lecture du premier volume d'À la recherche (Du côté de chez Swann), tel que rédigé par le comité de lecture de l'éditeur Fasquelle, un des nombreux éditeurs qui ont refusé sa publication en 1912. - Il est en supplément à ce numéro du Castor.

I-2 - Dix raison pour lire Proust

1 – Des analyses psychologiques et une connaissance de l'âme humaine comparables à tout ce qu'on peut lire chez Dostoeivski ou Stendhal.

2 – Une qualité littéraire supérieure à celles de Balzac, de Zola, de Maupassant et même de Gide.

3 – Un style narratif comparable aux grands romanciers de tous les siècles.

4 – Des personnages tout aussi réels que ceux de Molière, de Dickens ou de Céline.

5 – Un écrivain qui est à la langue française comparable à Shakespeare en langue anglaise.

6 – L'auteur français le plus cité dans le monde.

7 – Un livre d'où l'humour n'est jamais absent.

8 – Un livre où sciemment l'auteur a incorporé sa signification dans sa rédaction (écriture) même.

9 – Un livre dont l'architecture est comparable à celle d'une cathédrale où chaque pierre a sa place et son importance.

10 – Un livre qui demeure le plus important de tous pour ceux qui ont eu la patience de le lire attentivement (et la plupart du temps deux fois ou plus).

En moins bref :

Il n'existe au monde aucun roman qui puisse être comparé à À la recherche du Temps perdu. C'est un oeuvre unique en son genre et pour l'écrire, Proust a dû inventer un style particulier auquel les lecteurs de romans classiques ou même modernes ne sont généralement pas habitués. Ce style, comme nous l'avons mentionné dans nos dix raison pour ne pas lire Proust, est déroutant, mais une fois qu'on s'y est acclimaté, il devient clair qu'on est en train de lire quelque chose d'important et si, aux premiers abord, on ne comprend pas au juste où l'auteur veut en venir, l'on constate après quelques heures (seulement) que rien n'a été laissé au hasard dans ce qui semble un enchevêtrement de faits sans rapport entre eux.

Shelby Foote (*) disait de Proust qu'il était un stratège hors pair, un meneur qui savait amener son lecteur vers un but très précis et qui était celui de lui faire découvrir à chacun de soi sa réalité propre.

(*) Shelby Foote, né le 17 novembre 1916 à Greenville, au Mississippi, et mort le 27 juin 2005 à Memphis, Tennessee, est un romancier et un historien américain, auteur, entre autres, de The Civil War, A Narrative (3 vols.)., i.e. :

"Proust, to me, seems to have all the talents plus this enormous talent of organization. You don't see that until you've read the novel several times. You get to see this as he drives the story the whole time..."

André Maurois, pour sa part, disait que Proust avait révolutionné le roman en lui faisant faire une "Révolution copernicienne à rebours", replaçant l'âme humaine au centre de l'univers plutôt qu'un être en faisant partie. - Voir l'annexe I-b.

D'autres ont dit que son analyse du snobisme en faisait un grand critique de la société ; qu'il a été un comique dangereux ; que son roman était un traité d'esthétique ; que son regard était infiniment plus subtil et plus attentif que le nôtre. - Même Jacques Madeleine (voir rapport de lecteur, annexe I-d) qui s'est retrouvé déconcerté devant la première partie d'À la recherche  a dû avouer que «dans chaque ensemble, il [était] impossible de ne pas constater [dans ce qu'il venait de lire] un cas intellectuel extraordinaire

Personnellement, nous avons trouvé en lui, un écrivain qui, par les méandres de son écriture, nous a fait découvrir, à partir de notre propre passé, qui nous étions et comment nous avions évolués dans le Temps, car ce roman, avec son titre de À la recherche du Temps perdu, est bel et bien un livre sur le Temps.

Ce qui nous amène à dire qu'il faut prendre son Temps pour lire Proust car celui que le lecteur est devenu quand il l'a terminé sera fort différent de celui qu'il l'a débuté et cette différence est sans doute un des plus grands messages que Proust nous a laissés.

Sauf, pour en revenir à ce que nous disions au début, il faut s'habituer à sa manière qu'il a utilisée pour nous le laisser, manière qui est d'autant plus étrange qu'il a fallu des années avant d'en avoir une version (nous le verrons dans notre chronique suivante) non incohérente, comme certains l'ont déclaré, mais réellement lisible, ce qui, par l'intelligence exceptionnelle de Proust, n'a pas empêché de nombreux lecteurs d'oublier d'innombrables fautes de frappe (dans ses premières éditions), des personnages qui meurent deux fois ou la disparition de la mère du narrateur qui, comme nous l'avons souligné ci-dessus (un personnage-clé) dans une note en bas de page.

Et comment se termine-t-il ? - Comme ceci :

« Si du moins il m'était laissé assez de temps pour accomplir mon oeuvre, je ne manquerais pas de la marquer au sceau de ce temps dont l'idée s'imposait à moi avec tant de force aujourd'hui, et j y décrirais les hommes, cela dût-il les faire ressembler à des êtres monstrueux, comme occupant dans le temps une place autrement considérable que celle, si restreinte, qui leur est réservée dans l'espace... » 

I-3 - Comment lire Proust

On ne lit pas Proust. On lui fait confiance. On le laisse nous envoûter, nous sortir du chaos dans lequel nous vivons depuis des années sans nous en être aperçu.

On ne lit pas Proust. On se laisse apprivoiser par lui. Petit à petit. En écoutant bien attentivement ce qu'il nous dit, sachant d'après tous ceux qui l'ont lu, qu'il ne nous entraînera pas vers un monde inconnu, mais vers nous-même, sauf que ce nous-même, comme il nous le fera découvrir, nous le connaissons peu et il lui est très difficile de nous en expliquer la nature.

Un aparté proustien :

Peinture et écriture :

La peinture a ceci de particulier par rapport à la littérature : elle est plus facile d'accès c'est-à-dire que, d'un seul coup d'oeil, on peut saisir l'ensemble d'un tableau, voir presque immédiatement la vision générale qu'un peintre a voulu nous transmettre : les côtés charitables ou autoritaires de l'humanité tels que vus par Franz Hals, les moments de Vermeer, les genres de Chardin, jusqu'aux impressions de Renoir. - Une fois cette première prise de contact effectuée,  l'on peut ensuite passer aux détails, à la technique  utilisée par celui qui l'a peint et réaliser que le mauve des cheveux d'une femme, les profils où paraissent les deux yeux d'un visage, les assemblage et la juxtaposition de formes diverses ou la disparition complète d'un point de fuite sont des moyens dont il s'est servi pour nous faire comprendre certains aspects de la réalité qui nous échappaient parce que nous les avons vus trop souvent sans les observer.

La littérature procède à l'inverse. Elle nous présente par des phrases alignées les unes après les autres ces petits détails avec lesquels nous sommes en contact continuellement, mais auxquels nous n'attachons aucune importance jusqu'à ce que leur accumulation, dans un certain ordre ou désordre, débouche sur une vision globale ou une nouvelle façon de les regarder.

Ces deux arts, cependant, procède de la même façon  pour révéler ou nous faire connaître une nouvelle vision du monde ou tout simplement nous faire réfléchir différemment : ils utilisent, surtout si cette connaissance ou cette vision est tout à fait nouvelle par rapport à ce que nous connaissons une ou des techniques qui seront forcément inaccoutumées, inhabituelles, innovatrices et c'est là où l'oeuvre de Proust déroute souvent ses lecteurs.

Le monde proustien est celui du Temps. Or, pour décrire le temps, prendre connaissance des intermittences et de la discontinuité que le Temps  impose à la vie, ce temps qui nous paraît constant, unidirectionnel, Proust a dû inventer une langue où chaque lecteur puisse être en mesure de comparer simultanément des événements qui se sont confrontés dans sa propre vie  à des années de distance et non seulement des événements eux-mêmes, mais des atmosphères dans lesquels ils se sont produits, des impacts qu'ils ont eus à deux époques différentes de son existence et de la dissemblance qui existe entre ces expériences. En d'autres mots, Proust veut nous faire vivre et revivre simultanément notre présent et  notre passé.

Le monde proustien est également celui de l'art, cet art qui nous fait percevoir la vraie vie, la vie vraiment vécue et qui, sans lui, demeure «une série de clichés non développés».

Et le monde proustien est celui de la découverte des aspects cachés de toute existence.

Proust, c'est, comme l'indiquait Maurois, une «révolution copernicienne à rebours» et cette révolution est semblable à celle que Copernique a tant eu de mal à faire accepter

I-4 - Lire Proust, oui, mais dans quelle édition ?

Poser cette question, c'est se demander si l'on tient à lire Proust : a) dans l'état où il a été publié, b) l'état où il aurait dû être publié, c) l'état où il aurait pu être publié ou d) dans une forme qui correspond mieux soit à votre tempérament, soit à votre méthode de lecture ou ce que les spécialistes estiment être «l'unique façon de lire À la recherche».

Mettons d'abord les choses au clair ;

À la recherche du Temps perdu est essentiellement l'oeuvre d'éditeurs car Proust est décédé bien avant qu'on en ait publié tous les volumes, particulièrement les dernier, et qu'en conséquence, il n'en a pas corrigé les épreuves. Plus est : lorsqu'il l'a fait, pour les premiers volumes, il a surtout modifié le texte ou fait de nombreux ajouts  à celui qu'on lui présentait plutôt que s'attacher à la correction des fautes de frappe, des erreurs dans les noms des personnages et certains problèmes de chronologie. Et, lorsque, par hasard, il s'est retrouvé avec deux copies «à vérifier», les modifications qu'il apportait à l'un étaient souvent différentes de celle qu'il apportait à l'autre.

Quant aux manuscrits qu'il a laissés derrière lui, ceux qui se sont penchés sur eux n'ont pas eu la tâche facile : pages numérotés mais contenant des bis, ter, quatre, cinq ou des feuillets à intercaler on-ne-sait-ou, des cahiers contenant des ajouts collés qui s'étirent jusqu'à deux mètres et ainsi de suite. - Notons, au passage, qu'on ne s'entend toujours pas sur l'endroit où débute la dernière partie (Le Temps retrouvé), Proust ne l'ayant pas indiqué.

La raison de cet état de choses est double :

1 - L'oeuvre devait avoir, au départ, deux, puis par la suite, trois volumes. mais comme le premier volume a été publié en 1913 et qu'il a fallu attendre 1918 avant de poursuivre la publication de la deuxième et troisième partie, Proust a utilisé ce délai pour augmenter considérablement son oeuvre qui, finalement, s'est étendue jusqu'à sept volumes.

2 - Et, à partir de la publication d'«A l'ombre des jeunes filles en fleurs» (deuxième volume), Proust a consacré son temps non pas à corriger des épreuves, mais à mener à bien les dernières parties.

Cela a eu pour résultat, jusqu'en 1947-1949, diverses éditons (la dernière en 15 «tomes») où successivement, les erreurs furent corrigées, les erreurs «d'imprimerie» d'abord  et le texte général ensuite, texte qui fut stabilisé au point où l'on a pu, enfin, considérer qu'on en était rendu à une version définitive. - Cette version contenait sept parties publiées à l'origine dans l'ordre suivant :

1 - Du côté de chez Swann - Grasset, 1913
2 - À l'ombre des jeunes filles en fleurs - Gallimard, 1918
3 - Le Côté de Guermantes I et II, 1919 et 1922
4 - Sodome et Gomorrhe I et II - Gallimard, 1923
5 - La Prisonnière - Gallimard, 1923
6 - Albertine disparue (*) - Gallimard, 1925
7 - Le Temps retrouvé, Gallimard, 1027

(*) Cette partie ou ce  volume devait, à l'origine, se lire La Fugitive qui correspondait au volume précédent (La Prisonnière) mais ayant paru avant sa publication un livre du même nom de poète Tagore, on lui substitua celui d'Albertine disparue quoique, dans leur édition de 1952 - voir ci-après - Clarac et Ferré, insistèrent que la Fugitive lui soit substitué. 

Et republié, en 1947-1949, comme suit :

1. Du côté de chez Swann. Première partie.
2. Du côté de chez Swann. Deuxième partie.
3. À l’ombre des jeunes filles en fleurs. Première partie.
4. À l’ombre des jeunes filles en fleurs. Deuxième partie.
5. À l’ombre des jeunes filles en fleurs. Troisième partie.
6. Le côté de Guermantes. Première partie.
7. Le côté de Guermantes. Deuxième partie.
8. Le côté de Guermantes. Troisième partie.
9. Sodome et Gomorrhe. Première partie.
10. Sodome et Gomorrhe. Deuxième partie.
11. La Prisonnière. Première partie.
12. La Prisonnière. Deuxième partie.
13. Albertine disparue.
14. Le temps retrouvé. Première partie.
15. Le temps retrouvé. Deuxième partie.

Pour les puristes :

Une première édition originale, depuis longtemps épuisée, comprenant le le volume paru chez Grasset et repris chez Gallimard lors de la publication des Jeunes filles en fleurs, surtout avec une dédicace de Proust, est plus ou moins régulièrement mise en vente aux enchères. - Il en existerait une douzaine. - On en demande entre 75 et 125.000 $ (Américains). Alors si vous tenez absolument à lire Proust dans le texte, tel qu'il fut publié au départ et non revu et corrigé par lui....

Par contre, l'édition 1947-1949, elle aussi épuisée depuis longtemps, est cependant disponible gratuitement en format PDF, EPUB, WORD et MOBI, en la Bibliothèque électronique du Québec à l'adresse qui suit :

https://beq.ebooksgratuits.com/auteurs/Proust/proust.htm

Pas la toute dernière ? - Qu'importe, c'est à partir de cette édition que la plupart des grands livres sur A la recherche ont été publiés. - Elle est complète, cohérente et répond à peu près à tous les critères qu'on pourrait imposer à n'importe quelle oeuvre du genre.

Autres éditions :

    Depuis 1949, deux autres éditions sont parues :

1 - En trois volumes, dans La Pléiade, sous la direction de Pierre Clarac et André Ferre, en 1952.

On pourra en lire, en annexes, et  la préface d'André Maurois et, surtout, les notes de Clarac et Ferré en annexe où l'on verra qu'il s'agit d'une édition rédigée avec grand soin..

Cette édition fut réimprimée et distribuées de plusieurs façons, par Gallimard, par exemple : en livre de poche (7 volumes), en folio (idem), en quarto (1 volume) ;  chez Bouquins, Robert Laffond, 3 volumes grand format (avec un Quid et une introduction de Bernard Raffali) ; Aux Presses de la Cité (2 volumes), etc., etc.

C'est la version que nous préférons. - Surtout dans le format Bouquins quoique rien n'empêche de lire Proust en livre de poche, un format beaucoup plus facile à manier.

2 - En quatre volumes, dans la Pléiade encore, sous la direction d'Yves Tadié, en 1982.

Comparée à la précédente, cette édition suit essentiellement le texte tel qu'établi par Clarac et Ferré, avec diverses corrections et réorganisations au niveau des chapitres (Le Temps retrouvé ne débute pas au même endroit), mais surtout l'ajout de toutes les variantes contenues dans le texte originel de Proust et ses impressions précédentes.

Elle a permise, entre autres, la réimpression du format en un volume Quarto-Gallimard (2,400 pages) en 1999 (sans notices, notes et variantes).

C'est une version qui, à notre avis, est destinée aux spécialistes ou, dans le cas de la version Quarto à ceux qui n'ont pas objection à voyager avec un livre pesant un kilo.

Mais voici, qu'en 1982, on a découvert une autre version dactylographiée d'À l'ombre des jeunes filles en fleurs, annotée de la main de Proust, version qu'on croyait  inexistante, ou perdue et qui jeta, en quelque sorte, un nouveau coup d'oeil sur ce volume qu'on croyait ne pas avoir été révisé par Proust avant son impression ou révisé approximativement. Il n'en fallu pas plus que Jean Milly, un autre grand spécialiste de Proust, ne se penche à son tour sur l'ensemble des textes à publier... 

...chez Garnier-Flammarion, de 1983 à 1987, une autre version (10 volumes) mais définitivement  définitive...

Lire à ce propos l'article d'Élyane Dezon-Jones «Éditer Proust : hier, aujourd'hui et peu-être demain» paru dans la revue Littérature en 1992 (Numéro 4), pp. 46-53 :

http://www.persee.fr/doc/litt_0047-4800_1992_num_88_4_1558

Ou encore celui de Françoise Leriche «Rééditer Proust au vingt et unième siècle» sous-titré «Intertexte, intratexte et avant-texte» paru dans Gensis (Manuscrits-recherche-Invention), numéro 36, en 2013 :

https://genesis.revues.org/1133

... dont le faire-valoir ou résumé se lit comme suit :

«Comment lira-t-on Proust au xxie siècle ? Les éditions imprimées des années 1980-1990, en intégrant l’intertexte, l’intratexte, et partiellement l’avant-texte dans l’apparat critique d’À la recherche du temps perdu, témoignent d’une évolution de l’intérêt du public vers les processus d’écriture et invitent à une lecture dynamique et « enrichie ». Cette conception « réticulaire » de l’œuvre et du texte en devenir est contemporaine d’une nouvelle épistémê, celle du rhizome, de la navigation. On rêve d’un HyperProust savant qui permettrait d’interconnecter tous les corpus, mais en attendant qu’il soit techniquement possible d’éditer numériquement les brouillons, tout désigne la correspondance pour être la première brique d’une telle entreprise. En effet toute édition imprimée de ce corpus en expansion modelé par la réapparition des lettres est vouée à une obsolescence rapide, et la nature interdiscursive du texte épistolaire, en prise sur son époque, en fait le premier réseau intertextuel de l’œuvre.»

... et sur lequel nous reviendrons lorsqu'il sera temps de discuter si, pour comprendre véritablement le sens d'A la recherche, il est nécessaire de connaître Prout, sa vie, ses méthodes de travail, les modèles qu'ils auraient utilisés pour ses personnages, etc.

En conclusion :

Quelle que soit la version dans laquelle vous déciderez de lire Proust, les différences seront minimes ou sans conséquences.

Notre suggestion est de vous fier à vos habitudes physiques de lecture, mais songez aussi à votre porte-monnaie...

P.-S. :

À dessein, nous ne mentionnerons pas, ici, les versions condensées d'À la recherche. Il en existe une, entre autres, où l'on annonce fièrement 

«Proust en 500 pages au lieu de 3000 !».

Autant installer un four à micro-ondes dans l'âtre de son foyer et être, ainsi, en mesure de passer devant son feu une soirée complète en dix minutes, vingt-huit secondes.

I-5 - Un mot sur les droits d'auteur

Dans son édition numéro 145 (octobre 1987), la revue Lire annonçait sur sa couverture que le 5 octobre de la même année, Proust «nous appartiendrait». C'est ce jour-là en effet que Proust allait, comme le veut l'expression consacrée, tomber, dans le domaine public, 64 ans et 274 jours après sa mort survenue le 18 novembre 1922. 

En France. Là où, suite à divers procès, les droits d'auteur concernant À l'ombre des jeunes filles en fleurs, publié en 1922, ont expirés avant ceux relatifs à Du côté de chez Swann publié neuf ans auparavant... 

Au Mexique, en théorie, Proust ne sera pas du domaine public avant le 18 novembre prochain. 

Aux États-Unis ? Il semblerait, quoique les opinions varient là-dessus, que, si l'on interprète à la lettre l'amendement sur la loi régissant les Copyrights que le sénateur Sony Bono (sic) a fait adopter par le congrès peu avant sa mort en 1998, seules les quatre premières parties d'À la recherche du Temps perdu seraient aujourd'hui du Public Domain alors que les trois dernières ne le seront que l'an prochain... (En français.) - En anglais (nous en reparlerons sous peu), les droits des traducteurs sont loins, dans ce pays, d'être éteints.

Au Canada, ajoutez, jusqu'à nouvel ordre 50 ans à compter de la mort de Proust ou de tous les auteurs qui ont écrits sur lui.

Pour de plus amples informations au sujet des copyrights (aux USA), lire l'article Copywrong de Louis Menand paru dans le New Yorker l2 20 octobre 2014 :

http://www.newyorker.com/magazine/2014/10/20/crooner-rights-spat.

Copernique Marshall et Paul Dubé

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Nos prochaines chroniques parleront de la traduction d'À la recherche en anglais, du comique de Proust, de ses personnages, des livres publiés sur lui et son oeuvre, etc.

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