Beaucoup de paroliers pour une chanson toute simple : "Je cherche après Titine, Titine oh ! ma Titine. Je cherche après Titine et ne la trouve pas...", surtout que la Titine en question était une chienne mais cette chienne allait faire le tour du monde.
En 1917, à la veille de la rentrée en guerre des États-Unis, les poilus, dans les tranchés chantaient "La Madelon" (voir au numéro 25), une chanson quelque peu compliquée pour ces sammies qui ne parlaient pas français mais "la Titine" était plus facile à apprendre. Aussi, après l'avoir sifflotée, chantée, jouée à l'harmonica, à la guitare, au piano, ils la ramenèrent chez eux. L'histoire aurait pu se terminer là mais à force d'être colportée partout en Amérique, elle finit par devenir une sorte de symbole d'un Paris fin-de-guerre ou du début des années vingt. Et les choses auraient pu, encore une fois, en rester là mais voici qu'un personnage très connu décida de l'utiliser pour un de ces films. Et c'est ainsi que Charles Chaplin passa du côté de la chanson française.
Le film allait devenir Les temps modernes (Modern Times), le premier parlant de Chaplin.
On connaît le scénario : Charlot est ouvrier dans une usine démentielle. Il se fait renvoyer et se retrouve dans un restaurant où les garçons font partie du spectacle. - Charlot n'a pas encore dit un mot ; ceux qui sont venus l'entendre attendent avec impatience : quel timbre aura sa voix ? - Et voilà que Charlot non seulement va parler mais il va chanter ! - Un truc pour mémoriser les paroles de sa chanson mais le truc ne fonctionne pas. - Et l'on attend, attend. - L'orchestre a entamé l'introduction depuis longtemps. - Puis la voix vient dans un sabir indescriptible.