On disait de
Georgius qu'il était à la toute limite de
la chose dont on pouvait rire en société, qu'il n'aurait pas pu s'avancer
d'un millimètre sans tomber dans la vulgarité ; le légendaire comédien
américain qu'était W. C. Fields disait, pour sa part, que, ce qui est
vulgaire [pour un comédien], c'était de ne pas faire rire ;
Chevalier disait, lui, qu'il fallait s'adapter à son public ;
Dranem, le grand Dranem,
qui, avec ses inepties (qui, sans lui, auraient pu souvent être carrément du
domaine de la pure vulgarité) pouvait chanter ce qu'il chantait parce que,
sur scène, il semblait ne pas savoir de quoi il en était ; tous ceux-là et
bien d'autres encore ont su, à leur façon, exploiter le risqué sans
trop convenir aux bienséances et si Mayol a su, de son côté, chanté des
choses comme Le petit panier, Elle vendait des p'tits gâteaux,
L'adoration du Shah, etc., nul n'a atteint dans ce domaine la perfection de Polin.
Fernandel, Urban,
Bach,
Ouvrard (fils) et plusieurs
autres ont endisqué ce p'tit objet qui faisait, forcément, partie du
répertoire de Mayol ; et l'on peut en citer de nombreux autres interprètes
qui en ont fait le clou de leurs tours de chant : Berville, Croidel, Charlus,
etc., etc. - Aucun de tous ceux-là n'a pu cependant atteindre ce sommet où
Polin s'est hissé en en débitant, lentement, ses couplets avec ce grand
art qui fait que l'auditeur se sent toujours plus intelligent que
l'interprète.
Malheureusement, à son époque,
Polin, sur disques, devait se
limiter dans le temps. Aussi, son «P'tit objet» se trouve-t-il écourté (de
trois couplets) par rapport à l'interprétation d'un Urban, par exemple qui, en
en augmentant le rythme, presque vingt ans plus tard, pouvait en faire une
version plus longue. Nous écouterons de cette chanson d'abord la version de
Polin (1908) en
faisant attention à la façon dont il découpe ses phrase puis celle
d'Urban (1930) avec toute l'imagination et la sympathie nécessaires
pour entendre ces vieux enregistrements.